Derrière ce nom de chef indien, se cache Julien Magot, multi instrumentiste et auteur compositeur d’un disque mariant pop recherchée et chanson française exigeante. Installé du côté de Lanildut, ce parisien a retrouvé pour lui et sa famille un art de vivre oublié, mais aussi ses origines bretonnes et le bonheur de concevoir sa musique. Rencontre.
Depuis combien de temps habitez-vous en Bretagne ?
Julien Appalache : Cela fait 8 ans maintenant…
Vous le parisien, pourquoi avoir choisi de vivre en Bretagne ?
J.A. : Parce que je suis tombé amoureux de cet endroit grâce à ma femme qui avait une maison de vacances dans la région. On venait chaque été et… un jour on n’est pas reparti ! On s’est dit que ce n’était pas à Paris qu’on voulait voir notre petit garçon grandir. On a découvert l’école de Lanildut qui est incroyable et voilà.
Qu’a-t-elle de si particulier cette école ?
J.A. : Elle donne sur le port de Lanildut !
C’est une école immersive en breton ?
J.A. : Non, ce n’est pas une école Diwan. Mais ils enseignent le breton.
Votre biographie parle d’exil. Que représente la Bretagne pour vous ?
J.A. : C’est une terre sauvage, vraiment préservée et magnifique. Et les gens sont également merveilleux avec un cœur énorme. Ils nous ont accueillis à bras ouverts.
Vous auriez pu vous installer ailleurs en France ou dans le monde ?
J.A. : A vrai dire, ce n’est pas sûr. Je suis vraiment tombé amoureux de cet endroit. J’ai bien sûr voyagé dans d’autres régions et n’ai pas ressenti cet appel. Après, mon grand-père est breton. Il doit y avoir un lien, une sorte d’appel physique à venir s’installer ici.
Depuis 8 ans, à chaque retour au pays, vous retrouvez ce bonheur ?
J.A. : A chaque fois, oui. Je ne trouve rien de plus beau. Et pourtant, j’ai eu la chance de pas mal voyager en France et à l’étranger. Mes simples et fréquents allers-retours à Paris me procurent le même effet en revenant à Lanildut. Comme au premier regard.
Votre clip « Bel Océan » est construit comme un court métrage où vous montrez votre Bretagne au quotidien. Elle ressemble beaucoup à l’Irlande ! C’est une approche consciente ?
J.A. : Oui, il y a une conscience de ce côté très anglo-saxon. Un côté Ken Loach aussi par moment. On le doit au réalisateur Thomas James qui a réalisé le film et tous mes clips en général du dernier album. Lui, comme moi, on est amoureux de cette terre. Même dans la ville de Brest je retrouve ça. Quand je vais assister à des matchs de foot par exemple. C’est très anglais avec ce stade dans la ville et cette marée rouge qui se rend au match.
On trouve aussi des rapports humains basés sur la confiance. Notamment lorsque vous laissez l’argent sur la table en l’absence du vendeur.
J.A. : On a tourné à Ouessant. On a inventé cette scène pour le court métrage. Après ici, cette confiance et cette entraide existent au quotidien au sein de la communauté de Lanildut. C’est une vraie différence par rapport à Paris où on est un simple courant d’air !
Ce sentiment d’appartenance s’entend jusqu’à se sentir Breton ?
J.A. : (rire). Je me sens avant tout appartenir à la communauté du village. C’est le socle de l’édifice. Et de fait, par extension, je me sens Breton. Cela fait 8 ans que je suis ici. Au-delà de ça, je me sens citoyen du monde.
Mais n’est-ce pas parce qu’on on est ancré dans une culture locale – la Bretagne en l’espèce – qu’on se sent citoyen du monde ?
J.A. : Oui, c’est sûr… Avec une préférence pour le Finistère !
Sur la pochette de l’album, c’est votre famille ?
J.A. : Oui. Ma famille a été énormément présente pendant la composition de l’album. Je l’ai fait presque avec eux. Je l’ai composé dans mon salon. Ils étaient là à chaque étape durant ces quatre années.
Quatre ans, c’est long non ?
