Avec deux albums sous le bras, dont l’envoûtant The Transformation Place sorti au printemps dernier, la chanteuse parisienne mais d’origine bretonne Céline Mauge alias Laughing Seabird est actuellement en tournée en France *. Elle est aussi à partir du 25 mai à l’affiche d’une comédie, Ca Tourne à Saint-Pierre et Miquelon. Un film avec Philippe Rebbot, Claire Nadeau ou encore Dominique Pinon, où elle incarne une actrice qui est aussi… chanteuse. Comme en écho à sa propre carrière.
Céline Mauge, tu es comédienne mais aussi chanteuse, autrice et compositrice. Qu’est-ce qui se cache derrière ce nom de Laughing Seabird ? Ton alter-ego musical ? Le nom de ton groupe ?
Céline Mauge : Au départ, c’était d’abord moi. Toute seule. Envie de trouver un nom presque comme une entité totémique – sans l’article défini – pas un personnage car en musique sur scène, justement je trouve qu’on est davantage soi, pas en composition, plus en expression qu’en interprétation, surtout quand ce sont tes propres textes et musiques. Et puis, Laughing Seabird est aussi devenu un groupe. Donc, on peut dire que c’est moi, et… aussi le nom mon groupe.
Je cherchais quel serait mon nom musical et près de l’endroit où j’habitais à Paris, en entendant le rire, ou plutôt le cri d’une bande de mouettes, j’ai dit : « Hello, qu’est-ce que vous voulez ? Mais oui bien sûr, je l’ai écrit dans ma chanson My Shell !» – qui allait figurer sur mon 1er album (et une 2ème version sur le second The Transformation Place) : « Jump and fly from the shore (…) And I become the laughing seabird… » (Et je deviens l’oiseau de mer rieur). C’était l’évidence.
Dans ta musique, on entend des sonorités venues du trip hop, mais aussi des influences celtiques…C. M. : J’ai grandi à Paris mais j’ai des origines bretonnes par trois branches. Ceci explique peut-être cela. A 12 ans, je rêvais déjà d’être chanteuse. J’écoutais les Wings, Paul McCartney, pas mal de Led Zeppelin, le Floyd… mais aussi des trucs comme Madonna. Je chantais dans ma chambre. Mais je n’ai pas rejoint de groupe à l’époque. C’est étrange d’ailleurs, comme si le fait que je devienne chanteuse et que j’enregistre un jour mes chansons ne pouvaient pas se passer autrement que via le long chemin que j’ai suivi, et la sensibilité d’actrice. Comme si aussi une partie de moi ne s’autorisait pas à devenir une chanteuse. Mon père jouait de la guitare mais il n’était pas intéressé par l’idée de transmettre ce qu’il savait. Vers l’âge de 15 ans, j’ai pris des cours pendant un an puis j’ai mis l’instrument de côté. Je ne me sentais pas vraiment musicienne, je continuais à prendre des cours de comédie et ce moyen d’expression et la passion des textes, de cet art, a pris le dessus. Entre 25 et 35 ans, je prenais des cours de chant, mais les bons profs sont rares… Et puis il est arrivé un moment où je me suis dit : « Si tu ne maîtrises pas un instrument, tu ne seras jamais autonome… » Mon souhait était de pouvoir être n’importe où dans le monde et de pouvoir me débrouiller seule. Avec ma guitare.
Comment t’est venue cette chanson qui débute l’album, cette diabolique ballade nommée I Feel Fat avec son refrain qui s’incruste dans le cerveau (« I feel fat today / What I’m gonna do ? / What I’m gonna do / I feel fat today… ») ?
C.M. : C’est l’une de mes premières chansons. Elle a une dizaine d’années. C’était le lendemain d’un gueuleton, je me suis réveillé avec cette sensation de malaise que peut avoir une femme, cette impression de trop, de pression, d’un truc qui échappe à ton contrôle. C’est une chanson qui parle du rapport que l’on peut avoir à soi, du contrôle que l’on exerce vis-à-vis de soi-même en se conformant à des règles sociales. Qu’est-ce qu’on en fait ? Qu’est-ce qu’on a besoin de combler ? Envie de plus ? Besoin de moins ? C’est un peu ces questions que je voudrais que chacun se pose après l’avoir écoutée. A nous de trouver cette place, cet endroit où l’on se sent bien, apaisé avec soi-même. En tout cas, de ne pas nous voiler la face. Je suis très fière du clip d’I Feel Fat que Tristian Francia a réalisé.
La version qui figure sur l’album The Transformation Place a un petit côté hypnotique, trip-hop à la Massive Attack, tout en étant aussi folk…
C. M. : Ah bon, la mélodie t’évoque Massive Attack ? C’est amusant. La toute première version de I Feel Fat qui figure sur mon premier album, And I Become… (publié en 2016), est beaucoup plus psychédélique. On en a même fait un remix électro qu’on finira peut-être par sortir à moment, une version ultra-dépressive (rire).
