Lire Gérard de Villiers c’est avoir une idée quasi exhaustive de ce qui s’est passé en géopolitique mondiale ces 50 dernières années. Sa série culte, SAS (son altesse sérénissime), compte 200 titres écrits entre 1965 et 2013. Benoit Franquebalme consacre à l’auteur une biographie passionnante. Elle se lit comme un polar. Sauf qu’ici tout est vrai.

Un article de janvier 2013 paru dans le New York Times revient sur la longue et prolifique carrière de Gérard de Villiers. Il y est question de l’intérêt que lui portent les services secrets du monde entier. En effet, certains des évènements décrits dans les aventures de Malko Linge (SAS) se sont étrangement produits après coup, parfois presque à l’identique des romans.

Après la mort de Ian Fleming en 1964, créateur de  James Bond 007, Paul Paoli (qui vient de lancer chez Plon la collection « Nuit blanche » chargée de concurrencer la « Série noire » de Gallimard) presse son ami Gérard de Villiers d’inventer un personnage récurent pour une série d’espionnage dont les histoires seraient à rendez-vous fixes plusieurs fois dans l’année. Gérard de Villiers suppose qu’un héro français n’intéressera personne, il le choisit donc Autrichien, prince de sang, et lui transmet son insatiable goût des « bombasses » aux belles « croupes » et aux voix « rauques ». Ainsi naît « SAS à Istanbul », le premier de la série. Le public accroche. Le roman contient ce qu’il faut d’aventure, d’érotisme, d’action, mais aussi d’informations. « Je suis toujours resté journaliste, affirme Gérard de Villiers, mes livres sont d’abord des reportages décrivant des faits réels. Dans Djihad, par exemple, 90 % de ce que j’écris est exact. »

J‘ai des amis dans les services de renseignement

Pour chacun de ses livres, l’auteur se documente, se rend dans chaque pays, étudie la situation politique, observe quels services secrets s’affrontent, et mitonne l’ensemble dans une fiction. Les descriptions sont soignées à un point tel que, dit la rumeur, certains agents des renseignement français visualisaient l’essentiel de la situation d’un pays en lisant les aventures du prince Malko. « N’exagérons rien, se défend Gérard de Villiers, mais il est exact que j’ai des amis dans les services de renseignement. (…) Les agents qui y travaillent sont mes premiers lecteurs et n’hésitent pas à corriger mes erreurs. Je suis un auteur français qui travaille à l’américaine. Mes romans sont de véritables enquêtes d’investigation. »

SAS s’est souvent taillé une réputation pour les trois ou quatre scènes de sexe de chaque roman. Un mythe selon son épouse, Christine de Villiers, qui dévoile un des secret de fabrication de la série. « Gérard n’aimait pas écrire ces passages –  il faut d’ailleurs reconnaître qu’il n’avait pas vraiment de talent pour cela. En réalité, il se rendait à des ventes aux enchères à la recherche d’ouvrages très anciens. Il choisissait des livres avec de l’érotisme pour réécrire les scènes et les adapter, mais n’était ni particulièrement doué ni à l’aise avec ces descriptions. De toute manière, le cœur de SAS, ce n’est pas le cul : c’est la fiabilité des informations disséminées ». Pour autant, si le sexe n’était pas tabou, certains sujets le furent. Gérard de Villiers n’écrira jamais sur le terrorisme Corse ou Basque, il évitait soigneusement de parler de la France et ne transmettait que les informations qu’on l’autorisait à divulguer afin d’éviter que ses contacts ne fussent en porte-à-faux.

Il était toujours en retard sur les manuscrits

Depuis sa disparition en 1993,  Christine de Villiers amorce une nouvelle époque pour de nouveaux lecteurs. L’intégralité des couvertures a été repensée. « Elles dataient des années 70 et devenaient insupportables, trop marquées par le temps, trop ancrées dans une époque, explique sa veuve, près d’une cinquantaine d’années est passée depuis le premier tome et mon mari lui-même souhaitait ce changement. Il était toujours en retard sur les manuscrits et n’avait pas le temps de vérifier les photos. Cela occasionnait parfois des colères noires contre les photographes. » Ce sont donc désormais des couvertures plus élégantes, soft, chics, sans renier l’héritage de photographes comme Helmut Newton ou Olivier Dassault.

Dans sa biographie, « Gérard de Villiers, son altesse sérénissime », Benoît Franquebalme lève le voile sur l’un des romanciers les plus lus du XXème siècle. Il brosse un portrait sans concession. Tout y est. Ses faits d’armes, ses déclarations incendiaires, ses zones d’ombre, rien n’est éludé. Le lecteur est convié au parcours d’un auteur pas comme les autres, avec des témoignages d’intervenants aussi hétéroclites que Philippe Bouvard, Hubert Védrine, Claude Lanzmann, Jean-Marie Le Pen…, mais aussi ceux de ses amis, ses ex-femmes, son fils, ses confrères, tous se sont confiés. Manière de savoir qui se cache derrière les trois lettres dorées présentent sur plus de 100 millions de livres.

© Jérôme Enez-Vriad & Bretagne Actuelle 2018
Gérard de Villiers Son altesse sérénissime , une biographie de Benoît Franquebalme aux éditions Plon – 327 pages – 19,90 €

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