J.A. : Je joue de tous les instruments pratiquement, ça met un peu de temps. Ensuite, il faut trouver les bons arrangements, la bonne production, réenregistrer certaines choses, trouver l’artwork, tourner les vidéos… ça prend du temps.
Dans quel studio a été finalisé l’album ?
J.A. : Le studio de mon label Néon Napoléon qui est à Paris. J’ai passé une semaine là-bas pour refaire les parties qui sonnaient moins bien qu’à la maison.
Un studio à Paris. C’était le grand retour vers votre première vie !
J.A. : Oui, j’ai passé mon enfance dans le Val d’Oise avant de vivre à Paris lors de mon entrée à l’école de journalisme l’IEJ, Institut Européen de Journalisme. Ensuite, j’ai fait un master de géopolitique pendant 2 ans. Le temps de la réflexion et de me dire que j’étais réellement fait pour la musique. La suite logique de « mon » groupe de rock Jim Baker.
Vous êtes le seul à poursuivre une carrière de musicien ?
J.A. : Non. Les autres continuent également dans d’autres styles. On est resté amis. La DA du disque a été réalisée par le chanteur de Jim Baker. Mon ami producteur, Grégory Hoepffner, a aussi arrangé le disque. Et il a aussi été dans le groupe. On est tous resté très proches.
Comment la Bretagne a modifié votre écriture ?
J.A. : J’ai davantage de temps et d’espace pour composer. Je prends le temps de contempler cette nature sauvage. De l’aimer. C’est ça qui m’a permis d’écrire l’album. A Paris cela aurait été plus difficile : il y a du bruit en permanence. On est sollicité sans cesse. Ici, j’ai une quiétude totale.
Une chanson comme « La pluie » est directement inspirée du Finistère ?
J.A. : (rire) Oui. C’est vrai que le refrain est arrivé un jour de pluie. Mais c’était vraiment très beau, le ciel était doré. La pluie fait partie du décorum au Finistère.
D’autres chansons sont nées de votre présence en Bretagne ?
J.A. : « Bel océan » aussi. Je l’ai écrite suite à une traversée un peu mouvementée entre le continent et Ouessant. Je vais une ou deux fois par an à Ouessant. C’est encore plus sauvage que Lanildut. On est seul au monde entre octobre et mai. C’est un vrai voyage à deux pas de chez nous.
Vous avez croisé Yann Tiersen ?
J.A. : Non, même s’il est vrai qu’il a son studio An Eskal. C’était l’ancienne boîte de nuit de l’île.
Christophe Miossec est aussi à 20 minutes de Lanildut
J.A. : Là non plus, je ne l’ai jamais croisé. Je l’ai vu en live au Vauban (salle de concert à Brest, ndlr) il y un petit moment. J’avais trouvé le concert magnifique. On n’a pas de connexion… pour l’instant !
Pourquoi écrire sous le pseudo de Julien Appalache ?
J.A. : C’était la volonté de mettre en avant mes influences américaines et en même temps d’honorer les natives. J’adore les Etats-Unis comme on peut l’entendre sur l’album.
Quelles sont vos influences pop ?
J.A. : Clairement les Beatles. J’ai mis beaucoup de temps avant de les écouter. Je pense que je faisais un rejet de leur renommée. Je les ai découverts juste après l’enregistrement de l’album. J’ai plongé dans leur univers et grâce à eux j’ai compris la pop music et le piano ! Le piano a été l’élément fondateur de cet album. Je ne savais pas en jouer avant. J’ai appris en composant le disque. Ensuite dans les influences plus modernes, il y a aussi les Phoenix et ce genre de groupe.
Et côté chansons françaises ?
J.A. : J’aime beaucoup Bertrand Belin. En termes de chant en français, c’est clairement au-dessus. Et puis, il y a aussi Nino Ferrer. Il a joué un rôle important dans ma vie. Sans oublier Philip Katerine pour son côté joyeux et autodérision.
Propos recueillis par Hervé DEVALLAN
Julien Appalache « Désolé pour la gêne occasionnée » (Néon Napoléon)











