Benjamin Morel n’a pas dû apprécier « Vaincre ou mourir ». Sa « France en miettes » respire un jacobinisme inquiétant, comme on en n’avait pas connu depuis longtemps !
La République Une et Indivisible. Point barre et on ne discute pas ! L’introduction suffit à comprendre la pensé simpliste et datée de son auteur : autonomiste égal nazi. On avait oublié cette antienne d’après guerre, guère plus usitée que par les trotskistes. Dès la page 8, Monsieur Morel en a la preuve : le Bro Gozh ma Zadoù a été rédigé par un collaborationniste. Et dans la foulée Paul Molac qui chante l’hymne breton est un sot qui ignore les mots qu’il prononce. On tombe bien bas. On aide l’auteur en lui expliquant l’origine du Gwenn ha du ? Il en est ainsi au fil des pages, entre amalgame et mauvaise fois, la République peut trembler avec des amis pareils ! La Bretagne n’est pas la seule dans son viseur : Corse, Alsace, Pays Basque, Pays Catalan… ont droit à leurs lots d’injure et d’ignorance. Allez, on continue. Page 10, pendant la seconde guerre mondiale, les régionalistes ont tous collaboré et les bons français ont tous résisté ! Magnifique d’ignorance et de mensonges. On lui rappelle le nombre d’autonomistes partis à Londres ou entré dans le maquis, ayant mis un temps leur combat entre parenthèse ? On lui rappel les bons républicains partis à Vichy ou à Berlin ? On continue : les régionalistes sont racistes. Normal, ils sont nazis ! On lui rappel – encore – que la seule région qui ne vote pas à l’extrême droite est la Corse sous gouvernance autonomiste ? Puis au détour d’une page, apparaît soudainement l’étrange mot « éthnorégionaliste ». L’ennemi est inventé. Pire, son fiel se répend partout en Europe : Ecosse, Flandre, Catalogne et on en passe.
Maintenant que les Bretons se sentent breton avant d’être français à 38% (sondage de 2019), le soldat Morel part sabre au poing et se pare de vertu, celle d’une France qui n’a pas besoin des « petites patries » pour se perdre dans le mondialisme. Ah bien sûr on oubliait cet argument imparable : les autonomistes forcent tous les habitants à parler une langue artificielle. Comme si la France n’avait pas frappé les écoliers de primaire qui parlaient breton. « Interdit aux chiens et aux bretons » pouvait-on lire sur la devanture de certains cafés. En 2023, les leçons de morale font long feu de la part d’un pays qui parle anglais à la moindre occasion. La start up nation…
Bien sûr, ce livre ne s’adresse pas aux autonomistes. Il l’écrit. Une vraie ouverture d’esprit ! Bien sûr, on va l’accuser de parisianisme. Et bien non, il vient d’Auvergne. Zut alors, la critique devient impossible ! Et puis « je n’ai pas fait l’ENA » explique-t-il ! On touche le fond.
Benjamin Morel s’enfonce ainsi de page en page. Ecrire cette chronique est encore un honneur qu’il ne mérite pas. On plaint ses élèves d’Assas.
Hervé DEVALLAN
« Le France en miettes » de Benjamin Morel aux éditions du Cerf – 260 pages – 20€












