BRETONS est un collectif qui réunit les membres des groupes Kervegan’s et Digresk. Un collectif rapidement rejoint par Gweltaz Adeux ex chanteur d’EV et Anthony Masselin, sonneur de Soldat Louis. Leur premier album « Volume 1 » vient de sortir. Des classiques d’Alan Stivell aux hymnes d’AC/DC, leur rock celtique endiablé est prêt à défendre ses couleurs sur les scènes des plus grands festivals. Gweltaz Adeux nous en dit plus.

Comment est né le projet BRETONS ?
Gweltaz Adeux : Tout part des Kervegans. Ils se sont dit que ce serait une bonne idée de créer un super groupe et de jouer des morceaux qui ont nourri leur jeunesse. Il se trouve que je suis suffisamment âgé pour faire partie de leurs souvenirs. Ils voulaient reprendre les chansons du patrimoine breton qui ont essaimé en France grâce à Stivell notamment. En élargissant, ils ont rédigé une liste de morceaux jusqu’à reprendre AC/DC. Tout ça pouvant être regroupé sous l’appellation rock celtique. Il se trouve qu’ils étaient potes avec Digresk, un groupe de fest noz rock de Rennes. Moi, j’étais en contact avec Kervegan’s via une célébration des groupes nantais. Quand l’idée s’est clarifiée, ils m’ont proposé de participer, ainsi qu’à Anthony Masselin, le sonneur de Soldat Louis.

Le chanteur d’Armen vous a aussi rejoint ?
G.A. : De façon ponctuelle oui. L’idée est d’inclure à l’occasion, et dès qu’il y a une disponibilité, un des auteurs de la chanson pour prêter main forte.

BRETONS est donc un groupe à dimension variable ?
G.A. :
Oui avec 15 musiciens de base quand même.

Et ces 15 sont tous sur le disque ?
G.A. : Oui tout à fait.

Vous réunir a été compliqué ?
G.A. : La priorité est donnée à BRETONS. On essaye de se rendre disponibles. Certes, on a certains impératifs, mais on a contourné la difficulté en faisant des mini répétitions par pupitre. Mais on arrive facilement à se réunir. On a fait deux résidences qui ont permis de fluidifier la formation. Ce qui change aussi, c’est qu’aujourd’hui il y a moyen de s’envoyer des fichiers Mp3.

Le disque a été enregistré sur cette base d’échange ?
G.A. : Non. On s’est déplacé au Batiskaf à Nantes. On ne s’est pas vu tous ensemble, mais on était sur place. De toute façon, 15 en même temps dans le studio, ce n’était pas possible.

Un tel collectif de rock celtique est attendu par le public en 2023 ?
G.A. : Si j’en juge par les réactions que je lis sur Facebook : oui ! Je trouve que l’accueil est plutôt très bon. Même sans parler du projet BRETONS, je trouve qu’en ce moment il y a un dynamisme dans ce pays côté musique, que ce soit rock, trad… Beaucoup de gens font de la musique. Il se passe quelque chose. Du côté des filles d’ailleurs qui sont présentes dans beaucoup de groupes. Une nouvelle vague est en train de se lever. Et les morceaux sont vraiment bons !

Quels ont été les critères pour arrêter la liste des morceaux présents sur le disque ?
G.A. : Chacun a coché les morceaux qui lui semblaient les plus pertinents.

Beaucoup de morceaux ont été mis de côté ?
G.A. : Au tout départ, il y avait une vingtaine de morceaux en plus. Mais on en a gardé pas mal, puisque sur scène, on joue plus de deux heures. Je chante 10 morceaux – dont un en anglais, incroyable ! – et on en joue 10 autres.

Comment est arrivé le morceau d’AC/DC « It’s a long way to the top (If you wanna rock’n’roll) » ?
G.A. : Je ne sais plus qui l’a proposé. Dans la période EV, on utilisait ce morceau en introduction. Et de le retrouver là, j’ai trouvé ça très drôle.

