Dans un formidable docu-fiction, Thierry de Navacelle revient sur l’itinéraire d’un breton gâté. Celui du Marquis Tuffin de La Rouërie, plus connu des révolutionnaires américains comme étant le colonel Armand. Contemporain – et ami – de George Washington, le jeune hobereau quitta les plaisirs de la vie nocturne parisienne pour affronter le feu des canons anglais entre 1777 et 1784. Mais contrairement à Lafayette, il ne réussit pas à bonifier cette expérience une fois revenu en France. A tel point qu’il se demanda si les nouveaux états indépendants américains ne lui offriraient pas une terre d’accueil définitive. Mais c’est en Bretagne qu’il retourna, et connu une seconde vie. La révolution française enlisée dans une longue période de troubles et de massacres lui donna l’occasion de s’engager à nouveau. Pour la Bretagne cette fois. En créant l’Association bretonne, il réunit plus de 10 000 partisans qui formeront plus tard le cœur l’armée vendéenne côté breton. Véritable premier indépendantiste breton – nous somme en 1792 -, le marquis Armand de la Rouërie ne verra pas son « armée » prendre le maquis puisqu’il mourut d’un accident de cheval en 1793.
Si ses « amis » français continuent de l’ignorer de façon ostentatoire, (les bretons suivant le pas comme d’habitude avec une seule statue du côté de Fougère), ses compagnons américains lui sont toujours reconnaissants. La preuve avec une stèle érigée devant le château de la Guymarais rédigée en français, en anglais et en breton. Oui, de l’autre côté de l’Atlantique, le breton est une langue connue et reconnue. Et c’est en partie grâce à l’engagement de ce héros qui se disait d’abord breton avant d’être français.
A noter que Thierry de Navacelle prépare une adaptation de son livre pour le cinéma.
Hervé DEVALLAN
« La Rouërie rival de Lafayette » de Thierry de Navacelle aux éditions Le Temps, 316 pages, 18 €