Te souviens-tu du premier disque que l’on t’a offert ou que tu te sois achetée ?
C. M. : J’ai le souvenir d’un double album de Crosby, Stills, Nash (& Young) et d’un disque Greatests Hits de Eurythmics avec le tube Sweet Dreams. Je me souviens du vidéo-clip avec Annie Lennox et sa coupe de cheveux ultra-courte. Cela m’avait marquée musicalement mais aussi visuellement. Il y avait aussi ce titre superbe… Angel.
En parallèle de ta carrière de chanteuse, tu es aussi comédienne et la tête d’affiche d’une comédie qui sort ces jours-ci au cinéma, Ça tourne à Saint-Pierre et Miquelon. Tu peux m’en dire un peu plus sur ton rôle ?
C. M. : J’incarne une actrice renommée, un peu en perte de vitesse, du nom de Céline, qui a été choisie par un cinéaste célèbre (joué par Philippe Rebbot), pour tourner sur cet archipel, ce petit bout de France au large du Canada, un film dont elle ne sait pas grand-chose. C’est le réalisateur Christian Monnier que je connaissais car il avait réalisé mes deux premiers clips (MyShell et Stay Away) qui m’a contactée pour ce rôle en me disant en gros : « On va faire un film là-bas ! T’es partante ? » Cette Céline n’est pas vraiment moi, mais bien sûr, je lui apporte de ma fantaisie et de ma sensibilité, et puis nous avons quelques points communs à commencer par le métier. Au départ, Christian et sa co-scénariste Sheila O’Connor (comédienne découverte au côté de Sophie Marceau dans La Boum) avaient même intégré des allusions à Grey’s Anatomy (puisque je double en français la comédienne Ellen Pompeo dans la série depuis 18 ans), au Molière 2015 avec Les Coquelicots des Tranchées, et finalement il fallait couper pas mal de choses au montage mais reste inévitablement la scène où je chante en live, et un poster de moi alias Laughing Seabird dans le salon du personnage*
Là-bas, je m’attendais à des paysages comme ceux de La Bretagne et en fait, cela ressemble plutôt à l’idée que je me fais de la Patagonie. On était un peu en mode commando, à la roots. J’étais ma propre maquilleuse, ma propre scripte, ma propre costumière mais cela faisait écho à l’histoire du film.
Pour les scènes où tu chantes, et le titre du générique, les morceaux avaient été choisis en amont avec toi ?
C. M. : Oui. Le titre que l’on retrouve au générique au début, et à la fin, c’est Karmen KéroZen. Il ne devait pas se trouver sur l’album, mais Christian m’avait entendu le jouer en concert en 2015 et il s’en était souvenu. Il aimait l’énergie du morceau et m’a dit qu’il voulait l’intégrer au film. On l’a enregistré très vite et finalement j’ai choisi de le mettre dans l’album. Il dénote un peu musicalement mais il est là et joue son rôle, il est cohérent dans la thématique. Pour la séquence de concert dans le film, j’aurais préféré que ce soit une chanson à moi, mais Sailor Song (un titre cocréé et chanté par Rickie Lee Jones à l’origine) qu’on avait enregistré pour l’album, m’a semblé correspondre parfaitement et Christian a tout de suite validé. Les retours sont unanimes quant à la beauté du moment à la fin du film, et les images sont si belles… enfin je vous laisse découvrir. Ce qui intéressant, c’est que ces deux morceaux, Karmen KéroZen et Sailor Song, bien que très différents, et l’un en français, l’autre en anglais, tournent autour de l’idée de prendre la tangente, de refaire sa vie, d’être honnête avec soi-même et faire les bons choix, et c’est aussi un des thèmes forts du film… et de mon deuxième album.
D’ailleurs concernant Rickie Lee Jones et ce morceau Sailor Song, est-ce vrai que tu as reçu un SMS de sa part ?
C. M. : Oui, enfin c’est son manager qui a envoyé ce SMS à la production suite à la demande de droits. Il avait écrit « …Rickie and I thought the performance of the song in the film was brilliant » Lorsque je l’ai reçu j’étais en studio pour le mix de l’album, c’était comme si Rickie Lee Jones me donnait sa bénédiction pour chanter ce titre. J’en ai eu les larmes aux yeux en le découvrant.
Propos recueillis par Frédérick RAPILLY
– En tournée : le 28 mai au Baz’Art (Libourne-Fronsac), le 1er juin à l’Archipel (Paris, location au 01 73 54 79 79 ), le 2 juillet au Patio de La Roche à La Rochefoucauld…
– Film : Ça tourne à Saint-Pierre et Miquelon, au cinéma le 25 mai.
– Albums : And I Become… (2016), The Transformation Place (2021)











