Août 1937. Un sous-marin battant pavillon Républicain fait surface dans le port de Brest. La guerre d’Espagne s’invite à la pointe du Finistère. S’ensuit l’une des plus grandes batailles politico-judiciaires de l’entre-deux-guerres. Histoire méconnue dont les implications bousculèrent les plus hautes instances de chaque côté des Pyrénées.

Cette incroyable épopée hispano-bretonne pourrait sortir de l’imagination du romancier John Le Carré. Elle fût enfouie sous les gravats de la Seconde Guerre mondiale malgré un retentissement phénoménal lorsque, dans la nuit du 29 août 1937, l’un des cinq sous-marins de l’Armada espagnole, fit surface en mer d’Iroise après avoir longé les côtes françaises jusque Brest.

Si l’événement a passionné en temps réel c’est parce qu’il était rattaché à de multiples interférences politico-sociales qui marquèrent l’époque. C’est l’histoire de la Cagoule, organisation fasciste en confrontation avec le gouvernement de Léon Blum ; également celle de la Guerre Civile espagnole menée par le Général Franco contre les Républicains. Bien que le Front Populaire se soit engagé à ne pas intervenir en Espagne, les services secrets franco-espagnols s’affolèrent et les informations s’échangèrent aussitôt entre Paris et Madrid. Sur ordre de la Sûreté Nationale, la presse bretonne brida ses communiqués alors que les ouvriers de l’Arsenal accueillirent l’équipage en chantant l’Internationale poings levés.

Ensuite. Ce sont des commandos franquistes envoyés en France pour prendre possession du sous-marin. S’y opposent communistes et anarchistes qui le protègent. La ville grouille de pirates, de bandits et d’espions. Les Franquistes ont alors l’idée de retourner le commandant. Ils comptent sur Mingua l’Audacieuse, une fille de port italo-espagnole acquise à la cause des nationalistes. Tout ce petit monde apparait dans une enquête nommée « Panthéon » par les services secrets français. Le dossier s’épaissit avec l’arrivée en catimini d’un commando soviétique. Les rebondissements s’enchainent. Sabotages. Assassinats. Purge de l’équipage avant le retour du C2 à Carthagène en juin 1938. Ce n’est pas le simple épisode d’une nuit franquiste sur Brest, mais l’évolution de la société française et de ses meurs pendant les années 30. Même l’art oppose les idéologies d’époque : Guernica de Picasso contre l’Ode à Franco par Paul Claudel.

Lorsque la Bretagne fait à la fois l’histoire de France et d’Espagne alors que les manuels scolaires se taisent, Bretagne Actuelle choisit d’en parler. L’évènement et l’époque sont relaté dans deux excellents livres. Le premier, Nuit franquiste sur Brest, est signé de l’historien breton Patrick Gourlay. Le second, Nuit noire sur Brest, est une bande dessinée de Bertrand Galic, Damien Cuviller et Kris. L’un et l’autre sont complémentaires et couvrent tous les âges. A lire et offrir impérativement.

Jérôme ENEZ-VRIAD

Nuit franquistes sut Brest
, un livre de Patrick Gourlay  + préface de Roger Faligot
Éditions Coop Breizh (collection Enquête)
147 pages, avec carte, chronologie, sources, bibliographie – 12,50 €

Nuit Noire sur Brest, une BD de Damien Cuvillier / Bertrand Galic / Kris
Éditions Futuropolis
66 pages couleurs + genèse de l’histoire – 16€

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