En cette période de célébration du centenaire de la fin de la guerre 14-18, Jazz Lieutenant nous apprend la conquête de la France par quelques soldats américains musiciens de jazz. Trois auteurs de Brest, membres de l’association Brest en bulle, Malo Durand pour le scénario, Erwan Le Bot pour le dessin et Jiwa pour la mise en couleurs, racontent cet épisode peu connu alors que fondateur pour la musique.
La France avait découvert le ragtime lors de l’Exposition universelle en 1900, déjà par l’intermédiaire d’un orchestre militaire, le US Marine Band. Mais le premier concert de jazz donné en France le 12 février 1918 sera dirigé par un officier américain au nom prédestiné, James Reese Europe, chef d’orchestre du groupe de musiciens militaires, les Harlem Hellfighters, Ce musicien déjà reconnu aux Etats-Unis et propriétaire de clubs de jazz, va rejoindre le 15e régiment d’infanterie de l’US army, composé de Noirs, avec une soixantaine de musiciens new-yorkais confirmés, qui gagnaient bien leur vie et qui n’avaient aucun besoin d’aller faire la guerre. Pourquoi ? Pas pour faire connaître leur musique en Europe, mais d’abord pour arracher les mêmes droits que les blancs en accomplissant les mêmes devoirs.
Ils débarquèrent à Brest avant de rejoindre Saint Nazaire puis le front. Outre leur talent musical, ces musiciens militaires vont marquer l’histoire de la Première Guerre mondiale par leur bravoure. Le haut commandement allié comprendra l’effet positif et entraînant de cette musique sur le moral des troupes et de la population. Le régiment finira par rejoindre l’armée française parce que les autorités américaines refusaient la cohabitation Noirs-Blancs. Le retour au pays n’en fut que plus dur. Mais ne dévoilons pas la fin de ce Martin Luther King de la musique.
Construit en mode flashback raconté par le héros lui-même, le récit alterne les scènes d’actions, les clichés de l’époque et les gros plans avec un style de dessin et d’encrage, influencé par les comics, plutôt réussi. Mais la forme assez classique manque de lien avec le thème du jazz, plus marqué par l’improvisation au sein d’un cadre déterminé. Un jeu de couleurs ou de formes différentes lors des cases « musicales » auraient ainsi permis de mieux souligner l’apport de la musique.
Si l’on apprend beaucoup dans cet ouvrage, le nombre de pages réduit ne nous permet pas de nous identifier aux héros et on le referme en se disant qu’on aurait aimé voyager plus longtemps avec ces hommes hors du commun. On a l’impression d’avoir assisté à une leçon d’histoire mais sans se sentir concerné. Très intéressant et instructif mais pas prenant alors que le scénario porte en lui tous les ingrédients d’un succès pour le 9ème et le 7ème art.
Marc PHILIPPE
Jazz Lieutenant de Malo Durand (scénario), Erwan Le Bot (dessin) et Jiwa (couleurs) aux éditions Locus Solus – 16€