BRETONS est un projet nantais ?
G.A. : C’est un projet breton !

Pour le choix du studio Batiskaf ?
G.A.
 : Le bassiste y a ses repères. On est nombreux à habiter Nantes, ça nous a semblé le plus efficace. C’est un très bon studio.

On note trois morceaux d’Alan Stivell. Il reste le maître incontesté du renouveau celtique en Bretagne ?
G.A. :
Alan a eu un tel impact… À commencer sur moi. Je devais être en cinquième, quand on a reçu des papiers nous indiquant qu’on n’était plus en Bretagne, mais dans les Pays de la Loire. Et dans le même temps, on entendait Alan Stivell sur Europe 1 chanter Tri Martelod et Son Ar Chistr ! Ce qui est assez marrant, c’est que plus tard, j’ai habité Paris et j’avais des copains qui avaient le disque « Stivell à l’Olympia » et qui n’étaient pas bretons. Le phénomène a dépassé les frontières de la Bretagne !

Aujourd’hui, tu ressens la même ferveur ?
G.A. : J’espère ne pas insulter l’avenir, mais j’ai l’heur de croire qu’il se passe quelque chose. Il y a des groupes de qualité, et pas forcément dans le rock endiablé. Il y a des choses vraiment intéressantes. D’ailleurs, je prépare une compilation pour Aztec qui devrait sortir en juin 2023 qui va réunir des groupes chantant en breton. Un double CD avec des formations contemporaines.

Avec EV, tu as beaucoup tourné à l’étranger ? A commencer par la Finlande bien sûr…
G.A. :
On a tourné au Pays de Galles, aux Benelux, en Suisse, en Allemagne, en Hongrie, à Prague.

On vous voyait comme un groupe français ?
G.A. :
Comme un groupe de rock breton. Breton-finois puisqu’on chantait en breton, en finois et en français. Le nombre de groupes en France qui vont chanter en Grande-Bretagne, y’en pas tant que ça. Nous, on avait cette chance de parler breton et au Pays de Galles on a fait pas mal de télés.

Comment expliquer ce succès au Pays de Galles ?
G.A. : C’est la langue qui est la grande motivation du truc. On avait participé à un festival à Concarneau et la télévision galloise était là et nous a filmés. On s’est retrouvé sur une compilation. De là, on a joué là-bas et ça a pris. Pour l’anecdote, alors qu’on passait à la télévision, une jeune femme nous regardait et a découvert le breton. Depuis elle a appris notre langue et vit maintenant chez nous. C’est Ffran May. Elle, a sorti un album en 1991 avec le pianiste Joël Guéna dans lequel elle reprend une de mes chansons. Une grande et formidable chanteuse.

L’Irlande est aussi une terre d’accueil pour les groupes bretons ?
G.A. : Je n’ai pas l’impression… L’interceltisme va du nord au sud, mais rarement l’inverse. A Lorient, ce sont les groupes irlandais qui descendent. Avec EV, on a joué avec Simple Minds, The Silencers, etc. Des groupes qui n’avaient pas grand-chose de celtique. Mais avec BRETONS, on jouera peut-être à l’Interceltique cet été. Aux Francofolies aussi et dans pas mal de festivals du coin.

Et on pourrait vous voir aux Vieilles Charrues ?
G.A. : Je ne sais pas. C’est vrai que ça serait épatant. Je l’ai fait sous mon nom en 2019. EV ne l’avait pas fait. Nos supporters criaient au scandale ! (rire). Ça pourrait vraiment bien fonctionner.

Tu as des relations plus rock et new wave du côté de Rennes, comme avec Marquis de Sade ?
G.A. : J’ai eu l’occasion de croiser à mainte reprises Frank Darcel. Quand Marquis de Sade est arrivé en 1977, c’était une pierre angulaire. Encore maintenant. Il a bien traversé les âges. On était impressionné. Et un jour, j’ai rencontré Frank !.

