Miossec est toujours sur le front, son nouvel album s’intitule « Les Rescapés »… Tout un programme. Questions-réponses sans fioriture.

Est-ce que tu fais une différence entre rescapé et survivant, parce que dans la chanson « Nous sommes » tu emploies les deux mots ?
Miossec : Non alors que ça n’est pas la même chose. Dans le mot rescapé il y a sans doute cette idée que les années sont plutôt derrière que devant… Il y a les copains qui partent. Mais forcément si tu évoques la Méditerranée et la traversée des réfugiés c’est encore autre chose. Sachant qu’un rescapé ce n’est pas un réfugié. On arrive tous à un moment de sa vie où il y a des probabilités de noyades.

Et la survivance alors ?
Miossec : C’est autre chose. Je suis un peu un survivant… Rescapé il n’y a pas la notion de mort…

Il y a une mise en abîme de ta carrière ? Des tes dix albums précédents et tes vingt-cinq ans de carrière ?
Miossec : Ça commence en 1993, donc ouais, ça fait vingt-cinq ans. En tant que chanteur, je suis rescapé, tu le sens quand il y a un engouement au début, que tu peux faire partie d’une certaine mode, et qu’ensuite il faut enchaîner. Il y en a pas mal qui restent sur le carreau ensuite, c’est un peu dur, il n’y a pas de place pour tout le monde dans ce pays. Dans un pays comme l’Angleterre la musique est plus ancrée, tu peux tourner régulièrement en France je ne suis pas sur. Cette époque là est révolue.


Est-ce de pire en pire ?
Miossec : Non, c’est pas de pire en pire, c’est juste comme ça quoi. Il y a plein d’endroits qui programmaient du rock et qui sont fermés, qui ont disparus, quelque soit la région.

Même en Bretagne ?
Miossec : Ha oui le nombre d’établissement qui sont en train de fermer ou qui viennent de mettre la clé sous la porte est impressionnant. La Préfecture a une politique très dure au niveau du bruit et de choses comme ça. On ne vit pas dans un état cool.

Dominique A et Katerine font partie de ta génération. Est-ce un club ?
Miossec : Un club non, quand on se voit c’est chouette, mais il n’y a pas réellement de collaborations. Ça ne viendrait d’aucun des trois.

Tu es un rescapé dans la première chanson, et dans la deuxième tu annonces « Je suis devenu », c’est vraiment une sorte d’autoportrait.
Miossec : Ça pourrait l’être. C’est parti d’un discours de Mélenchon, mais depuis que j’essaye de le retrouver et j’en suis incapable. Mais c’était quelque chose du genre « Je sais qui j’étais. Je sais qui j’étais devenu. Je sais qui je ne suis plus… » Enfin il y avait des tournures de phrase comme ça. Je l’avais noté ça dans un coin, je suis allé sur internet pour essayer de le retrouver, mais sans succès, à tel point que j’en suis même à me demander si je ne l’ai pas inventé, si ce n’est pas un autre homme politique que Mélenchon. Je me suis posé la question à cause de possibles problèmes de droits d’auteur en fait.

Les droits d’auteur sont incontrôlables sur internet, les droits non clearés d’une vidéo sur YouTube, tout le monde s’en fout.
Miossec : On sent que les hommes politiques sont loin de l’écriture, dans ce pays, dans les années ‘40-‘50 et même ‘60 on avait des lettrés mais c’est fini. Terminées les générations Mitterrand littéraires et amateurs de livres.

Dans cette chanson « Je suis devenu », tu as eu envie d’écrire sur toi. Je croyais que depuis le début tu étais dans l’autofiction.
Miossec : Ce n’est pas de l’autofiction. Oui c’est marrant, quand j’ai écrit des trucs hyper personnels comme « Je m’en vais » c’était à cause du film de Christophe Leconte, j’ai demandé l’autorisation. Et je sais, je ne m’accapare pas forcément ces histoires mais je les raconte, et donc parfois je demande l’autorisation. Je me suis souvent amusé à m’accaparer les histoires des autres, à faire comme si elles étaient miennes.

N’est-ce pas ce qu’on demande à un bon interprète ?
Miossec : Oui, la résonnance est importante,

Si tu avais une chanson « Je vote à droite », tu aurais plus de mal à te l’accaparer non ?
Miossec : Ça dépend du ton que tu mets dans ce vocabulaire ! Ca peut être le fruit d’une désespérance absolue.

Tu l’as terminé au mois de mars ce disque, où l’as-tu enregistré ?
Miossec : Ouais, l’album a été vraiment finalisé à Brest. J’avais tous les instruments, j’ai fait les lives devant l’ordinateur. Tu as ton instrument et tu dois jouer, c’est un peu comme un retour aux années 1980-1982, il n’y a pas eu d’intervention de l’ordinateur dans ce disque. Uniquement comme une sorte d’enregistreur.

Privilégier l’énergie à la réflexion.
Miossec : Oui voilà, et l’ordinateur… Je pense que la contrainte a été la suivante : enregistrer en live. On a fait la trame à Brest et on a tout enregistré à Paris. On avait la thématique générale, la trame de ce que allait être l’album.

