Guitariste solo de Matmatah depuis 2021, Léopold Riou prend aussi le temps de peaufiner son projet solo. Une autre approche de sa personnalité, très pop, qui met en avant ses envies de production. Interview découverte d’un jeune breton qui ne renie pas ses origines.

Ce projet solo annonce la fin de votre présence dans Matmatah ?
Léopold Riou : Non ! C’est ma petite récréation. Ça fait longtemps que j’avais envie de faire quelque chose sous mon nom. Pendant la tournée de Matmatah, dès que j’avais un moment de libre, j’écrivais des chansons. Quand la tournée s’est arrêtée, je me suis dit : pourquoi pas sortir ces trucs ? Mais je n’ai pour l’instant aucune envie de faire de la scène, juste de la prod et du studio. Le jour où il y aura le début d’une communauté autour du projet, on verra.

Il n’y a donc aucune pression !
L.R. : Ah non, je ne me mets aucune pression. Je ne suis à la recherche de rien. C’est pour me faire plaisir.
Il y a quand même le désir de faire connaître votre projet puisque je suis là et qu’il y a un service promotion.

Un album est prévu ?
L.R. : Il y aura un EP au printemps 2025. Je travaille avec Upton Park en édition, le label de Matmatah. Ce sont des amis et ils m’ont proposé de me mettre en rapport avec leur distributeur et de réaliser mon projet de façon un peu plus professionnelle. Du coup, il y a un peu de communication. Mais ça se fait presque en famille.

Les réseaux sociaux vont être exploités ?
L.R. : Oui, on est presque obligé, et en plus j’aime bien ça. Je viens de cette génération qui s’amuse avec les vidéos. C’est une part de la créativité qui me plait. Mais je suis dans une démarche Do It Yourself. Avec l’EP, on essaiera sûrement de faire les choses un peu plus sérieusement. Pour l’instant c’est single par single.

La musique de Léopold Riou est très pop. On s’éloigne du rock !
L.R. : La pop est une grosse part de mon éducation musicale. Certes, quand j’étais jeune, j’écoutais énormément de rock et de blues pour apprendre la guitare. Mais j’ai toujours écouté la musique de ma génération : de la pop, du hip hop, plein de producteurs américains comme Timebaland, Jackk Antonoff… Des gens comme ça. Des artistes très mainstream. Quand tu es au conservatoire et que tu fais du rock, c’est un peu la honte de dire que tu aimes bien ça ! En grandissant, j’assume. J’ai même été voir Taylor Swift en concert !

Et alors ?
L.R. : Oui, c’est fou, très impressionnant. Après, on pourrait trouver à redire sur plein de choses. On prend quand même une belle tarte en pleine tronche.

Pour rester sur Taylor Swift, elle vient de la country. Est-ce que vous, comme breton, vous venez de la musique celtique ? Au moins par votre père, le créateur de Red Cardell.
L.R. : Quand je devais avoir 12 ans, lorsque je me suis mis sérieusement à la guitare, j’écoutais énormément de blues : Robert Johnson, Muddy Waters, Howlin’ Wolf… Pendant que mon papa faisait du rock breton, travaillait avec des bagads, des artistes bretons trad – je pense à des artistes comme Louise Ebrel avec qui j’ai grandi. Résultat, j’ai baigné dans la musique celtique. Je pense aussi à Dan ar Bras qui m’avait dit à 14 ans : la musique celtique, c’est notre blues à nous. Et c’est vrai, c’est du blues, il a raison. Et donc, pour répondre à la question, oui, je m’y suis intéressé, mais je n’en ai jamais vraiment joué, parce que c’est un métier à part entière. Moi, je suis parti du côté rock. Mais j’en ai beaucoup écouté et j’ai fréquenté beaucoup d’artistes bretons. J’ai un immense respect pour la musique bretonne et ceux qui la pratiquent encore aujourd’hui. Y compris les jeunes de mon âge qui la jouent vraiment bien. C’est impressionnant. C’est une musique de virtuoses au final.

