En janvier 1973, le Kerisnel de la BAI (Bretagne-Angleterre-Irlande) quittait le port de Roscoff pour Plymouth avec à son bord, sept camions transportant des choux fleurs et des productions légumières bretonnes. Rebaptisée Brittany Ferries en 1974, la compagnie ouvre sa première ligne passagers en 1976 et se lance dans le tour operating dès 1978. Quarante-quatre ans plus tard, les navires de l’entreprise bretonne transportent près de 2,7 millions de passagers pour un chiffre d’affaires de plus de 450 millions par an. Retour sur une succès story à l’armoricaine.
En cette belle fin de journée d’été, la silhouette mordorée du Bretagne se détache dans la lumière rasante du couchant, au bout de l’interminable embarcadère de la gare maritime du Naye. Depuis son lancement en 1989, ce mastodonte de 153 mètres de long et de 24000 tonnes est affecté à la ligne Saint-Malo-Porstmouth, à raison d’une demi-douzaine de rotations par semaine. Longtemps vaisseau amiral de la flotte Brittany Ferries avant l’arrivée du Val de Loire en 1993, le Bretagne sort tout droit des emblématiques chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. A bord, les 130 membres d’équipage s’activent et répondent avec un flegme déjà presque britannique aux nombreuses interrogations des quelque 2000 passagers qui embarquent progressivement pour cette traversée d’environ 10 heures. Pour tout l’équipage, des parkings à la passerelle, des coursives qui mènent aux 9 ponts du navire, jusqu’aux boutiques, lieux de détente et de restauration du bateau, un seul objectif : faire de cette croisière transmanche un moment inoubliable. A l’accueil, une hôtesse me dirige vers ma cabine, une suite Commodore, le nec plus ultra de l’hébergement sur le Bretagne. Moquette épaisse, lits-jumeaux et canapé lit, téléviseur à écran plat et lecteur DVD, corbeille de fruits frais et assortiment de macarons, la plus spacieuse des cabines ouvre sur un hublot qui donne à quai sur le Môle des Noires, la longue jetée qui ponctue avec élégance la ville close de Saint-Malo. Située à l’entrée du port, de forme semi-sinusoïdale, son nom viendrait des femmes de marins qui venaient attendre leurs maris de retour de leur périlleuse campagne de pêche déjà vêtues de noir, au cas où le commandant vienne leur apprendre une
mauvaise nouvelle.
Eaux celtiques

Jean-Marc Roué, président du conseil de surveillance de Brittany Ferries.
Pas le temps de se prélasser dans ma charmante suite ou de rêver au temps des terre-neuvas, ce soir je suis attendu au restaurant les Abers, la table gastronomique du bord. Truite fumée, blinis de blé noir, gaspacho de chou-fleur, flétan rôti, curry breton, mogettes aux coques, millefeuille vanille, caramel au beurre salé, le chef de cuisine n’oublie pas que la compagnie achemine depuis toujours le meilleur de la production agro-alimentaire bretonne. « Notre société doit être le plus gros restaurant de France en nombre de couverts et de repas servis. Un restaurant nappé de haute qualité, jusqu’à 300 couverts chaque jour sur le Pont-Aven, cela n’existe que chez Brittany Ferries » souligne Jean-Marc Roué, l’actuel président du conseil de surveillance. Lentement, le navire largue les amarres et s’éloigne de l’avant-port, avec pour toile de fond les imposants remparts et les majestueux hôtels d’armateurs de la fière cité corsaire. Les forts maritimes, les cailloux inhospitaliers et les courants puissants de la baie de Saint-Malo ont longtemps dissuadé nos désormais amis et clients anglais d’accoster sur les rivages de la côte d’Emeraude. Premier acteur touristique de l’ouest français sur le marché britannique, la Brittany ferries règne aujourd’hui en maître sur les eaux celtiques, du Havre jusqu’à Santander en Espagne en passant par Cork en Irlande. « Il y a quelques années, nous avons signé avec la Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire, le premier contrat de destination avec Atout France, le bras armé du ministère du Tourisme et un coopérateur privé Brittany Ferries. L’idée était de voir si le modèle public/privé ne pouvait pas se rapprocher sur une même stratégie. Car pour nous, la stratégie du tourisme c’est le moteur de notre business. Cela représente 80% de notre chiffre d’affaires » rappelle Jean-Marc Roué.