Le mixage est plus brut que le précédent, plus rentre-dedans avec la voix bien plus noyée au milieu de la musique. C’est plus abrasif, plus rock.
Miossec : C’était la façon de composer des chansons, quelque chose de très instinctif. On était toujours animé par l’envie de jouer, en se demandant ce que ça allait donner sur scène, c’est une direction un but qui nous porte. Ce n’est pas de la chanson où tu es affalée dans le canapé.

Ce sont des chansons pour aller les jouer.
Miossec : Oui que ce soit dynamique, qu’il y ait du mouvement.

Tu as mis longtemps à la composer ? Parce que le dernier album « Mammifères » date de 2016, le live « Mammifères Au Boues Du Nord » est sorti dans la foulée, ça a été rapide tout ça.
Miossec : La tournée s’est arrêtée il y a six mois. Je l’ai fait sur un an le disque, je suis déjà en train de préparer ce disque alors que la tournée n’est pas encore terminée oui.

Tu le réalises à Paris ?
Miossec : Oui, rue Cadet. Le studio de Julien Delfaud (Etienne Daho, Bashung, Loane, Vanessa Paradis, Brigitte Fontaine, Patti Smith, Florent Pagny…) Et après studio Garage Dominique Ledudal, super rencontre, il avait travaillé sur le disque « The No Comprendo » des Rita Mitsouko.

 Est-ce un groupe que tu as aimé ?
Miossec : Ha vraiment, je les avais vus au Conquet avec un autre groupe. Ils jouaient avec leur magnéto Revox, c’était en 1982 ou 1983. Je me souviens de leur manager, Alexis, il en avait après moi. On l’a laissé dans le port au petit matin… Ringer doit se rappeler du concert, il y avait en première partie Indoor Life, et le Alexis ne cessait de draguer un marin pêcheur, et le lendemain matin il était à poil dans une falaise et priait pour qu’on le libère…

Il n’y en a plus des anecdotes comme ça sur les tournées maintenant…
Miossec : Bah quand tu fais la tournée des FNAC et tout ça non, c’est beaucoup plus calme.

Ce folklore a disparu.
Miossec : Quand on joue au Havre, y a du client quand même, ça dérape encore bien là-bas.

Tu es un survivant. Dans la chanson « Les Infidèles », tu dis « Les infidèles se reconnaissent entre eux. » Mais comme tu m’as dit que ce n’était pas de l’autofiction, quelle est cette envie d’écrire sur l’infidélité ?
Miossec : Bah c’est lié à la tournée aussi, quand tu vas avec des musiciens et à l’hôtel tu les repères au petit déjeuner. La première phrase de la chanson a donné le reste de la thématique, ça me faisait vraiment marrer. On entend la phrase, j’ai une théorie là-dessus les infidèles se reconnaissent entre eux.

Il y a une chanson sur la mort, la chanson « On meurt », est-ce que ça commence à te travailler?
Miossec : Bah c’est sur qu’on est plus encombré de chansons d’amour et de choses comme ça, de la romance quoi, mais des chansons sur la mort… J’ai l’impression qu’il n’y en a pas beaucoup pourtant c’est la chose la plus naturelle du monde. Il ne faut pas occulter la mort. On nous bouscule, qu’il y ait des chansons là-dessus quoi. On ne va pas faire des messes noires.
En fait, « On meurt » c’est pour Rémy (Kolpa Kopoul) décédé le 3 mai 2015.

Il était si proche que ça ?
Miossec : Il venait au Vauban, la salle de Brest. Il venait faire le DJ, il avait retourné la salle la veille.

Il est mort chez toi c’est ça ?
Miossec : Ouais ouais.

A Paris je le croisais une fois par semaine au moins.
Miossec : Là au Vauban il avait mixé pour les enfants qu’il avait adoptés, il était à fond dedans. Respect quoi. Quand il jouait tu ne pouvais pas parler. Et Rémy quand il jouait c’était ça.


Et « La Mer » moi je la regarde pas trop en tant que parisien pur jus
.
Miossec : C’est mon grand-père qui est décédé.

 Il y a longtemps ?
Miossec : Pendant la guerre, il était torpilleur, il torpillait de sous-marin. Il ne savait pas nager, le bateau a coulé il a coulé avec.

Les marins ne savaient pas nager.
Miossec : C’était le truc de l’époque, c’est exactement la même chose pour les pêcheurs, ils ne savent pas nager. De toute façon si tu tombes à l’eau, bien souvent les courants sont si forts…

Que ça ne sert à rien de savoir nager ? Tu sais nager toi ?
Miossec : Oui.

Johnny Hallyday est mort en décembre dernier, tu as souvent écrit pour lui : « Un Jour viendra » et « Notre histoire » 1999, « 20 ans » et « Prière pour un ami » 2013, « De l’amour » en 2017. L’image qu’il te reste ?
Miossec : Après les concerts tout ça, on se voyait. Par contre je lui donnais des chansons toutes faites, il n’intervenait pas. C’était un mec vraiment gentil, c’est ça qui pour moi reste le plus impressionnant. Une gentillesse… J’allais le voir en concert. L’image que j’ai de lui c’est sa photo dans l’album de famille, un cousin à moi était avec lui pendant son service militaire, ça remonte quoi. A Brest je l’avais croisé avant un concert, complètement crevé, et au moment de rentrer sur scène il pêtait la forme.

Propos recueillis par Christian EUDELINE

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