Un ami me l’a dit. Un autre aussi. Les journaux le disent, la nouvelle se repasse, Joseph Ponthus est mort.
Il nous avait prévenu. Il nous l’avait dit. Nous l’écoutions. Nous le croyions. Il nous disait de sa maladie, il ne se le cachait ni nous le cachait derrière son petit doigt. Ponthus est mort de ce qu’il nous avait dit qui le tuerait.
Mort de lui et vivant de ses mots. Je passe à la ligne.
J’écris dans ses silences désormais infinis.
Je crache sur tous les cancers qui tuent la poésie, les poètes et tous ceux qui sont, le soir d’avant leur mort, libres de libertés.
Nous tentons tous d’écrire dans les ressauts du sens. Nous allons avec lui à la ligne, nous continuons d’être liés. Ponthus a écrit les plis et replis, les plissements du sens.
Ponthus qui voulait être Rimbaud ne sera pas fini.
Ses mots nous poursuivent. L’usine continue de brailler et de broyer.
Les hommes. Les femmes. Les ouvriers.
Ponthus qui savait ce qu’éduquer veut dire nous avait fait comprendre l’abattoir qui n’abat pas que les bêtes.
Les bêtes à blouses blanches regardent dans leurs yeux celles qui débarquent la nuit quand le sang appelle et que les camions fument.
Les ouvriers bretons ont été les compagnons de Ponthus et continueront de l’être sans qu’ils le sachent. Les ouvriers du monde meurent dans toutes leurs langues des gestes répétés, des ordres rabâchés et des saturations d’aube quand leur bagnole va au fossé.
Salaisons. Sale saison.
Nous ne voudrions pas que Rimbaud meure.
Nous voudrions l’impossible.
Que le 24 février 2021 n’ait pas été ce jour triste où les amis se disent, en se regardant, que Joseph Ponthus n’est plus qu’un livre.
Ponthus est un bon livre. Poing
À la ligne.
Gilles CERVERA
25 02 2021
Photo : Olivier Dion











