La liste de mes envies, aux éditions Lattès, est le second roman de Grégoire Delacourt. L’Ecrivain de la famille, premier roman publié n’était pas passé inaperçu, avait reçu de nombreux prix dont le prix Pagnol. Mais ce nouvel opus défraie la chronique et connaît un succès public très important. Pourquoi cet engouement ?


D’abord la facilité. Voici un ouvrage très accessible, qui se lit d’un trait et se déroule sur le ton d’une conversation.

Puis l’intrigue est dans l’air du temps qui tourne essentiellement autour de cette question susceptible de fasciner le plus grand nombre : que faire de sa vie quand on gagne au loto ?

Au-delà, ce roman pose, de façon originale, un regard particulier sur l’amour : celui-ci  naît-il véritablement d’une rencontre ou le porte-t-on déjà  en soi,  à la façon d’une chose intrinsèque ?

La narratrice, Jo, a choisi de voir la vie à travers le prisme de la bonté, de l’amour qu’elle dépose, comme voile magique, sur toutes choses. Sa vie, pourtant si ordinaire, s’en trouve embellie. Et qu’importe à ses yeux lucides mais généreux alors la phrase qui ouvre le roman : « On se ment toujours » dont chacun est fondé à se demander si elle est placée là comme  constat ou comme sésame. 

Cet amour, qui la détermine et la fonde,  transforme presque héroïquement en mari idéal le  piètre compagnon de ses jours. C’est aussi grâce à lui qu’elle se satisfait de sa petite mercerie malmenée par la concurrence des supermarchés voisins et s’émerveille du  succès de son modeste blog : « dixdoigtsd’or ». Femme comblée donc, mais comme on le dit d’un trou c’est-à-dire que rien, ni rêve, ni ambitions hautes, ni illusions neuves ne parviendront à l’emplir davantage.

Alors ce chèque qui fait d’elle une femme richissime est-il vraiment le « Graal », la porte ouverte à tous ses rêves ? Ou va-t-il transformer sa vie patiemment construite dans les corridors tranquilles de cette modestie de bon aloi en un redoutable enfer ? La réponse est dans la question et l’on devine vite que ce qui importe à l’écrivain, au sein d’un récit qui emprunte la forme régulière, progressive, fascinante et inquiétante à la fois du puzzle, est la seule chanson douce-amère de l’émotion – omniprésente. On pourra regretter une première partie un peu longue mais le retournement de situation impitoyable clôt dans la perfection une intrigue savamment maîtrisée qui justifie sans doute la renommée de cet ouvrage décidément dérangeant.



JC Lattès – Février 2012

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