Lors de sa création, la CEE était la promesse d’un marché commun entre les pays d’une Europe des Nations et des libertés. Un demi-siècle plus tard, l’Union Européenne est devenue la fédération supranationale que l’on connait, une entité politico-économique chancelante qui va devoir tenir compte de ses régions pour survivre.
Avant toute chose, distinguons l’Europe, sa culture : Shakespeare, Michel-Ange, Mozart, Proust et Giacometti ; sa structure humaine et la vitalité de ses peuples : ceux du Nord portés naturellement vers les eaux froides, ceux du Sud vers la Méditerranée, les populations de l’Ouest observent l’Atlantique et celles de l’Est ont une indissociable histoire avec la Russie. Oui, distinguons cette Europe, vivante et éternelle, de la CEE actuelle devenue l’ombre des promesses du traité de Rome qui la fonda en 1957.
L’Europe est constituée de 274 régions
L’Europe, ce sont 28 pays incluant 274 régions, autant de cultures différentes dont les racines remontent à la constitution de l’Empire romain. L’évangélisation séculaire et la lutte des peuples face aux assaillants firent les frontières telles que nous les connaissons aujourd’hui. Entre temps, les Lumières ont provoqué moult lissages sans jamais remettre en cause les principes fondateurs gréco-romains de l’Occident. Cet Occident (Europe occidentale et Europe orientale) est donc constitué de pays morcelés en régions comme une enfilade de poupées russes. Un millénaire fut nécessaire à pacifier autant de peuples. Nos livres d’Histoire expliquent les guerres, les mariages et acoquinements royaux, les révolutions, mais aussi les divers traités d’alliance, de paix et de commerce qui ont finalisé la géographie frontalière du continent.
On peut être régionaliste et pro-européen
Certaines régions prédominent sur d’autres, parfois même sur des pays dont elles dépassent les rendements économiques et l’influence culturelle. La Catalogne, par exemple, représente 20 % du PIB espagnol et 25 % des exportations du pays. Ce qui revient à dire que l’Espagne a davantage besoin d’elle que l’inverse. Idem s’agissant de la Lombardie et la de Vénétie italiennes, de la Bavière allemande, également de la Flandre belge et, bien entendu, de la Bretagne.
L’Europe historique, mais aussi l’Union Européenne actuelle, ont toujours encouragé les régions, tout en veillant à les affaiblir de leurs prérogatives afin de minimiser au maximum les volitions indépendantistes. Ainsi, une région qui aujourd’hui gagnerait démocratiquement son indépendance ne ferait plus partie de la CEE alors que le pays dont elle se détacherait en est membre. La question s’est dernièrement posée à propos de l’Ecosse. Comment se défaire de la couronne britannique tout en restant dans l’Union Européenne ? Preuve est faite que l’on peut être régionaliste et pro-européen.
L’Europe refuse pour elle-même ce qu’elle accorde aux autres
Toutefois, l’Europe refuse pour elle-même ce qu’elle accorde volontiers aux autres. Observons ainsi le Timor oriental dont l’indépendance de l’Indonésie a été obtenue en 2002, pays désormais considéré par Bruxelles et Paris comme une nation à part entière. Pour autant, nous constatons que des mouvements similaires sur le vieux continent ne sont pas acceptés. Les autonomistes timorais défendraient-ils une juste cause là où les Catalans, Ecossais et Bavarois ne seraient que de vilains régionalistes à l’esprit étriqué ? On pouvait le croire jusqu’au 17 février 2008, lorsque le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie, immédiatement entérinée par Bruxelles et une flottille de pays, dont la France.
L’indépendance kosovare est celle d’une région serbe à majorité musulmane (le Kosovo) aux dépends de la Serbie à majorité chrétienne, désormais amputée d’une partie de son territoire. Il est d’ailleurs fort à croire que l’immigration de masse participera bientôt à l’idée de refonder l’Europe sur les régions qui la composent. Là où les déferlantes migratoires semblent acceptables à l’échelle nationale et continentale, les conséquences évidentes d’une Europe saturée apparaissent davantage à l’échelle régionale. Impossible de ne pas admettre que les cultures accueillies le sont au détriment des populations autochtones, renversant de facto la logique d’accueil justifiant l’ouverture des frontières.
Les régions sont la quille du bateau Europe
Nos dirigeants politiques contribuent sciemment à une immigration massive sans réaliser que l’Europe est constituée de peuples régionaux avant d’être nationaux. L’aveuglement des élus nourrit le réveil des consciences indépendantistes. Soudain les peuples grondent d’une appartenance régionale issue du fond des âges ; identité fondée sur une langue, une histoire, des traditions ancestrales communes en totale opposition avec les vagues migratoires actuelles. Ce que refuse de voir Bruxelles et les gouvernements des 28 pays qui siègent au parlement, les peuples spécifiques des 274 régions en ont pris conscience. Le régionalisme européen n’est pas une ONG bruxelloise. Il promet tout au contraire d’être la quille du bateau pendant la tempête.
Jérôme Enez-Vriad – Août 2018
© Bretagne Actuelle & Jérôme Enez-Vriad











