Placé sous le signe du temps qui passe, Le chant du balancier de Gilles Baudry marque une étape dans l’œuvre poétique du moine-poète de l’abbaye de Landévennec (Finistère). Jamais il n’a autant évoqué dans ses recueils ces oscillations entre hier et demain au cœur de son éloge constant du « temps intérieur ».

Devenu septuagénaire, l’écrivain et poète Claude Roy avait écrit : « Je rentre dans l’hiver de ma vie ». Il y a sans doute aussi, les soixante-dix ans passés, ce sentiment profond chez Gilles Baudry. On le ressent quand il affirme lui-même : « Le temps est une ombre. Tout passe ». Regardant dans le rétroviseur, il peut encore écrire : « « Nos années/en allées/les jours noués aux jours/dans l’urgence des taches ». Ailleurs, il évoque « l’âge venant » (titre de l’un de ses poèmes) où l’on se sent plus « démunis ». Dans une totale lucidité sur ce basculement dans un autre chapitre de la vie, il peut aussi confier : « Ce jour d’aujourd’hui/est le premier des jours/qui te reste à vivre ».

Gilles Baudry parle sans doute de lui, mais plus généralement de tous ceux qu’affecte le même sentiment de la fugacité du temps. Un sentiment exacerbé par la disparition d’être chers ou d’écrivains et poètes dont il se sentait proche. Le cas de Christian Bobin, de Philippe  Jaccottet (« Vous faites vos premiers pas/dans les propriétés de la lumière », écrit-il à son propos) ou de Philippe Mac Leod dont il dit qu’il avait su « prendre congé de nous sans vraiment nous quitter ».

Etat de veille

Mais il ne faudrait surtout pas croire que cette conscience aiguë du temps qui passe puisse se figer dans une forme de nostalgie. Certainement pas – on s’en doute bien – sous la plume du moine-poète pour qui le chant du balancier, tel « un battement de cœur », est aussi là pour nous dire de « sanctifier le temps ». Oui, laisser « affleurer l’éternel » dans l’instant vécu avec intensité. « Combien nous gagnerions/parfois/à perdre notre temps//à contempler/les petits riens/des jours les plus quotidiens ». C’est le Gilles Baudry que l’on connaît, insatiable dans son désir d’offrir « l’hospitalité » à cet « invisible » qui affleure ici dans toutes les pages.

Il faut pour cela une constance de l’accueil, un état de veille assidu (« Demeure le veilleur » !) dans une fidélité sans faille à des horizons familiers (Landévennec, l’Aulne, les « vents d’Arrée »…). Il faut aussi savoir affronter des temps mauvais, savoir  faire pause, tenir à distance les frénésies de l’époque car « comme les pluies/ des météorologistes/ notre temps est entré/en précipitation ». Il y a des remparts. Le silence sûrement. La musique aussi, celle qui nous « étreint », celle de violonistes ou violoncellistes dont il vante ici les interprétations qui nous font approcher ce « paradis/que chacun porte en soi ». Plus important encore,  car « l’heure est venue de congédier l’inessentiel »,  il s’agit de  faire son miel de la prière et de la poésie. Car, nous dit le moine bénédictin, ils se « pollinisent ».

Pierre TANGUY.

Le chant du balancier, Gilles Baudry, éditions Ad Solem, 110 pages, 17 euros.

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