Cela vous a aidé à jouer certains titres celtiques de Matmatah ?
L.R. : Complétement. Après l’aspect celtique de Matmatah est surtout dans le premier album. Et sur un titre du dernier album. Quand je suis entré dans le groupe en octobre 2021, ils préparaient le concert des Vieilles Charrues et ils terminaient l’enregistrement de « Miscellanées bissextiles ». Il y avait déjà ce projet d’interpréter ce fisel avec un bagad. Stan (chanteur et guitariste de Matmatah, ndlr) n’était pas forcément inquiet sur mon niveau de guitare, il se demandait simplement si j’étais capable de jouer ce truc-là. Il voulait donc un guitariste qui connaisse cette musique. Je me souviens qu’entre deux répétitions avec Matmatah, je rentrais chez mes parents à Quimper et je bossais les morceaux chez eux. Et lorsque je travaillais « Trenkenn », j’entendais mon père qui gueulait : « Putain, c’est pas comme ça que ça se joue un fisel ! » (rire) Et il avait raison. Et quand je suis arrivé en repé pour le jouer, Stan a été content. Donc, oui, je pense que ça m’a aidé d’avoir grandi dans cette musique.

Le premier concert avec Matmatah, c’était aux Vieilles Charrues ?
L.R. : En fait, le premier concert, c’était un plan promo au Bon Marché à Paris, puis un concert privé surprise dans une petite salle toujours à Paris. Mais oui, le premier vrai concert c’était devant 60 000 personnes aux Vieilles Charrues.

Quelle a été votre impression ?
L.R. : C’est génial ! Tu démarres la guitare pour vivre ce genre de moment… Si tu kiffes pas là, tu kifferas jamais. On avait énormément travaillé. J’étais à peu près sûr de tout, mais on peut toujours avoir des petites galères. On en a d’ailleurs eu une avec l’ampli de Stan qui ne marchait pas. Il a commencé le concert sans ampli. C’était un peu Verdun sur le début du concert. Mais on a fait le truc. C’était énorme.

Jouer en Bretagne, ça représente une émotion particulière pour le breton que vous êtes ?
L.R. : Ah oui, carrément. Et en plus, j’ai eu la chance de jouer dans tous les festivals bretons que j’espérais un jour fouler : La Fête du Bruit, L’Interceltique, Le Bout du Monde, etc. C’est assez dingue.

Comment allez-vous marier ce projet solo et l’activité de Matmatah ?
L.R. : Avec Matmatah, il y a un live qui sort. On travaille sur plein de choses… Mon projet c’est pour l’instant une simple récréation. Si on me dit qu’on repart demain, je suis prêt !

Un nouvel album de Matmatah est en cours ?
L.R. : On ne sait pas (rire) !

Où ont lieu les répétitions ?
L.R. : Matmatah a un studio à Brest. On se retrouve beaucoup là-bas.

Est-ce que la culture bretonne est importante pour votre génération ?
L.R. : Oui, pour une partie. J’ai des copains qui ne s’y intéressent pas. Mais j’ai plein d’autres potes qui sont à fond là-dedans. C’est la même chose à chaque génération je pense. Mais je ne pense pas que la culture bretonne soit en danger. Il y a des tas de projets comme Fleuve qui partent du trad et en font quelque chose de moderne. L’été, il m’arrive d’aller dans des fest noz et il y a un monde de dingue. L’autre jour, j’ai vu plus de 5000 personnes avec 3000 jeunes qui dansaient. Là t’es rassuré. Les Bretons sont fiers de leur culture. Il y a un vrai éco système qui fait que les musiciens n’ont pas besoin de jouer ailleurs qu’en Bretagne pour vivre de leur musique. Même si c’est mieux de s’exporter au maximum ! Mais si tu es musicien trad et que t’aimes pas voyager, tu peux faire ta vie en Bretagne.

Vous avez déjà joué avec votre père, Jean-Pierre Riou, co créateur de Red Cardell ?
L.R. : Ah oui ! Quand j’avais entre 13 et 16 ans, je partais en tournée avec lui. J’avais le droit de faire deux ou trois morceaux, notamment sur « Andro ». Je partais avec eux l’été dans le camion. C’était mes vacances.

