2021 est une année jubilaire pour le Chemin de Compostelle. Elle est décrétée ainsi lorsque le 25 juillet, fête de saint Jacques, tombe un dimanche. Ce qui est le cas cette année et, par là même, l’occasion de faire revivre le Chemin avec des pèlerins qui l’ont fréquenté et en ont été profondément marqués.

Un livre entend, en effet, témoigner de l’histoire vivante de ce chemin millénaire. La Bretonne Gaële de la Brosse en a été la cheville-ouvrière, donnant la parole à pas moins de 34 personnalités : écrivains, journalistes, historiens, réalisateurs, artistes, religieux, hommes politiques… Tous disent à quel point le Chemin de Compostelle a pu jouer un rôle déterminant à un moment donné de leur vie. « Ils continuent, affirme Gaële de la Brosse, à nourrir cet élan de gratitude et de désir de partage ».

Une chose est sûre : les Bretons aiment le Chemin de Compostelle. Gaële de la Brosse en est, elle-même, l’exemple vivant. Mais, sans doute, tout a vraiment commencé avec le Rennais  Jean-Claude Bourlès à qui l’on doit plusieurs livres sur Compostelle dont le premier paru en 1995 (Sur les chemins de Compostelle, éditions Payot). Puis il y eut l’expérience inédite du Finistérien Jacques Dary qui publia en 2002 le premier récit en aquarelles du pèlerinage (Compostelle, carnet d’un pèlerin, éditions Ouest-France).

On ne compte plus aujourd’hui les Bretons qui ont pu témoigner (par des écrits, des conférences, des causeries…) de leur expérience du Chemin. L’association bretonne des amis de Saint-Jacques de Compostelle témoigne de cet engouement. Elle a édité dès 2004 un guide des chemins de Saint-Jacques en Bretagne (Rando éditions).

Voici aujourd’hui que, dans l’ouvrage conçu par Gaële de la brosse, on retrouve des témoignages précis et autorisés de fins connaisseurs bretons du Chemin. Alain Boëlle est de ceux-là. Photographe, il avoue dans ce livre que l’aventure de Compostelle « chamboulera sa vie d’homme ». D’abord par les rencontres qu’elle permit mais aussi à cause de ce « vertige vertical qui nous submerge devant un paysage sans fin, sans repères ». Yvon Boëlle publiera de nombreux livres sur le chemin de Compostelle, la plupart aux éditions Ouest-France. « Ses images ont même été à l’origine de nombreux départs sur les routes, confie Gaële de la Brosse, tant la passion de ce Breton pour ces chemins qui convergent vers l’autre Finistère est communicative ».

Autre référence bretonne : l’historien Patrick huchet qui publiera également de nombreux livres sur Compostelle, parfois en lien avec Alain Boëlle. Sur le Chemin de Saint-Jacques, il dit aujourd’hui ceci : « J’ai vivement apprécié cette introspection quotidienne, cette lucidité qui s’offre si généreusement à tout marcheur au long cours ». Et il ajoute : « Ces fabuleux chemins de Saint-Jacques sont d’abord et avant tout d’incomparables voies d’amitié et de fraternité entre les peuples du monde entier ».

On trouvera donc dans ce livre, à, juste titre, des témoignages de Pèlerins belges, québécois, américains (comme l’acteur Martin Sheen), chinois, japonais… Mais on se gardera d’oublier un autre Breton, atypique celui-là. Auteur de Garce d’étoile en 1990, le Brestois Hervé Bellec proposait une version non-conformiste du Chemin. « Ma réalité était passée à la moulinette de l’ambition littéraire », avoue l’auteur. « Je voulais faire comme les grands, les Lacarrière, les Bouvier ». Toujours est-il que Bellec a lui aussi, mais à sa manière, largement popularisé ce grand chemin de la foi mais surtout de la fraternité.

Pierre TANGUY

A Compostelle, hommages au chemin de Saint-Jacques, préface de Gaële de la Brosse, Salvator, 2021, 253 pages, 17 euros.

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