Peintre, graveur, calligraphe, Jean-Yves André est un artiste amoureux des pierres. Après son travail sur les mégalithes, voici ses Femmes de pierre. Il les a croquées dans la statuaire d’édifices religieux finistériens, en particulier dans les enclos paroissiaux du Léon. Surprenantes découvertes que souligne le poète Jacques Poullaouec en apportant son éclairage sous forme de courts textes aux allures d’aphorismes.
Esprits pudibonds, s’abstenir. Les superbes dessins de Jean-Yves André donnent volontiers à voir ce que les livres sur l’art religieux breton ont souvent occulté (si l’on excepte Le cul bénit, Coop Breizh 2013, de Bernard Rio). Voici des femmes de pierre profondément sensuelles, exhibant leur nudité, parfois dans des postures très évocatrices à l’image de la fameuse Katell Gollet (Catherine la damnée) des calvaires de Plougastel et Guimiliau. Voici des femmes démons, des femmes sirènes, des femmes serpents ou encore des femmes oiseaux. Et même, comme l’écrit Jacques Poullaouec, « des sirènes lèche-culs, sodomistes, onanistes ». C’est dire …
Dans les enclos paroissiaux nord-Finistériens (un jour au Patrimoine mondial de l’humanité), « l’anatomie et la religion font bon ménage », souligne Jacques Poullaouec. Au fond, voici « la scatologie au service de l’eschatologie ». Car, qu’on ne s’y trompe pas, il s’agissait bien pour l’Eglise catholique (notamment celle de la post-Réforme) d’asséner que la luxure était bien, souligne Poullaouec, « le péché capital qui menait à l’enfer » et de marteler qu’au début de la grande histoire de l’humanité, il y avait la tentatrice du Jardin d’Eden. La voilà donc, à Guimiliau, représentée par un serpent à tête de femme.
Mais, un peu paradoxalement, ces femmes de pierre qu’a si amoureusement approchées Jean-Yves André, « s’exhibent sans être exhibitionnistes ». Il peut même arriver que « leurs bouches susurrent les voix du silence ». Elles peuvent même être belles comme cette femme en granit du porche sud de Guimiliau. « La Joconde n’est pas si loin », note le poète.
Dans l’inventaire de ces femmes de pierre très particulières, la Vierge Marie ne trouve guère sa place. On la découvre seulement en Mater dolorosa dans la Pieta du calvaire de Daoulas. Jean-Yves André, en effet, s’est d’abord intéressé aux femmes absentes du calendrier des saintes. La « vierge en gésine » du tympan de la basilique du Folgoët ou celle du tympan de l’arc de triomphe de La Martyre sont, par exemple, aux abonnées absentes. On ne doit pas s’en étonner. Car le dessinateur, en naviguant de Berven à Gouézec et de Porspoder à Plougasnou (au cœur des enclos, mais pas seulement) a d’abord conçu un inventaire aux allures de bestiaire féminin. Il a su exprimer avec talent « le grain de leur peau de granit/sur le grain du papier », comme le dit si joliment Jacques Poullaouec.
Pierre TANGUY.
Femmes de pierre, Jean-Yves André et Jacques Poullaouec, Géorama, 18 euros.