Avant Matmatah, vous aviez un groupe ?
L.R. : Oui, j’avais un groupe à Lyon qui s’appelait Kitch entre 2017 et 2022. On a sorti trois albums. C’était super cool. Au bout d’un moment on est tous partis vers des horizons différents et on a décidé d’arrêter le projet. Mais c’était une sacrée expérience. C’était un groupe de rock psyché. Ça m’a appris énormément de chose. On est resté pote. C’était aussi ça l’objectif : ne pas se détruire les uns les autres.*

Vous habitiez Lyon ?
L.R. : Oui, j’ai fait 4 ans de conservatoire à l’ENM de Villeurbanne dans le département guitare de Gilles Laval. Ça m’a permis de me trouver en tant que guitariste. Et puis surtout de faire un solo avec 4 notes plutôt que 54 ! Parfois tu racontes beaucoup plus de chose.

Vous êtes directement passé de Kitch à Matmatah ?
L.R. : Oui, mais en faisant les deux en 2021 et 2022. On s’est même arrêté en septembre 2023.

Avez-vous participé au dernier album studio de Matmatah ?
L.R. : Un petit peu, l’album était sur la fin. J’ai joué sur quelques titres comme « Fier allure », « De l’aventure »… Et c’est moi qui ai écrit l’ouverture du Fisel. Ça nous a permis de nous découvrir et voir ce que ma vision « jeune » pouvait apporter. Faut pas leur dire ! (rire). Mais ça ne sert à rien de rendre absolument moderne un groupe qui a 30 ans d’existence. Ils sont déjà modernes sur plein de trucs. Et puis, moderne, ça ne veut rien dire. Le plus important, c’est la sincérité et pour le coup, les gars sont ultra sincères.

Comment s’est faite la rencontre avec Matmatah ?
L.R. : C’est une longue histoire. J’ai rencontré les gars par l’intermédiaire de leur tourneur, Marc Ribette d’Arsenal Production. Il fêtait les 20 ans d’Arsenal à Brest en 2019 au Vauban. Red Cardell et Matmatah faisaient partie du plateau. J’étais à Lyon. Mon père m’appelle la veille du concert et me dit que Fred, leur bassiste, avait un problème à la main et qu’il ne pouvait pas jouer. Il faut que tu viennes me dit-il, tu es le seul qui connaisse les morceaux. Le lendemain me voilà à Brest où j’ai rencontré Eric (Eric Digaire bassiste de Matmatah, ndlr) puisque j’ai joué sur son ampli. On a discuté matos une partie de la soirée et chacun est retourné à ses affaires. Deux ans se sont passés et Manu a décidé de quitter Matamatah. Un jour je reçois un coup de fil d’un certain Eric Digaire et j’ai mis quelques secondes à retrouver qui c’était ! Une fois que ça m’est revenu, j’ai pensé qu’il allait me proposer un plan avec un groupe. Mais non, c’était pour Matmatah ! J’étais surpris mais super flatté ! Du coup, on s’est rencontré, on a mangé un morceau à Brest avec le groupe et leur manager. On a enchaîné sur une audition qui ne portait pas ce nom. Ils étaient autant gênés que moi de faire une audition. Bref, on a joué ensemble pendant trois heures. Ensuite on a jamé et à trois heures du mat je faisais partie du groupe !

Pour l’instant, vous habitez Paris. Le projet personnel serait de revenir en Bretagne ?
L.R. : Ah oui clairement. Peut-être pas de revenir directement dans mon coin. J’aimerai revenir avec un vrai projet. Mais oui, c’est programmé, on va déménager à Rennes avec ma compagne. On a plein de copains, que ce soit dans la musique ou pas, des copains de lycées… on y va souvent le week-end. Ça fait quatre ans qu’on vit à Paris et c’est trop pour moi. Trop agressif, trop violent…

Pour un musicien, tout se passe à Paris ?
L.R. : Non, je n’ai plus l’impression. Avec internet, ce n’est plus vrai. Tout le travail que je fais, ça passe par des fichiers, les réseaux sociaux et par les tournées quand il s’agit de contacts physiques.

Hervé DEVALLAN

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