Nantis les Nantais. Heureux comme un Nantais à Nantes ! Qu’il flâne, bade, ou s’enfonce à cent mille lieues sous terre, qu’il longe le Hangar à bananes et découvre une nouvelle salle du FRAC, qu’il embarque sur le Navibus et file vers Trentemoult ou revienne au château d’Anne, le Nantais voyage !
Nantes, ville riche !
Et pauvre, on n’en doute pas. Avec son lot de tentes et ses achélèmes à chier, n’empêche. Se lover dans Nantes, se lever à Nantes afin de rejoindre une vieille histoire ouvrière, anarcho-syndicale et FO du temps où FO volait haut ! Oui Jacques Vaché est de Nantes donc Nantes est dada. Oui Gracq est d’ici donc Nantes est surréaliste, et le peintre Pierre Roy aussi. Nantes a l’histoire complexe et souvent commerçante. L’assume dans son émouvant souterrain du Quai de la Fosse, avec l’histoire négrière symbolisée pour ne pas dire dépassable.
Nantes assure.
Nantes a son Lang, quatre pour le prix d’un : Jean Blaise, René Martin la Musique et Courcoult Royal de Luxe et Delarozière Les Machines !
Nantes s’en saoule, en titube, s’élève et se sublime !
Se promener à Nantes fait flamber les vaisseaux qui tombent de haut en Place Royale, effondrent Neptune qu’on retrouve flottant entre deux eaux sur les rives Passerelle Schoelcher (Ugo Schiavi). Graslin n’a plus sa chute verticale de l’an passé mais on la voit encore ou sa réminiscence au Jardin extraordinaire de la Carrière Misery où le débit des cascades est mouvant comme si toutes les saisons passaient toutes les cinq minutes. Foules à Nantes !
Aspergée ! Ondoyée ! Inondée !
Foule heureuse sauf à la mort toujours pas digérée car indigérable de Steve Caniço dont l’effigie est peinte et agrippe les mémoires vives. Nantes retient tout, on vous dit ! D’où viennent ses fortunes et où loge l’infortune.
Nantes est ainsi. Un faisceau d’histoires et d’Histoire, d’art et de contradictions. À ciel ouvert. Estuaire béant. Loire offerte.
C’est un grand corps érotique qui s’offre, Loire et Erdre ensemble jusqu’au Cours des Cinquante otages. Voyez chaque fois comment mort et vie, amour et mort s’enlacent à Nantes. Au Passage Pommeraye, Lola flamboie sans y être, descend les marches sans qu’elle y soit, C’est moi c’est Lola. Demy a sa moche médiathèque qui s’avère au-dedans le bonheur de Benjamin Péret !
Exhaustif, à Nantes jamais. Pour y revenir ?
Revenir voir le castor à queue de poisson sur sa vieille tour arasée (Laurent Le Deunff). Sous la tour Bretagne encore amiantée que le castor n’est pas désespéré de bouffer par la racine !
Nantes est joyeuse et les gens sourient ! Ils aiment que sur le Quai des plantes les municipaux fassent serre. On passe entre les arbres à planter qui font un séjour tendre au passant.
Nantes est imaginatif.
Nantes n’arrête pas d’imaginer sa ville. De la décaler. D’en faire une autre. De la faire voltiger comme les patineurs de Graslin, glisser comme le nid passerelle jeté sur la confluence des bras de Loire. Nantes a le sourire.
Vingt-mille lieues sur Nantes !
Jules Verne est là, partout, Némo nous regarde à la lunette ! Nantes jubile. Monte et descend les falaises, escalade ou avec ses bottes en caoutchouc de sept lieues franchit les jardins (Lilian Bourgeat à la Cantine du Voyage) ou saute sur la Lune en contemplant la terre qui flotte.
Il ne pleut pas toujours sur Nantes. Dîtes-le à Barbara pour qu’elle revienne.
Nantes est jolie, pas tant que ça au fond mais l’art la sublime, les fantaisies, les fantasmes d’artistes : Gilles Barbier, Travailler le dimanche, et son bestiaire latiniste ou ses dicos fous à la Cantine encore. On en reveut mon neveu !
J’ai raté Ilena Brotherus. Je dois y retourner. (Bois de la Gorgone)
J’ai raté Eva Jospin. (Galerie Confluence)
Ratée Ulla von Brandenburg, Passage Sainte-Croix !
Ne me suis pas perdu dans la toujours jubilante cour intérieur junglée, cinglée, dévorée d’Evor.
Mais Nantes donne au retour goût d’y retourner ! Les propositions sont multiples et nous multiplient Nantes à l’infini ou presque ! On rate toujours quelqu’un ou quelque chose à Nantes et, donc, on y revient !
Vive le voyage qui consiste à voyager là où on est voire là où on naît. Heureux les Nantais !
Gilles CERVERA
Notons in fine que le guide est parfaitement bien fait. Compréhensible et par tous les bouts ! Un voyage où se perdre sans être perdu !











