La vie est du cinéma. Apocalypse à Beyrouth. Morts par ci, écrasés par-là, la vie est une littérature en pire et un cinéma qui ne s’arrête jamais. La fiction est toujours en-deçà de la réalité, donc, pour le doux au milieu du dur, revenons au ciné ! Retournons nous faire une toile.
Remplissons à nouveau les salles. Laissons tomber les écrans minuscules, les téléphones ou les abonnements, les streaming ou le vol à la tire. Asseyons-nous ensemble dans une salle au noir face au film !
Quel meilleur moment ! Quelle rencontre ! Ce roman d’une heure ou deux, avec des acteurs dans la lumière, des ombres dans la pénombre et, à la sortie, pas de rembour sécu, mais du bonheur garanti.
Allez au ciné ! Clim à tous les étages, appréciable en temps de canicule… Une cure de ciné est sans danger, aucune contagion sauf du plaisir, de la critique et des envies de poursuivre la conversation ! Vite au ciné, sans Rix et sans Max !
Vu.
L’infirmière de Kôji Fukada/ Encore une histoire de disparition, d’une jeune fille peut-être violée, sûrement raptée. Aussi d’un combat entre une mère en peine, et une infirmière à domicile. C’est elle qui est au centre.
Dévouée, magnifique, énigmatique, solitaire et pas en reste d’hommes ! Son coiffeur fait office ou le médecin qui va prendre un virage à 180°. Qui est l’infirmière ? Celle aux gestes doux à laquelle comme les vieux qu’elle soigne le spectateur est attaché ? Ou est-ce la femme seule dont s’éprend la sœur de l’enlevée ? Les deux sœurs feraient un bon titre à cette histoire de secret livré et de secret jeté en pâture, d’injustice, de vengeance et aussi de silence, de mystère et d’excitation journalistique. Une histoire sans aucune réponse. Un récit d’infirmière pas d’infirmère, une qui, en soignant, ne se soigne pas.
Personne ne prend soin d’elle sauf peut-être les chiens quand elle jappe.
Le film est japonais au fait. Hasard des mots !
Très japonais avec du Bach au phono ! Plus fort, s’il vous plait !
Eté 85 d’Ozon/ On retrouve l’été normand du Tréport, la plage, les vagues, le tube de l’été et l’ado sensuel qui sauve l’autre, à la retourne de son rafiot. La mère est Bruni-Tedeschi, décalée en veuve affolante qui vérifie le sexe des anges, au sens propre, après la douche. L’histoire est lourde et se finit au poste. Le pacte ado est respecté. Ici, on ne crache pas sur les tombes, on danse dessus. Les petits morts vont trop vite. L’adolescence est pressée. L’été passe toujours trop vite et l’incandescence s’y brûle. Ou y meurt mais en dansant !
Madre de Rodrigo Sorogoyen/ On retrouve la maternité sans fin. Le mystère d’un enfant qui disparait sur une plage landaise. Enlevé ? Torturé ? Violé ? Et où est le père ? La mère sert dix ans plus tard dans un restau de plage jusqu’au plus profond du deuil et retrouve l’amour maternel (donc fou) dans le mirage d’un ado qui passe, joue, jouit, s’isole : il peut devenir la proie de celle dont l’enfant en fut une. Pensez, il aurait le même âge que son enfant si. Les mères sont fortes et formidables. Elles se battent avec les chimères, les mères.
Et l’océan ici gonfle ses joues comme un ressassement froid. On ne dira pas si la fin est heureuse car on est deux à voir le film et nous ne sommes pas tout à fait raccord !
L’envolée de Eva Riley/ Comment un frère débarque dans la vie d’une fille qui s’ennuie sauf en gymnastique. Mère morte, père barré ! La petite gymnaste trouve ses équilibres, vole, s’envole et le film commence la tête en bas et les autres à l’envers. Le demi-frangin est un cacou des misères et elle le regarde comme un OVNI qui l’effraie et donc l’enchante. Elle va se montrer à la hauteur des petits coups de petits cons. Vol de scoot pour rodéo et trafics de trouducs. Leight est assez souple et musclée pour escalader les gouttières et se glisser dans les propriétés. Se fonde ainsi une fraternité bizarre, solide, en moins de temps qu’il faut pour voir un film doux et dur, fort et carrément Loachien, en nettement plus optimiste !
The Climb de Michael Angelo Covino (Covino pas Covido !) / Du drôle de chez les Etazuniens ! Deux gars qui peinent sur des vélos de branque comme on n’en fait plus. Ils grimpent, essoufflés comme des gros, plus habitués à la bibine qu’au pédalier ! Leurs casques leur font des demi-tête de cons d’où sortent, petit à petit, voix lointaines en travelling de côte, l’amour qui manque, la jalousie, les frustrations, l’alcool qui tue et les soirées moches où on baise celle de l’autre. Donc, le film est chapitré, plutôt à sketches, irrésistible comme des vélos dans les côtes qui attendent la descente, sauf qu’elle est casse-gueule !
Un film qui fait penser à Trois mariages et un enterrement ou aux regrettés Monty Pithon ! Entre comédie musicale de cimetière et mariagius interruptus ! On rit et on sourit surtout, avec des gags gros comme une dinde de Thanksgiving forcément boulotée par le clebs dans une famille forcément nombreuse et carrément alcoolisée.
https://www.youtube.com/watch?v=SFTJHDqF3l8
Le sel des larmes de Philippe Garrel/ Le Noir & Blanc de l’éternité cinématographique. Beau comme du Truffaut de Tirez pas sur le pianiste. Beau comme un ébéniste timide qui, le temps de son concours (réussi à l’école Boulle), rencontre Djamila ! Belle comme une Djamila : Ne vas pas là. Ne descends pas ta main. Leurs regards dépassent tout, embrasent les rues tristes de Paris. Les jeunes adultes sans paddock sont beaux comme l’éternel et l‘éternité a donc une fin de larmes. Le père de Luc est menuisier et veut un fils ébéniste. C’est le magnifique André Wilms, le vieux qui nous rappelle toute la dynastie des Garrel dont Maurice le regretté.
Sans doute est-ce un film du deuil du père et du deuil des vies. Ainsi que l’amour s’ensuit. Geneviève est belle et nous introduit dans une scène de baignoire avec la main autorisée, désirée surtout, qui accouche enfin le plaisir. Le corps de Geneviève se soulève vers nous et on voudrait que ça n’ait pas de fin, or cet amour-là finit aussi avalé de larmes.
Mais Luc est beau, il attend la femme de sa vie comme on patine un beau meuble, avec patience. Il rencontrera c’est sûr et ce sera bientôt hélas la fin du film une vie d’amoureux qui aura renoncé à trouver dans la femme une mère -sa mère est morte depuis si longtemps. Le sel des larmes est moins joyeux que Jules et Jim mais l’époque a changé, non ? Le fauteuil est « moderne » même si Directoire ! Et ce, même si l’amour à la Garrel est un N&B logé entre l’amour courtois et l’éternité ! Sans smartphone ni réseau !
Gilles CERVERA











