Les élections régionales 2021 resteront en mémoire comme le cri du silence des urnes françaises. Un résultat en trompe-l’œil avec une « prime de retour » aux sortants : on prend les mêmes et on recommence, dans la plus grande indifférence d’une insatisfaction populaire grandissante.
Aucun parti ne sortira grandi des élections régionales 2021, si ce n’est la coalition nationaliste corse qui a, non seulement réussi à mener les électeurs aux urnes, mais aussi et surtout est parvenue à se faire réélire démocratiquement. Pour le reste, ce scrutin est celui d’un statu quo ayant moins d’un électeur sur trois en soutient, une sorte de maintien en place par défaut, et dont le seul intérêt sera de faire perdurer pendant six longues années supplémentaires une situation profitable pour les uns et néfaste pour les autres.
Difficile de parler de « vainqueurs » lorsque la démocratie s’essouffle en s’éloignant des urnes. Certes, l’abstention peut s’expliquer de plusieurs manières, elle ne se résume en revanche que d’une seule façon : les Français n’avaient que faire de ces élections. Un véritable désastre civique doublé d’une catastrophe démocratique qui devrait interpeller l’ensemble des forces politiques. On sait qu’il n’en sera rien.
Ne vaut-il pas mieux être fier d’une prise de position que d’un silence ? Le refus des urnes – c’est à dire d’une révolution douce – rend inévitables de prochaines insurrections aux poings levés. En outre, ce sont les ainés qui ont fait honneur au scrutin, comme si les plus jeunes s’éloignaient presque malgré eux de la cohésion sociale, comme si le lien intergénérationnel était rompu ou en voie de l’être, comme si l’abstention était un banal recul avant de devenir une inévitable lâcheté.
Résultat. Des élections qui ne changent rien. D’un scrutin à l’autre, la politique régionale française ne bougera pas d’un iota ; sauf en Corse où les électeurs se sont déplacés pour dire qu’ils souhaitent continuer sur le chemin de l’émancipation. De Bonifacio à Bastia et d’Ajaccio à Ghisonaccia, les Nationalistes aux commandes de l’île depuis 2015, ont fait taire leurs opposants. Ce sont eux les seuls vrais gagnants de ces élections, non seulement en Corse mais dans tout le pays, les seuls à pouvoir lever le doigt à l’appel des vainqueurs. Viva Corsica !
Jérôme ENEZ-VRIAD
© 29 juin 2021 – Bretagne Actuelle & J.E.-V.











