Le marché noir, une belle initiative qui nous propose sa troisième édition, à Rennes, du 11 au 14 septembre 2014, entre stage d’initiation, le salon des indépendants, les grandes impressions et même de la tatoographie. 


Qui n’est pas resté songeur devant ce film franco-britannique de Peter greenaway « the pillow book », dans lequel ce père calligraphe  célèbre, trace sur le visage de sa fille de 4 ans, un vœu d’anniversaire. L’histoire d’un père et de sa fille, d’une enfant qui devenue adulte offrira à son amant son corps entier en lieu et place, du papier.

Noir, le noir est-il une couleur ? J’ai appris cet été qu’il avait mis du temps à ce faire reconnaître. Matisse, dans « Écrits et propos sur l’art » nous le dit, en peinture l’utilisation du noir c’est faite par à-coups, ceux sont d’abord les orientaux notamment les japonais qui l’ont utilisé dans les estampes. Matisse dira, le noir est une force, il est aussi lumière que les autres couleurs.  Des hauteurs de Rodez, l’outre noir de Soulages nous le confirme. En gravure le noir est froid, bleu, velouté, bercé, intime, profond.  Approchons nous.

Oui, approchons nous de ce marché noir qui va voir souffler le vent sur les ateliers de la rue Alexandre Duval. Envolées de  feuilles, effeuillage des papiers, ritournelle de la marguerite quand le papier est amoureux. Car il l’est en gravure et tout autant en imprimerie, il épouse le creux encré de la matrice et la frappe de la lettre. Marché noir, noir, cela vient de la nuit et du soir, cela vient du blanc du papier, et de son obscurité. Que les lettres sont belles quand elles se détachent noires sur le velin si mince, le vergé qui laisse visible,  par transparence, vergeures et pontuseaux, la part inconsciente de sa trame.

Typographie, lithographie, sérigraphie, eaux fortes, des disciplines qui se rencontrent, se croisent, s’embrassent. Matrices, encre et papier tel est le triptyque qui organise les cheminements. Autant dire que tout cela est loin de l’écran mais avouons le, c’est encore trop vite dit, ardoise magique, l’écran y joue aussi maintenant sa partie et c’est justice. Tout cela reste cependant organique, corporel, matriciel et le vocabulaire de la gravure comme de la typographie nous le chante, lange, berceau, forme, corps, paumage, tout vient dire la sensualité de métiers qui curieusement ont longtemps été l’apanage  des hommes ! Des histoires d’amour sans doute, d’amour primaire, des histoires d’inscriptions sur le corps, des histoires en creux. Titus carmel a tout a fait bien rendu la tonalité de cet univers dans un ouvrage intitulé « la leçon du miroir ». Miroir car il en va d’un constant retournement, d’un jeu de miroir entre la matrice et l’épreuve papier, puisque que le papier déposé sur la matrice gravée, s’imprime inversé, en miroir. Mais des miroirs il y en a d’autres il s’agit de ce jeu constant de dialogues que l’on retrouve dans ces livres d’artistes qui entremêlent textes et gravures, livres rares, livres illustrés, livres de dialogues. Quand la lettre, finalement, ne fait pas qu’informer mais qu’elle épouse le geste, la couleur et se donne dans sa métamorphose en métamorphosant le lecteur.

L’impression est ainsi venue comme en héritage, un héritage de mains, de gestes. C’est d’un esprit dont il s’agit, l’esprit des cœurs ! Imprimer et graver deux activités qui sont restées longtemps liées. Les unes avaient besoin des autres,  les bois gravés venant s’insérer dans la forme jouxtant le texte typographié et l’illustrant. Cette correspondance des arts du papier et de l’impression était intense, les journaux faisaient appel aux graveurs, ces derniers devaient rapidement proposer un bois gravé. La famille Beltrand, Camille, Georges et Jacques 1874-1977 en est, en Bretagne,  un exemple fécond.

Toutes les infos sur le site officiel du Marché Noir

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