Viktor Orbán en Hongrie, le Brexit au Royaume-Uni, Matteo Salvini en Italie, l’extrême droite et la gauche nationaliste en Allemagne… Le populisme européen enchaîne les succès électoraux. Sans parler du Brésil, de la Russie, des Etats-Unis… Et si le régionalisme était l’ultime rempart à cette progression galopante ?

Viktor Orbán et Matteo Salvini ont été élus par le peuple. Idem pour le président Macron, dont aucun média français ne s’est jamais clairement interrogé pour savoir comment EnMarche a levé les fonds nécessaires à sa campagne présidentielle, ni qui en sont les véritables bailleurs. Une dictature ne relève pas uniquement du bruit des bottes, c’est aussi toute forme de pouvoir lorsqu’il écrase la démocratie. Nous autres Français n’avons rien à envier aux Hongrois et aux Italiens puisque notre totalitarisme, celui du grand capital mondialisé au sein d’une Europe promise à la ruine, nous l’avons aussi élu démocratiquement.

Les intérêts du citoyen contredisent ceux du grand capital

Les État qui ont construit l’Europe, du traité de Rome en 1959 à celui de Maastricht en 1992, sont aujourd’hui confrontés à une faillite centraliste. Leur puissance respective ne leur appartient plus, au point d’être dorénavant moins menacée par le régionalisme que par les conséquences d’une mondialisation économique, culturelle, migratoire et médiatique. L’émergence de ces nouvelles donnes globalisées pousse à une concentration productive autour de grandes villes devenues « métropoles », dont les intérêts ne sont plus ceux des régions qu’elles représentent géographiquement, mais ceux de pays perdus dans la masse informe d’une Europe soumise au fascisme bancaire.

Le régionalisme n’est pas une menace conte la Nation

Le régionalisme constitue une éventuelle réponse à ce malaise. Il propose d’en sortir par un retour aux Territoires qui font les Nations. Bien entendu, ses opposants le dénigrent. A telle enseigne que les revendications identitaires, qu’elles soient régionales ou nationales, ne sont désormais plus possibles sans être systématiquement accusées de populisme. Le discrédit se fait en associant régionalisme et nationalisme, un nationalisme soi-disant pire que les autres car celui-ci resserre les frontières à une échelle réduite. Et pourtant ! Le régionalisme n’est rien d’autre que la prise de conscience objective pour une culture d’essence locale, forte, claire et triomphante. N’y voyons aucune menace contre la Nation, plutôt un supplément d’identité face à une mondialisation dont le radicalisme change la géographie économique de nos pays.

Le renouveau local est une réaction à  notre perte d’identité soutenue par les élites

Depuis le traité de Lisbonne en 2007, les peuples savent que leurs élus ne sont plus en mesure d’engager un véritable destin national. L’essor du régionalisme européen est d’abord le fait d’une image défaillante des Nations. Ce n’est pas un hasard si les Basques, les Bretons, les Corses et les Catalans sont aujourd’hui paradoxalement perçus comme les derniers refuges de ce qui faisait le caractère français, alors qu’ils se sont eux-mêmes battus contre le centralisme pour la survie de leur culture régionale. Ce sont eux, chez qui le catholicisme est un marqueur culturel, qui se battent contre les atteintes à la laïcité. Certains dirigeants l’ont compris. Pour preuve, l’administration Hollande a détricoté nos régions au prétexte d’économies budgétaires, or le propos était avant tout dans un délaiement identitaire. Pour autre preuve, la volonté de ne pas réunir la Bretagne surpasse toutes les inepties.

L’indépendance du Kosovo s’est faite au nom du nationalisme

Le nationalisme est avant tout la volonté d’un peuple à se prendre en mains afin d’engager lui-même sa propre existence. Lorsqu’une région se replie sur ses richesses, elle illustre effectivement une volonté délétère qui désunit les peuples et bientôt les oppose. Si, en revanche, l’idée s’articule autour d’une gestion plus juste et solidaire de la société, alors ce processus semble devoir être encouragé. Faut-il pour cela qu’advienne un Orbán écossais ou un Salvini catalan ? Souvenons-nous que l’auto-proclamation de l’indépendance du Kosovo en 2008 – reconnu par 116 États, dont la France – a été faite au nom du nationaliste. Elle n’initiait pas seulement la fin de la tragédie yougoslave, mais le début d’un nouveau puzzle européen qui ne contredit pas nécessairement les europrogressistes.

Les Basques et les Corses ont déposé les armes  parce que le combat a changé de lutte

Est-il possible de nier le vide culturel européen actuel, incapable de s’opposer à une mondialisation abrutissante ? Cette Europe dont la langue véhiculaire est l’anglais alors que le Royaume-Uni vient de la quitter. Europe dont chaque région supporte la double vassalité d’une contrainte étatique et bruxelloise. Existe-t-il un moyen de lutte contre la mainmise tentaculaire des banques sur les économies nationales ? Certaines régions le croient. Elles se mobilisent pour une autonomie plus grande, voire une indépendance. Les Basques et les Corses ont déposé les armes. Ils savent que la nouvelle lutte est de se positionner face à une entité européenne agonisante dont les peuples refusent le diktat.

Il existe un populisme pro-européen

Les dictatures ressemblent aussi à des référendums que la classe dirigeante ne respecte pas. Ce sont des gouvernements dominés par le Capital. Également des élus qui imposent le multiculturalisme aux populations sans tenir compte de leur identité. Ces mêmes élus qui confondent régionalisme et populisme redoutent les îlots souverainistes par crainte de les voir contribuer à l’effondrement de l’Union Européenne dans ses valeurs actuelles. Oui. Le régionalisme est l’un des ultimes rempart face au populisme, y compris celui des pro-européens.

Jérôme ENEZ-VRIAD © 2018 – Jérôme Enez-Vriad & Bretagne Actuelle

 

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