Un « tour de force »


« Si ça ne tenait qu’à moi, je ne serais pas venu » ! Dans un premier temps, la phrase lancée au public par Miossec juste avant les rappels ne semble guère contenir d’ironie ou de second degré. Médusés par cette remarque incongrue, les spectateurs continuent à applaudir tout en se demandant : « qu’a-t-il voulu dire par là » ?! Quant aux organisateurs du festival pop-folk « Intime », sans doute ne sont-ils pas dupes. « Miossec is Miossec » ! Le Brestois revient sur scène et explique que le voyage en voiture jusqu’en Touraine a été éprouvant en raison des intempéries. L’incident diplomatique est évité et le concert peut reprendre ses droits. Peu après, un impertinent dans l’assistance lui demande « à quand un album live ? Fais-nous plaisir ». Réponse du chanteur : « le dernier bon live remonte à 73… Franchement on a autre chose à foutre qu’à te faire plaisir » ! Ambiance.

Pourtant, Miossec et ses musiciens sont bien en place, concernés et concentrés. Le groupe bétonne un rock carré, mélange d’intro douces-amères, de refrains explosifs et d’envolées endiablées. Voûté et parfois chancelant, bancal et brillant, Miossec semble totalement dévoué à son art, chantant avec conviction et précision. Les rappels n’en finissent plus, pour le grand plaisir de l’audience. L’incontournable « Brest » ne saurait constituer un point d’orgue nostalgique à cette prestation. Miossec a un nouvel album à défendre et il en joue ce soir l’intégralité. Des histoires captivantes d’homme « couvert de femmes », de couple « qui n’avait rien à faire dans les faits divers », de chansons protestataires qu’on fredonne « le poing en l’air ». Même cette chanson « que personne n’écoute » a séduit les Tourangeaux ! Miossec n’oublie pas non plus les classiques, ces titres qui ont bercé le passage à l’âge adulte d’une grande partie du public : « Les bières aujourd’hui s’ouvrent manuellement », « Je m’en vais », « La fidélité », « La guerre »… Dans un registre pop réjouissant, « La facture d’électricité » fait monter de plusieurs degrés la température du Nouvel Atrium. « Le défroqué » met en exergue les qualités théâtrales de Miossec et son inimitable manière de geindre. Enfin, le groupe explore des titres lents, emplis de poésie, tels que « La Fortune de Mer » ou encore un texte de Georges Perros interprété en concert pour la première fois.

En début de soirée, Joseph d’Anvers avait envoûté le public par sa voix céleste. Seul à la guitare, il distille des sonorités à la fois douces et violentes. « J’ai voulu garder les yeux secs et notre vie à contretemps » murmure-t-il dans un silence quasi-religieux avant de clore son set par un magistral « kids are swinging out in heaven ».


0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie concerts