La rivière bretonne de Gérard Le Gouic, c’est la Laïta. Elle est le fil conducteur d’une très touchante chronique familiale. Le poète breton évoque ici ses années d’enfance, « le temps des vacances d’été », auprès de grands-parents paternels qui exploitaient un moulin en Cornouaille. Ici pas de cliché, pas de folklore. Une parole nue et forte dans l’ombre tutélaire d’Auguste Brizeux.
En une série de tableaux poétiques (faut-il dire « prose poétique » ?), Gérard Le Gouic, qui vit dans l’arrière pays de Pont-Aven et de Concarneau, propose une plongée dans un monde rural disparu et plus précisément, ici, dans « l’histoire simple » de sa « famille meunière ». Il le fait en s’inspirant directement de vieilles photographies prises par son père. Le lisant, on pense à un autre poète breton, Armand Robin, qui s’est aussi appuyé sur des photos réalisées dans son pays natal de Rostrenen pour écrire « Le cycle du pays natal » (La Part Commune, 2010). Gérard Le Gouic, lui, ne publie pas les photos. Ses textes parlent d’eux-mêmes avec une puissance d’évocation qu’il faut ici saluer.
C’est ainsi que la Laïta devient sous sa plume une forme de Létâ de la mythologie grecque. Il parle du « cheminement hésitant de son corps mouvant ». Il la dit « casanière de sa propre progression immuable comme une lave ». Entre palude, « couleur d’une dépouille » et falaise de granit, la Laïta irrigue le livre. Sur ses bords, s’ébroue une parentèle dont il cerne les différentes personnalités et notamment « ce grand-père qu’on pourrait croire l’hôte essentiel de l’espace ». Autant d’images furtives qui englobent aussi un « molosse au pelage noir », un « morne cheval », une « chèvre barbue » ou « des biquettes » auxquelles le petit Gérard « offrait sa complicité ». De cet univers à part, il en tire aujourd’hui – revisitant des photographies – « d’infimes instantanés dont l’accumulation érige l’éternité », ainsi qu’il l’écrit lui-même. « Des ombres menues se répandaient entre les herbes comme des cortèges tâtonnants de fourmis ».
Le temps qui s’écoule
C’est sous ce ciel de Cornouaille (« le moutonnement d’un ciel et ses bans de sable à la dérive ») que le jeune Gérard a sans doute appris à « s’abreuver de la vie en maraude ». Mais le voici se retrouvant sur une photo alors qu’il n’a que 2 ou 3 mois : « Ronde est sa bouille, clairsemés ses cheveux blonds ». Et aujourd’hui il peut affirmer : « Je n’aurais pas pu me développer ailleurs ».
Ce livre, il l’écrit aussi dans le sillage du poète breton Auguste Brizeux (1803-1858), son « poète bien-aimé » qui, lui aussi, chanta « le doux Létâ » (« Et coulent les vers de Brizeux dans mes veines »). Ce retour à la rivière, comme un leitmotiv musical au cœur du livre, devient vite le symbole fort du temps qui s’écoule inexorablement. « Elle n’a peur de rien parce que n’ignorant rien de sa destination », ajoute Le Gouic parlant de sa rivière bretonne.
Pierre TANGUY.
Une rivière bretonne, Gérard Le Gouic, Editions des Montagnes Noires, 120 pages, 12 euros











