L’adieu aux villes se fait lorsque la priorité n’est plus au rayonnement social mais à l’épanouissement personnel. Parmi les Bretons quittant Paris, 60% d’entre eux reviennent en Bretagne. C’est la plus forte concentration de retour « au pays » sur le territoire français.

Le lieu d’où nous venons structure notre avenir, il est celui des racines de notre enfance, véritable cordon ombilical dont s’inspirent – souvent de manière comique – la littérature et le cinéma. Ce sont en générale des histoires « locales » dans lesquelles moult citadins dotés de mœurs étranges roulent à trottinette et achètent des légumes bios vendus sous emballage plastique ; ces bobos du bon mot souhaitent revenir aux sources après avoir rebaptisé la province par autant d’expressions idiotes devenues quasi-officielles : on parle désormais « des régions », et parfois même « des territoires », tant la bourgeoisie des grandes villes souhaite oublier d’où elle vient avant d’y retourner : la province.

La France a terminé sa transition urbaine

Nombre de vacanciers sont restés en France durant l’été 2021. Ils ont ainsi redécouvert la province, sillonnant routes et régions au fil d’une villégiature dont les véritables effets ne se firent sentir qu’une fois rentrés chez eux : Diable, que l’on était bien là-bas !  Ce nouveau tourisme franco-français a un effet sur les déplacements de populations : les gens déménagent comme jamais. Il suffit de lever les yeux pour s’en apercevoir. Pas un immeuble d’une grande ville qui n’affiche plusieurs pancartes « vendu », « à vendre » ou « à louer ». D’abord cantonné aux zones périurbaines, le mouvement migratoire venu des centres urbains touche maintenant les plus petites villes et se poursuivra sans nul doute vers les campagnes. Il n’est plus question de défendre son territoire mais d’en changer.

Notons toutefois que la notion de « territoire » n’est pas unanime. Lorsque l’on évoque ce mot, 35% des Français pensent à leur ville  (logique : plus de 90% de la population est citadine) 28% pensent à leur région, 23% à leur département et 14% à leur quartier. Si les trois quarts des gens imaginent rester vivre à où ils résident actuellement, le dernier quart réfléchit à déménager, soit environ quinze millions de personnes dont une bonne partie est en passe de le faire. Les offices de tourismes provinciaux et les agences immobilières locales reçoivent quantité d’appels de personnes souhaitant partir ; les entreprises de déménagement croulent sous les demandes qu’elles peinent à satisfaire ; bref, la France semble avoir bel et bien terminé sa transition urbaine entamée dans les années 50.

Les clichés du fantasme provincial

Welcome panels in Bretagne Breizh France

Retrouver ses racines impose de reconstruire un rapport aux autres en faisant tomber les clichés du fantasme provincial et champêtre. Il faut réapprendre certains codes sociaux. En effet. L’écart entre le souvenir d’enfance que l’on garde d’un endroit et sa réalité actuelle est toujours important. Ce lieu tant aimé autrefois réserve quelques malencontreuses surprises dans la mesure où rien n’est plus comme avant. On se dit que les choses ont changé, en fait pas tant que cela, c’est nous qui avons changé. A l’âge adulte, les attentes ne sont plus les mêmes, mais le constat demande du temps avant d’être formulé, dès lors, l’amertume peut être au rendez-vous ; sans parler de la population rurale, son ouverture d’esprit s’oppose aux évidences citadines, l’échelle sociale diffère, tout est distinct car, malgré Internet et les nouvelles technologies, la province diverge de la capitale et la campagne de la ville. Véritable choc des cultures où vous êtes considéré comme le citadin, voire pire ! comme le Parisien de service.

Un exode régional similaire dans tous les pays européens

Cette migration régionale n’est toutefois pas inédite puisqu’elle se produit plusieurs fois par an : lors des vacances d’été, pour les fêtes de fin d’année, et chaque fin de semaine ; avec la différence majeure qu’elle s’inscrit désormais sur une volonté de long terme. Ainsi, depuis le début de l’épidémie de Covid 19, assiste-t-on partout en Europe à une « reprovincialisation » : les gens souhaitent un confort de vie loin du stress et de la pollution. En Italie, les Milanais se rapprochent des plages adriatiques ; les Romains lorgnent du côté des villes de moindre taille : Florence, Livourne ou Grosseto ; en Espagne, les Madrilènes migrent du côté Valence ; au Royaume-Uni, Londres se vide au bénéfice du Yorkshire et du Devon. Et, depuis Paris, la migration provinciale initiée en 2020 s’accentue en 2021 : les futurs provinciaux flirtent du côté de Bordeaux ou d’Aix en Provence, sauf les Bretons dont la majeure partie souhaite revenir en Bretagne… parmi lesquels un tiers à la campagne.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Septembre 2021 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle

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