Le XVIe siècle est celui de la conquête du Nouveau Monde. Hernán Cortés y participe en découvrant l’empire aztèque. Une épopée extraordinaire, riche en personnages et aventures historiques parfois méconnues.

An 1492. Hernán Cortés a sept ans lorsque Christophe Colomb pose le pied sur une plage d’un continent qu’il pense être l’Asie. La découverte des Amériques marque l’enfance de celui qui deviendra l’un des plus célèbres conquistadors de l’Histoire. Pour l’heure, le jeune garçon ne sait pas encore que, d’ici un quart de siècle, il côtoiera puis lutera contre Moctezuma II, redoutable chef guerrier Aztèque dont il accélèrera la chute puis celle de son empire, laissant place à la Nouvelle-Espagne (Nueva España), division administrative nord-américaine de l’Empire sous Charles Quint.

Introduction historique

Avant de poursuivre cette chronique, il est essentiel d’évoquer trois cultures bien distinctes dont la différence n’est aujourd’hui, hélas ! plus enseignée dans un cursus scolaire traditionnel. Il s’agit de la culture MAYA… de la culture un INCA… et de la culture AZTÈQUE… Leurs répartitions géographiques et temporelles ne sont pas les mêmes. Ainsi, les MAYAS étaient un peuple forestier avec une apogée sociale et culturelle de 600 à 900 après J.-C. ; ils virèrent sur les territoires actuels du Guatemala et du Chiapas (Amérique centrale) ; ce sont les MAYAS qui construisirent les nombreuses cités autour de temples pyramidaux que l’on visite aujourd’hui à Chichen Itza et Tulum. Les historiens les places en successeurs des Olmèques et comme prédécesseurs des Toltèques.

L’empire INCA s’étendait sur 950.000 km² de l’Équateur au Chili actuel (Amérique du sud) avec Cuzco pour capitale impériale. Plusieurs de leurs tribus se répartirent dans les Andes en construisant des ponts suspendus afin d’enjamber les rivières. L’un des principaux sites INCAS, le Machu Picchu, fut édifié autour 1450 par les hommes de l’empereur Pachacutec. Les AZTÈQUES étaient quant à eux installés au centre du Mexique (Amérique du nord) entre 1428 et 1521. Il s’agit du seul empire précolombien dont on connaît les dates d’existence avec précision ; eux aussi construisirent des pyramides telles qu’elles sont observables à Teotihuacan. Ce sont les AZTÈQUES dont il est question dans la bande dessinée Cortés de Christian Chavassieux & Cédric Fernandez.

Résumons.  Les MAYAS ont connu l’existence la plus longue. On estime qu’ils n’ont d’ailleurs pas complètement disparu puisque leurs descendants vivent aujourd’hui encore au Mexique. Les INCAS se sont développés entre les XIIe au XVIe siècle, avant l’arrivée des Conquistadors espagnols. Les AZTÈQUES apparaissent un peu plus tard et disparaissent également au XVIe siècle avec la colonisation. Leur capitale, Tenochtitlan, est par la suite devenue Mexico. On suppose que les Toltèques furent leurs ancêtres. L’Histoire en fait le dernier peuple précolombien indépendant avant la mise en place du conquistadora.

Guerre à deux visages

Christian Chavassieux (scénariste) pose son histoire comme le fait cette chronique, c’est à dire au sein d’un cadre historique explicité dès le début du premier tome. Pour autant, les considérations politiques des forces en place ne font pas tout. La personnalité de Cortés, et celle non moins passionnante de Moctezuma, assènent les évidences d’une conquête tiraillée entre un désir de paix et une volonté irrépressible de lutte. En illustration de l’ensemble, les dessins de Cédric Fernandez œuvrent dans une veine classico-réaliste renforcée par la mise en couleur lumineuse (au sens propre) de Franck Perrot, dont le travail retranscrit la différence d’atmosphère entre l’Espagne, Cuba et le royaume aztèque. Somptueuses vues sur la forêt tropicale… Splendeur de la reconstitution des monuments d’époque… Chaleur des brasiers qui nous brûlent les doigts au fil des pages… Éclaboussures du sang au bout de nos ongles… Combats restitués avec soin et talent… Bref ! L’essentiel y est puisque l’on y croit.

Dramaturgie propice aux mythes

Cortés est une bande dessinée bavarde, aux dialogues fournis aidés pat moult bulles pédagogiques. Ainsi comprend-on comment un petit nombre d’hommes (les conquistadors étaient peu nombreux face aux autochtones) a pu faire chuter en dix-huit mois l’un des empires les plus puissant de l’époque, et conserve-t-on de cette aventure une forme de dramaturgie liturgique propice aux mythes, puisque le Mexique fut conquis « pour Dieu » à travers l’image de la Couronne d’Espagne. Alors ! Faut-il lire La guerre aux deux visages (T1) et Le cœur du monde unique (T2) ? Oui. Ce diptyque est documenté. Il révèle deux points de vue : celui de l’Espagnol Cortés face à celui de Moctezuma, empereur aztèque fort méconnu mais surtout incompris. Était-il un lâche comme aujourd’hui beaucoup de Mexicains se plaisent à le dépeindre ? …  Était-il paralysé par ses croyances et superstitions ? … Souhaitait-il élaborer une subtile stratégie sans en avoir eu le temps ? … Chacun considérera en fonction de son propre regard posé sur l’histoire. Cette bande dessinée atteste une fois encore que le 9ème art est devenu indispensable à la transmission culturelle.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Août 2024 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

Cortés,  une bande dessinée en deux tomes de Christian Chavassieux et Cédric Fernandez
Tome 1 : La guerre aux deux visages – 56 pages couleur + cahier historique.
Tome 2 : Le cœur unique du monde – 48 pages couleur + cahier historique.
Éditions Glénat –15,50€ et 14,95€

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