La mort est présente pendant les deux heures de ce « Requiem pour L. » HermineHermineHermineHermineHermine

C’est brut et non violent. La mort est présente pendant les deux heures du "Requiem pour L." Musique de Fabrizio Cassol. Danses, idée, choré d’Alain Platel

Pas gai mais sublime. Triste et grandiose, de la danse qui n’est pas macabre pour une mort sur très grand écran. Nous assistons au glissement qui sera le nôtre et, sur fond de scène, nous donne à voir ce qu’il en sera de nous, plus tard, plus loin. L’indescriptible devenu visible : ars moriendi.

L’art de mourir et la mort comme degré sublime de la vie.

La femme est belle jusqu’à son dernier souffle. Son visage après deux heures se penche un peu, son cou se gonfle, ses yeux se rouvrent, à peine, s’entrouvrent, à peine, sa bouche aux lèvres sèches que ne balaie plus sa langue, ou si peu. Fin des sourires, fin des ourlets de mots muets. Seules les caresses des proches, leurs mains. L’écran est grand, le fond de scène est devant !

C’est brut et non violent. La mort est présente pendant les deux heures à peine de ce Requiem pour L.
Musique de Fabrizio Cassol. Danses, idée, choré d’Alain Platel. Une cérémonie bien davantage qu’un spectacle.
Nous connaissions ce dernier, moins le musicien avec lequel ses « idées » s’accordent, s’enflamment. Ni les quatorze acteurs, chanteurs, danseurs, musiciens qui revisitent avec nous l’Afrique et Mozart, le sublime et le toucher, le senti et le métaphysique. Transcen-danse sur scène. Pour L., cette femme sur fond d’écran immense qui a autorisé que sa fin soit filmée. Sa famille a résisté d’abord puis consenti au consentement de L. Alain Platel a discuté avec le médecin des soins palliatifs. Le pari est fort, le pari est incroyable, l’impossible devenu possible.

Repérez cette programmation du Requiem, un rituel de mort qui nous embarque, a conduit la salle Vilar du TNB au silence enfin religieux, au sens païen et donc sublime du terme, et, à la fin, le déferlement de l’hommage. Salle KO mais debout. Les chanteurs émerveillent, voix célestes et terre d’Afrique, l’orchestre danse, Rodriguez Vangama son chef tient la guitare à deux manches, ils bougent, assis, debout, couchés, en blocs ou dispersés, sautant de blocs noirs en blocs noirs, des parallélépipèdes qui évoquent le Mémorial berlinois de l’Holocauste.

Allez-y, courez-y, traversez l’Europe pour ce Requiem pour L.

Dire in fine, avouer le subjectif, passer du Nous simple au Je encore plus minuscule, dire in fine que j’ai été submergé trois fois dans ma vie de spectateur. En Avignon, face au travail de Miquel Barcelo et du chorégraphe Josef Nadj. L’un et l’autre livrés à une danse singulière dans la terre –l’argile molle et fraîche d’où l’on nait, qui recouvre et où l’on disparaît. Sortant une autre fois d’un spectacle de Pippo Delbono, il y a eu la submersion des larmes. Émotion brute, venue des seuls bougés d’acteurs fous ou rattrapés au bord, Bobo le microcéphale ou le triso formidable, nu comme la nuit et la voix de Pippo qui commente l’archaïque de soi. Le nu extrait des nuées. Humain primaire et sans affèterie. Humain sauvage comme cette part cachée de soi : ici révélée.

Et, hier soir, des larmes pour L. . Plus fortes que tout. Pour tous ceux qui sont morts sans qu’on les voie.

Gilles CERVERA
Requiem pour L Fabrizio Cassol/Alain Platel Danse/Musique

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