Le 2e tome, en édition bilingue, de l’œuvre poétique complète de Dylan Thomas vient de paraître aux éditions Arfuyen, sous le titre Tout le soleil durant, après un 1er tome publié en 2024. La complexité de l’écriture du poète gallois n’a pas rebuté son traducteur, Hoa Hôï Vuong, qui nous donne ici des clés pour aborder l’œuvre d’une personnalité excentrique.
Né à Swansea en 1914 sur la côte du Pays de Galles, Dylan Thomas est mort en 1953 à New-York. Il repose dans son pays natal, au cimetière de Laugharne. Sa vie n’a jamais été un long fleuve tranquille. Il beaucoup bourlingué, passant du pays de Galles à Londres, puis à New-York. Avec des allers-retours incessants. Il publie son premier recueil en 1934 grâce à un prix local, il enregistre des émissions de radio pour la BBC, publie en 1940 un recueil de nouvelles (Portrait de l’artiste en jeune chien). Puis autres recueils de poésie avant qu’on le retrouve scénariste de films.
Le 2e tome de son œuvre poétique complète chez Arfuyen comprend son quatrième recueil intitulé Morts et entrées, publié en 1946, ainsi que son dernier recueil, « Dans le pays du sommeil », publié lui aux Etats-Unis en 1950. Ce sera le point de départ d’une tournée de conférences et d’enregistrements de ses lectures à New-York. Il attire pour l’occasion à la poésie un large public. A noter enfin que ce 2e tome comprend aussi de nombreuses pièces jusqu’à présent inédites en français.
Écrire, c’est mourir au milieu de la vie …
A propos de Dylan Thomas, son traducteur a ce commentaire : « Pour le poète gallois, écrire, c’est mourir au milieu de la vie et vivre au milieu de la mort ». Cette mort, il l’évoque précisément dans « Morts et entrées » truffé de références aux drames de la Seconde guerre mondiale. Parmi les victimes d’un raid mené à l’aube, il y avait, nous dit-il, un vieillard centenaire dont il parle en ces termes : « A l’heure où le matin se réveilla face à la guerre,/il s’habilla, passa le seuil, et mourut,/boucles bées, loquets bâillants, tout explosa en l’air,/il tomba où il avait aimé, sur les pavés fendus,/au pied de cette boucherie, parmi les grains funéraires ». Plus loin, il parle de cet enfant « qu’aucun chant de coq ne touchera plus ».
La tonalité est différente Dans le pays du sommeil. On y trouve une « senteur terrienne », note le traducteur, qui nous ramène plus volontiers aux terres natales de l’auteur. Comme dans ce très beau poème intitulé Fern Hill, où le poète gallois retrouve une forme de simplicité qui contraste avec ses textes les plus excentriques. « Du temps-ci que j’étais jeune et à mon aise sous les branches du pommier,/Pas loin de la maison allante, et heureux autant que l’herbe était verte/Et la nuit sur le val étoilée,/En ce temps qui voulait bien que j’aille grêler/Et grimper dans l’or des beaux jours de ses yeux… » Dans sa Correspondance (La Part Commune, 2024) Dylan Thomas écrivait : « Un bon poème est une contribution à la réalité. Le monde n’est jamais plus le même lorsqu’un poème s’y ajoute. Un bon poème contribue à changer l’aspect de l’univers. Il aide à étendre les connaissances de chacun sur chacun et sur le monde qui l’entoure ».
Pierre TANGUY.
L’œuvre poétique II, Tout le soleil durant, Dylan Thomas, traduit de l’anglais et présenté par Hoa Hôï Vuong, édition bilingue, Arfuyen, 336 pages, 24 euros.











