Un testament poétique ? Il semble bien que ce soit le cas avec le nouveau livre du Nantais Jean-Claude Albert Coiffard, Au vitrail des mots, qu’il publie à l’âge de 91 ans. Livre de gratitude et d’émerveillement de la part d’un homme pour qui « tout était bleu lorsqu’il avait sept ans » et qui n’a jamais cessé de glorifier la vie simple au plus près de la nature.

« Lorsque le grand silence/aura saisi mon âme/reverrais-je l’enfant/courant sur une plage/en serrant sur son cœur/l’ombre bleue de son frère ? » Pour Jean-Claude Albert Coiffard, tout vous ramène à l’enfance. A plus forte raison, bien sûr, quand le grand âge vous a saisi. Son nouveau livre est pétri de notations sur une époque aujourd’hui totalement révolue mais dont le poète se plaît à noter à la fois la grandeur et le mystère. Nous voici dans un pays, en bord de Loire, où l’on se tenait volontiers « au chevet des étoiles » sous une « averse d’oiseaux ». Un pays où il suffisait d’un « simple rai de lumière/sur le vitrail des mots » pour que « la page s’éclaire/sur le vol d’une abeille ». Oui, note Jean-Claude Albert Coiffard, « l’enfant se souviendra » de « la Loire immobile », de « la table bien cirée », de « la rose bien droite ».

Dans ce monde-là, « la vie était très simple/sous les poutres/autrefois/de l’aurore à la nuit/on tirait les rideaux/et soufflait la bougie ». Ce monde-là (qu’il côtoie encore aujourd’hui) était un jardin de « fruits mûrs » et de « figues éclatées ». C’était un monde d’abeilles, de libellules et de « papillon blanc » posé sur « le blanc d’une feuille ». Un monde où les roses pouvaient avoir des « larmes » à leurs « paupières ». Jean-Claude Albert Coiffard nous laisse entrevoir une forme de paradis, celui qu’il aspire sans doute à rejoindre ou retrouver. S’adressant à son Seigneur, il écrit : « Reverrai-je le ciel/qui éclairait la nuit/dans la mansarde bleue/et le livre perdu/où s’endormit l’enfant/entre les bras d’une ombre ».

Le poète ligérien (du pays nantais) n’a jamais cessé d’écrire sous le regard de René Guy Cadou. Même « fraternité au cœur » comme le disait Jean Lavoué à propos de l’instituteur de Louisfert. Mais Jean-Claude Coiffard a aussi d’autres références dont il fait mention dans ce livre, à commencer par Christian Bobin (« Tu creusais l’or des mots/pour trouver de la terre/où pousse le poème ») et Jean Lavoué, disparu en mai dernier (« Mon ami est parti/dans la forêt du Père/sous les sous-bois aimés/et la paix des clairières »). Les hommages s’étendent à Rose Ausländer, Maurice Courant, Jean-Paul Mestas…

En quittant ce monde, « lorsque que le grand silence aura saison mon âme, Jean-Claude Albert Coiffard aimerait emporter « les éclats de lumières/qui tremblent sur la Loire ». Et il confie : « J’entend ma vieille lampe/écrire un dernier mot:/kenavo ».

Pierre TANGUY.

Au vitrail des mots, Jean-Claude Albert Coiffard, dessins de Nathalie Fréour, postface de Marie-Laure Jeanne Herlédan, éditions Des Sources et des livres, 115 pages, 15 euros.

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