Jean-Louis Coatrieux : « Fleur » HermineHermineHermineHermine

On peut avoir beaucoup bourlingué mais rester profondément attaché à ses racines. Pour le Rennais Jean-Louis Coatrieux, c’est la Bretagne intérieure du côté de Saint-Nicolas du Pélem et de Locuon. Afin de témoigner d’une enfance passée dans ce pays-là, l’auteur rennais va regarder le monde à travers les yeux d’une fillette dénommée Fleur.

Récit, conte, fable ? C’est tout cela à la fois le nouveau livre de Jean-Louis Coatrieux, écrit dans une élégante prose poétique découpée en courts tableaux. « Les rêves les plus fous se cachent ici, j’en suis convaincu », affirme Jean-Louis Coatrieux. Il faut dire qu’avant lui un autre écrivain breton (et non des moindres) avait, lui aussi, été convaincu de la capacité de cette Bretagne intérieure à nous envoûter. Dans Le cycle du pays natal (La Part Commune, 2010), Armand Robin évoque avec ferveur sa campagne natale du côté de Plouguernével. « Les fontaines, les plantes, les incertaines lunes/furent mon logis ; les ronces méprisées furent ma fortune ». Dans ces jours « abreuvés de lentes eaux », il s’émerveillait de tout, comme le fait aujourd’hui une fillette sous la plume de Jean-Louis Coatrieux. « Elle fit de sa rivière un théâtre, une aventure merveilleuse et réelle à la fois ». Ici, dans ce pays gorgé de mystères, « toucher à tout est la règle d’or ». Car sur cette « terre pauvre », il y a « la légende des pierres » et tous ces « contes étranges que le grand-père semblait tirer de sa poche aussi facilement que son tabac à rouler ».

Raconter le monde

Fleur arpente ce pays à pied, en vélo, ou dans ses rêves. Elle n’est pas seule. Il y a les présences rassurantes de « père » et de « mère ». Il y a les amis, les enfants attentifs comme elle aux « sauts inattendus » des écureuils ou éblouis par « les gerbes bouillonnantes » du bief. « Nous étions trois inséparables du même âge, Maria, Joseph, Fleur ». Ces enfants parlent une langue commune. Ici, breton et français sont « mélangés avec une assurance égale ». Jean-Louis Coatrieux ne lésine pas d’ailleurs sur l’usage de toponymes pour mieux nous ancrer dans ce terroir bretonnant : Bothoa, Kerfandol, Penhoët braz, Revelen, Kerguzul …

Les mots ont leur importance et Fleur en a vite la prescience. Elle dessine puis écrit dans son cahier les noms des plantes ou des fruits qu’elle ramène de ses promenades. Il lui fallait des mots pour « raconter le monde » et, sûrement, pour mieux l’appréhender. Comment ne pas penser ici à ces lignes merveilleuses de Mahmud Darwich sur « l’art de nommer les choses ». Dans son livre Présente absence (Actes Sud, 2016) le poète palestinien disait : « Ecris correctement fleuve, il coulera dans ton cahier. Le ciel aussi sera un de tes biens personnels si ton orthographe est correcte. Qui écrit une chose la possède ».  Fleur en était aussi convaincue. Et, à travers elle, Jean-Louis Coatrieux qui nous livre ici un émouvant récit poétique, à la fois sur l’enracinement et l’ouverture sur le monde.

Pierre TANGUY.

Fleur, Jean-Louis Coatrieux, La Part Commune, 63 pages, 11 euros.

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