Dix ferries de croisière
A l’origine de cette succès story à l’armoricaine, un agriculteur breton doté d’une volonté hors du commun, Alexis Gourvennec. Pour désenclaver la région et développer le commerce avec la Grande-Bretagne, il réussit à convaincre les agriculteurs du Léon et la Chambre de Commerce de Morlaix de financer l’audacieux projet de créer une compagnie maritime pour transporter les productions agricoles bretonnes. Homme visionnaire, il anticipe également l’avènement du trafic passagers transmanche et le développement du tourisme de masse : rebaptisée Brittany Ferries en 1974, la compagnie ouvre sa première ligne passagers en 1976 et se lance dans le tour operating dès 1978. « L’une des spécificités de notre entreprise, c’est que les actionnaires sont les coopératives agricoles légumières du nord Bretagne. Au fur et à mesure de notre croissance de janvier 1973 jusqu’à aujourd’hui, elles ont maintenu leur partenariat ou leur portage capitalistique, ce qui est à ma connaissance unique en Europe, voire dans le monde » rappelle avec fierté Jean-Marc Roué. Plus de quarante ans après, une destinée parsemée de défis relevés, d’histoires passionnantes d’hommes, de marins et de bateaux…la petite société finistérienne est devenue le premier transporteur maritime sur la Manche Ouest/centrale. Aujourd’hui, Brittany Ferries continue sur sa lancée en développant, avec succès, son offre complète de tour opérateur. « Depuis près de 45 ans, c’est une grande idée qui continue de vivre, de grandir, comme la flotte qui compte aujourd’hui dix ferries de croisières. C’est celle d’une compagnie maritime française attachée à ses ports, à ses destinations, à ses rencontres » souligne à nouveau le patron de la compagnie.
Navire de nouvelle génération
Entreprise à vocation européenne, ses navires tissent désormais une véritable toile économique et culturelle entre la France (Le Havre, Caen-Ouistreham, Cherbourg, St Malo, Roscoff), l’Angleterre (Portsmouth, Poole, Plymouth), l’Irlande (Cork) et l’Espagne (Santander et Bilbao). De nos jours, le savoir-faire de Brittany Ferries reconnu dans l’univers du voyage va bien au-delà des ports desservis : Brittany Ferries irrigue le Grand Ouest français, de la Basse-Normandie aux Pyrénées, et transporte plus de 2,7 millions de passagers par an. « Brittany Ferries, c’est 650 millions d’euros de dépenses de nos clients sur les territoires que l’on dessert. La première région qui en bénéficie, c’est la Bretagne à hauteur de 30 %. Brittany Ferries est l’acteur le plus important pour le grand Ouest en matière de clients et de touristes britanniques » rappelle Jean-Marc Roué. Poursuivant sa politique de maîtrise des émissions de carbone, la compagnie a passé commande d’un navire au GNL (gaz naturel liquide) et d’un autre équipé de scrubbers, ces installations d’épurateurs de gaz d’échappement dont six navires de la compagnie ont été équipés, en 2015 et 2016, pour un investissement de 90 millions d’euros. Rappelons que le Honfleur, le nouveau navire qui doit entrer en service l’an prochain sur la ligne Caen-Plymouth (la plus fréquentée) est lui aussi propulsé au GNL. Construit par le chantier allemand FSG (Flensburger Schiffbau-Gesellschaft), ce navire de nouvelle génération viendra rejoindre les dix autres unités de la flotte pour une enveloppe maximale qui ne devra pas dépasser les 200 millions d’euros.
Cap sur le pays de Galles
Après une douce nuit bercée par le tangage du Bretagne, grandement atténué par gros temps par ses puissants stabilisateurs, une petite musique celtique vient une heure avant le débarquement me délivrer des bras de Morphée, à moins que cela ne soit plutôt de Morgane. Les docks et les navires de guerre de la base navale du port de Portsmouth défilent bientôt sous mes yeux, dont le fameux HMS Victory, sur lequel le vice-amiral Nelson est mort durant la bataille de Trafalgar. La pièce maitresse du Royal Naval Museum de la grande cité portuaire, est l’un des deux seuls spécimens au monde de navire de guerre du 18e siècle originaux et encore intacts, avec la frégate américaine USS Constitution. Il est temps pour moi de mettre sac à terre, direction le pays de Galles et ses milliers de brebis, ses côtes sauvages, ses châteaux séculaires, sa langue cousine du breton et ses chaleureux chœurs d’hommes. Brittany Ferries propose justement cette année un nouveau circuit au pays de Galles pour les amateurs de road trip, en voiture ou à deux roues, épris de liberté, de traditions et de grands espaces. Mais cela c’est une autre histoire que je vous raconterai bientôt…
David RAYNAL
Informations, conseils et informations au 0 825 828 828 (prix appel + 0.15 € TTC/min), sur www.brittanyferries.fr, dans les cinq comptoirs Brittany Ferries (gares maritimes du Havre, de Caen/Ouistreham, Cherbourg, St Malo, Roscoff) et en agence de voyages.
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A partir de 457 € par adulte en voiture, 418 € à moto (base 2 adultes), circuit 7 jours / 6 nuits en B& avec petits déjeuners, traversée maritime A/R France-Angleterre, voiture Également disponible en hôtel 2/3 étoiles.











