C’est vrai que toute l’histoire de la Bretagne en un seul ouvrage peut paraître audacieux. Mais avec cette histoire fort précise racontée par l’avocat Gilbert Filior, résumé ne veut pas dire baclé.

La Bretagne armoricaine rejoignit dans la douleur la couronne française.
L’auteur va à l’essentiel sans se perdre en conjecture, voire partis pris subjectifs. Les points de discussion sont donc essentiellement orientés sur l’interprétation de traités signés par les différents représentants du duché et / ou royaume breton. Des traités intuitu personae passé entre deux souverains qui n’ont souvent qu’une valeur temporelle : le temps du règne de l’un ou de l’autre. Il alors intéressant de constater que certains accords font état de promesses virtuelles, consistant à échanger ou céder des territoires qui ne leur appartenaient pas ! Après Anne de Bretagne, le vol étant permanent…
Autre constante soulignée par l’auteur, c’est cette succession de trahison qui accompagne l’histoire de Bretagne. Frères, beaux frères, fils (légitimes ou bâtards), époux, maris… se font la guerre d’un côté l’autre, en changeant de camps selon l’avidité du jour. Le traître le plus célèbre étant Du Guesclin qui servit la France, et fut tellement haï par les bretons qu’il ne put jamais retourner dans son pays !
Dans ce contexte, deux choses sont à remarquer :
– La trahison est souvent l’œuvre de famille proche de la frontière française : la partie francophone de la Bretagne. Les pays bretonnants étant dans l’ensemble fidèle à leur Duc et donc à une Bretagne indépendante. Paradoxalement, aujourd’hui, c’est le département du Finistère qui fournit le plus de fonctionnaires à la France…
– Les grandes familles trahissent davantage que les hobereaux. Et pratiquement jamais les artisans qui au début du premier millénaire commencent à voir le jour. Ni le peuple bien sûr !
Encore aujourd’hui, les défenseurs d’une Bretagne libre sont souvent issus du peuple et du monde de l’entreprise. Le privé donc. Rarement des fonctionnaires inféodés. Ne parlons pas des politiques !
Comme le Duché de Luxembourg, le Duché de Bretagne avait les moyens de choisir un autre destin
Finalement, cette « histoire résumée de la Bretagne » synthétise parfaitement les affres de notre pays, qui passe son temps en luttes intestines, voire fratricides, donnant le champ libre à la France le plus souvent. C’est aujourd’hui plus vrai que jamais. Car comme le Duché de Luxembourg aujourd’hui, le Duché de Bretagne avait les moyens de choisir un autre destin. A nous maintenant de nous unir pour – a minima – exiger le retour de Nantes en Bretagne et que nos chères têtes blondes puissent apprendre leur histoire en classe. Nos ancêtres n’étaient pas tous gaulois… Et comme le souligne Gilbert Filior, « Il appartiendra aux autonomistes d’être particulièrement habiles (…) Malheureusement, le pouvoir français ne comprend d’une chose : la violence. Quelques centaines de trotskystes parvinrent à faire reculer la France sur le stupide projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Les Bonnets Rouges (du vingtième siècle) firent, par la force, renoncer le gouvernement à l’écotaxe ». Oui, dans les pays celtes, il ne faut jamais oublier que le pouvoir est montant et non descendant comme dans une grande majorité du reste du monde.
Hervé DEVALLAN
« Histoire résumée de la Bretagne » de Gilbert Filior aux éditions Panthéon – 452 pages – 28.90 €












