Pas de crise de la quarantaine pour le festival défricheur de musiques actuelles rennais. Les Transmusicales se portent comme un charme à l'orée de leur 40e édition. Jean-Louis Brossard, la tête chercheuse de l’événement s'amuse toujours autant à découvrir et nous faire connaître les talents de demain avec comme seule règle : que le son soit bon !

Comment qualifiez-vous cette 40e programmation des Trans ?
Elle est très « transmusicales » justement ! Je pars toujours d’une feuille blanche et j’y mets tout ce que j’aime sur les derniers mois entre ce que j’ai vu en concert, sur Internet, les disques que l’on m’a envoyé. Je m’intéresse vraiment à tout ce qui se fait dans le monde, peu importe le style. Je regarde aussi ce qui se fait dans la région, à Rennes notamment. C’est bien d’aller chercher loin mais il ne faut jamais oublier qu’il y a des choses très bien près de chez nous.
Quelles sont vos découvertes bretonnes de l’année ?
J’ai programmé deux groupes qui sont directement influencés par la musique traditionnelle : Nâtah Big Band, ils sont dix-sept sur scène, c’est absolument génial (Hall 8, samedi 8 décembre) et Fleuves dont j’ai beaucoup aimé le premier album (L’Étage, samedi 8 décembre).
Y-a-il un renouveau de la scène rennaise ?
Oui et non. En réalité, un groupe rennais c’est comme un groupe américain pour moi, je ne fais pas vraiment de différence. Rennes et la Bretagne sont des terres de musique, il s’y crée plein de choses grâce notamment aux milliers d’étudiants et de jeunes travailleurs. On parle beaucoup de Rennes au passé, pour les années 80 avec le début des Trans, Marquis de Sade ou Étienne Daho. Comme si après il n’y avait plus rien eu !. Sauf que si, énormément de bons groupes sont nés ici depuis, peut-être un peu moins « mainstream » ou grand public mais tout aussi bons. Et ils arrivent à en vivre comme Bikini Machine, Her ou Vermonte.
« La techno minimale allemande, au bout d’un moment, ça tourne un peu en rond ! »
De manière générale, quelle direction prend la musique aujourd’hui ? Après la « domination » de l’électro ces dernières années, quel style prend la suite ?
Il y a toujours de l’électro mais c’est c’est sûr que la techno minimale allemande, au bout d’un moment, ça tourne un peu en rond ! Moi, je regarde de plus en plus vers ce que j’appelle la « sono mondiale ». Il y a beaucoup de groupes africains qui travaillent avec des producteurs anglais comme Nihiloxica (Hall 9, samedi 8 décembre ndlr) ou la portugaise Pongo qui travaille avec des musiciens français (Hall 8, jeudi 6 décembre, ndlr). C’est ce métissage, ce mélange, ces gens qui se confrontent aux autres qui créent la nouvelle musique.
Comment découvrez-vous les groupes ?
Je travaille au feeling, c’est ma façon de faire. Après, c’est vrai qu’il me faut un certain équilibre entre les styles, les genres, pour coller à la diversité de la création. Le public des Trans aime bien venir ici pour découvrir des artistes que souvent il pourra retrouver dans d’autres festivals un peu plus tard.
En dehors du feeling, comment cela se passe-t-il concrètement ?
Je découvre certains groupes sur scène. Depuis quelques années, j’aime aller au festival Eurosonic à Groningen aux Pays-Bas en janvier et au Great Escape à Brighton en Angleterre en mai. Là-bas, il y a 450 groupes programmés, je vais voir plein de choses, je prends des notes. Je vais de club en club, j’écoute quelques titres et je vais voir autre chose. C’est là que j’ai découvert The Surrenders notamment. Je suis allé directement à leur rencontre après leur petit concert pour leur dire que je voulais les avoir aux Trans cette année (Hall 3, vendredi 7 décembre, ndlr).
« Je me souviens de l’arrivée de Myspace il y a dix ans »
Avez-vous vu en live tous les groupes que vous programmez ?
Pas du tout ! Pour une raison simple : certains vont faire leur premier show aux Trans ! Même Diziz la Peste (Hall 8, jeudi 6 décembre, ndlr), qui est connu du grand public mais que je connaissais pas spécialement avant, va faire un tout nouveau show aux Trans. The YD (hall 3, jeudi 6 novembre, ndlr) va aussi faire son tout premier concert chez nous !
Si une chanson vous plaît, ça peut suffire pour être programmé ?
Quasiment ! Si un son me plaît, j’essaie de fouiller un peu sur Internet, de trouver des vidéos, même si la qualité n’est pas parfaite juste pour voir comment le groupe se comporte sur scène, s’il y a un chanteur avec quelque chose de particulier, du charisme ou un look, si ça bouge.
Avant Internet et Youtube, comment faisiez-vous pour découvrir les groupes ?
Je me souviens de l’arrivée de Myspace il y a dix ans, ça a révolutionné ma manière de travailler. Désormais, Myspace est déjà obsolète ! Avant, comment je faisais ? Il y avait la radio, j’aimais en faire d’ailleurs, j’aimais passer des disques. J’allais beaucoup chez le disquaire aussi et puis les groupes m’envoyaient tout simplement leurs K7. Ensuite, avec Internet, s’est allé beaucoup plus vite. J’ai commencé à recevoir des mails avec des dizaines de liens. C’est pratique mais ça a complètement changé la manière d’écouter de la musique. C’est différent de mettre un disque et de le laisser tourner en boucle. Maintenant on écoute davantage un ou deux titres et on passe à autre chose.
« C’est vrai que je ne regarde pas trop la télé ! »
Vous allez encore chez le disquaire ?
Oui, toujours, j’aime beaucoup ! Je collectionne encore des vinyles. J’achète des nouveautés mais aussi des choses plus anciennes que je n’ai pas encore en jazz, en blues ou en rock.
Vous trouvez encore le temps d’écouter de la musique pour vous ?
Oui, heureusement, il faut (rires) ! J’écoute pas mal de CD dans ma voiture, dès que je me lève quand je prends un café je fais tourner un vinyle. C’est vrai que je ne regarde pas trop la télé !
Propos recueillis par David EVEN
Les 40e Rencontres Transmusicales de Rennes se tiennent du 5 au 9 décembre.
Plus de renseignement











