Gaële de La Brosse : « Tro Breiz » HermineHermineHermine

Elle connaît par cœur le Tro Breiz. Gaële de La Brosse fait ici le bilan de 30 ans de renaissance de ce mythique pèlerinage circulaire d’environ 700 kilomètres qui consiste à visiter les sept saints bretons en leurs évêchés : Tugdual à Tréguier, Brieuc à Saint-Brieuc, Malo à Saint-Malo, Samson à Dol-de-Bretagne, Patern à Vannes, Corentin à Quimper et Paul Aurélien à Saint-Pol de Léon. Gaële de La Brosse nous raconte l’histoire de ce pèlerinage, évoque sa portée symbolique mais nous fait part aussi des évolutions en cours.

Aujourd’hui, quand on parle pèlerinage, on pense spontanément à Compostelle et au Tro Breiz. Gaële de Brosse a cheminé sur ces deux itinéraires et en a tiré plusieurs livres dont récemment Eloge du pèlerinage (Salvator, 2021). La voici dans une nouvelle évocation de ce Tro Breiz qu’elle a, pour sa part, accompli pour la première fois en juillet 1996. Originaire du Finistère, l’autrice a deux passions : l’écriture et le voyage.  Elle n’a jamais cessé de faire état de l’intérêt et de la passion qu’elle portait à ce pèlerinage aux sept saints de Bretagne. Aujourd’hui elle actualise  le contenu d’un premier livre qu’elle avait publié sur le sujet.

Dans cette nouvelle édition, enrichie et augmentée, on retrouve toutes les références historiques voulues (notamment sur les saints fondateurs de Bretagne et le christianisme celtique), le contexte de la genèse de ce pèlerinage et le rôle joué par certains pionniers pour le ressusciter, mais aussi un grand nombre d’informations pratiques (bibliographie, cartographie, hébergements…). Le grand intérêt de ce livre est aussi de nous faire part des évolutions en cours.

Randonnée ou pèlerinage ?

Car le Tro Breiz est, aujourd’hui, plus qu’un simple pèlerinage. C’est « un chemin d’ouverture où se côtoient athées et croyants », écrit  Gaële de La Brosse qui n’hésite pas à noter que peuvent parfois se mêler  de simples randonneurs et des personnes engagées, avant tout, dans une démarche religieuse. Un point commun les réunit sans doute : une identité bretonne affirmée qui fait d’eux des « Tro Breiziens » dont le chant de ralliement est le traditionnel Da feiz hon tadou koz (la foi de nos ancêtres) et dont les soirées peuvent donner lieu à des festou noz improvisés (quand les jambes ne sont pas trop fatiguées).

Il y aussi, réunissant ces pèlerins, le sentiment de participer à un courant interceltique qui consiste notamment à établir des contacts avec des pèlerinages de Galice ou d’outre-Manche, notamment « pour honorer la mémoire des fondateurs gallois » du Tro Breiz. Faut-il rappeler à ce propos que cinq des sept saints fondateurs bretons étaient des moines venus de Bretagne insulaire entre les 5e et 7e siècles.

Enfin, Gaële de Brosse souligne que ce Tro Breiz peut aussi se mener en solo. C’est là aussi une autre évolution notable. Elle tient néanmoins à réaffirmer que le pèlerinage breton permet de « retrouver les vecteurs de la sacralité » et ainsi participer à un mouvement global de retour du spirituel, à l’heure où le christianisme paroissial traverse des basses eaux.

Pierre TANGUY.

Tro Breiz, Gaële de La Brosse, Salvator, 240 pages, 19,50 euros.

* Pour marquer ses 30 ans, le Tro Breiz se déroulera exceptionnellement cette année 2024 de Redon à Nantes, du 29 juillet au 3 août.

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