Les idées régionalistes explosent sur l’ensemble du continent européen. La France est pour le moment épargnée des rébellions locales grâce à un fort sentiment national inscrit dans notre histoire ; mais, depuis quelques années, la conscience jacobine est mise à mal par une Europe multiculturelle qui dilue les spécificités nationales et régionales.

En France comme partout en Europe, près de la moitié de la population estime qu’aucun élu ne dispose désormais des pouvoirs nécessaires pour mener à bien les réformes promises, et 41% (sondage Ifop) de nos concitoyens n’envisagent pas impossible de confier l’État à un pouvoir davantage autoritaire ; une partie considère même que la démocratie n’est pas nécessairement le meilleur système, d’autres régimes politiques sont selon eux concevables, dont la monarchie. Ainsi, les peuples européens se retranchent derrière leur identité nationale ou régionale en fonction de leurs forces étatiques et locales respectives. Les populistes (c’est à dire les femmes et les hommes soucieux d’une reconquête du pouvoir par le peuple) fondent leur engagement sur le rejet d’une identité européenne impossible à construire, mais surtout abimée par une oligarchie non-élue prenant des décisions iniques derrière les portes fermées de Bruxelles.

« La démocratie est le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres. » Sir Winston Churchill

Nos démocraties sont devenues des oligarchies dans lesquelles la souveraineté appartient à une classe restreinte et privilégiée. Il y a toujours derrière le Président de la République française, derrière le Président du conseil italien, derrière les chanceliers allemand et autrichien, mais aussi derrière le Chef du gouvernement espagnol, ou encore le Premier ministre anglais ; il y a toujours derrière ces élus, toute une armée de ministres, de conseillers, de penseurs privilégiés qui imposent leur loi à chacun d’entre nous alors qu’ils ne sont jamais passés par les urnes. En outre, s’y ajoute désormais ce que l’on pourrait définir comme une « phobocratie » liée au covid-19 : un système consistant à faire peur aux populations pour mieux leur imposer certaines restrictions nationales (voire supranationales) plus difficiles à mettre en place à l’échelle régionale et locale où la visibilité est moins distante.

« C’est joli la Bretagne, et puis c’est pas loin de la France. » Coluche

Le (re)nouveau régionaliste est une conséquence de l’affaiblissement des identités nationales, et du sentiment d’avoir perdu une partie de nos libertés. Il n’en demeure pas moins que les logiques suivies ne sont pas les mêmes dans chaque région. En Corse, par exemple, le mouvement est foncièrement souverainiste, il s’oppose au multiculturalisme consécutif à l’immigration, y compris l’immigration franco-continentale. Le cas de l’Alsace est relatif à sa dilution infondée dans la nouvelle région Grand Est ; les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont conjointement choisi de fusionner pour créer une collectivité européenne d’Alsace qui verra le jour au 1er janvier 2021. Cette nouvelle entité administrative a pour ruse de reconstituer l’ancienne région d’Alsace.

Au Pays Basque, en Occitanie et en Bretagne, la politisation est moins flagrante. Une pierre blanche pour la Bretagne qui a su développer un remarquable sens commercial grâce à des logos attestant la fabrication de produits régionaux vendus dans le monde entier, mais aussi une image culturelle par la multiplication des panneaux de signalisation bilingues et la mise en avant d’artistes bretonnants connus dans toute la France, ainsi que le développement d’une érudition locale : livres, librairies spécialisées, festivals, tentatives de sauvegarde d’une langue à travers un enseignement scolaire, et mille initiatives individuelles salvatrices.

Une forte identité n’est pas synonyme de fermeture aux autres

La nature même d’une démocratie est d’évoluer en permanence. A ce titre, la résonnance républicaine est de suivre cette évolution au rythme des soubresauts qui l’agitent. Trop de décisions importantes (politiques, sociales et culturelles) sont prises par l’État central alors qu’elles relèvent de l’espace local et régional. Il serait donc trop rapide, pour ne pas dire simpliste, de conclure que le régionalisme est uniquement un phénomène de repli identitaire constituant un danger pour l’unité nationale. La situation est beaucoup plus complexe. L’État français doit soutenir ses régions sans les vassaliser, un accompagnement davantage qu’une soumission, ce qui lui permettra de relancer l’adhésion du peuple à un véritable projet national. L’existence d’une forte identité locale n’est nullement synonyme de fermeture aux autres. Oui, le régionalisme peut redonner un véritable sens, non seulement à la politique en générale, mais aussi à la politique nationale mises à mal par la folie maastrichtienne. Bref ! La France des régions et l’Europe des nations.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Septembre 2020 – Bretagne Actuelle & J.E.-V.

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