Avec le temps, c’est devenu plus facile d’écrire une chanson ?
G.A. : Écrire une chanson n’est pas très compliqué. Écrire une bonne chanson, c’est plus difficile. Régulièrement, je prends ma guitare et les chansons arrivent. Si trois jours après elles suscitent toujours un intérêt, c’est bon ! Mais il faut sans cesse travailler pour trouver de nouvelles idées, se renouveler. En ce moment, j’écris un album pour une chanteuse qui s’appelle Solenn Lefeuvre, une fille de Rennes qui chantait du traditionnel, mais qui veut revenir à un univers plus pop. Ça m’a permis de sortir des trucs que je n’aurai pas faits pour moi.

Dans BRETONS, est-ce qu’on pourra écouter bientôt des morceaux originaux ?
G.A. : Indéniablement. Je commence à penser à certaines choses. On verra la direction que ça va prendre. On n’y est pas encore. Mais ça serait intéressant et je ne suis pas le seul à y penser.

Pour finir cet entretien sur une note identitaire, le député Paul Molac est à l’initiative d’une proposition de loi pour réunifier la Bretagne. Vous le verrez de votre vivant ?
G.A. :
J’aimerais bien voir ça avant de mourir, oui. Je reste optimiste… On trouve logique la fusion des deux Normandie, haute et basse, qui pourtant ne s’accompagne pas d’un accroissement de budget. On reste toujours en deçà de n’importe quel Land allemand. La plus petite région en Allemagne gère 25 milliards d’euros, pendant qu’ici, on brasse 5 milliards. La réunification va dans le sens d’histoire.

À Nantes, c’est un sentiment partagé ?
G.A. :
La région administrative, qui a 50 ans, a dépensé beaucoup d’argent pour diffuser sa propagande. Par exemple, lorsque tu prends le train par ici, tu as droit à « Bienvenu dans le train des Pays de Loire » et tu passes ton temps à traverser des villes comme Montoir-de-Bretagne, Fay-de-Bretagne, Vigneux-de-Bretagne et j’en passe. Cherchez l’erreur ! Après, je pense que les gens ne voient pas toujours l’intérêt de ce genre de chose. En revanche, ceux qui partent de Londres et arrivent à Nantes, ils prennent la direction Nantes Brittany. Pour eux, l’aéroport, c’est Brittany. Quand tu voyages, il vaut mieux dire que tu habites en Bretagne qu’en Pays de la Loire. Pour eux, les Pays de la Loire, ce sont les châteaux ! Il y a une confusion. C’est une région inventée en opposition à un pays millénaire. Je me demande simplement, si ça peut vraiment durer !

Les 100 000 signatures pour le rattachement ont réveillé les consciences ?
G.A. :
Je ne sais pas… Il y a des gens qui sont toujours très opposés. Pourtant, par rapport aux années 80, on commence à voir l’intérêt du bilinguisme breton – français par exemple. Les jeunes voyagent et se sont créé un réseau avec les écoles Diwan. S’il y a des gens qui trouvent ça encore étonnant, j’ai le sentiment en revanche, qu’il n’y a plus de réactions violentes contre ce phénomène. Une fois passé le sujet réunification, il est important de fluidifier les relations avec ses voisins. Aujourd’hui, un des défauts de ces deux régions administratives, c’est le problème du transport. Si on prend le train pour Chateaubriant, on attend 3 heures l’autre train pour aller à Rennes. De même, pour aller de Saint-Malo en Espagne, c’est délirant. J’ai vu des propositions qui me faisaient passer par Tours ! À la fin, tout le monde s’aperçoit que le centralisme te permet facilement d’aller à Paris et qu’entre provinces, c’est impossible ! Dans notre monde moderne, c’est surprenant.

Hervé DEVALLAN

BRETONS « Volume 1 » (Aztec)
Les dates de la tournée

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