Le dessinateur morbihannais Cédrick Le Bihan se lance dans la politique. Après s’être essayé au polar (Ganglion et Fils), à la comédie (Ô Pacifique) ou à la chronique sociale (Ragoût aux Truffes), l’artiste breton change à nouveau de registre et signe, avec le scénariste Philippe Pelaez, Dans l’ombre, une adaptation du roman éponyme d’Edouard Philippe et Gilles Boyer. Une adaptation qui nous plonge dans les arcanes du pouvoir et évoque les désillusions liées à l’engagement politique et dont Cédrick Le Bihan a accepté de nous parler.
Comment se retrouve-t-on à adapter un roman d’Edouard Philippe et Gilles Boyer en BD ?
Cela fait plusieurs albums que je réalise pour le groupe Bamboo (Ô Pacifique, Ganglion et fils, Ragoût aux truffes) et c’est peu après le bouclage de Ragout aux truffes qu’Olivier Sulpice, le grand patron de la maison qui regroupe, Bamboo, Grand Angle, Drakoo, Doki-doki et Fluide Glacial, m’a contacté pour me proposer de travailler sur cet album avec Philippe Pelaez. Etant plus à l’aise avec les univers contemporain, polar, thriller et étant très intéressé par la politique, j’étais ravi de cette proposition.
Après une enthousiasmante lecture de l’adaptation de Philippe Pelaez, quelques essais et la rencontre avec Hervé Richez (patron de Grand Angle), j’avais le plaisir de démarrer l’aventure.
Quel a été le plus gros défi à relever sur ce projet en tant que dessinateur ?
Sans doute le respect des délais ! Et d’ailleurs je n’ai pas complètement réussi. Plus sérieusement, chaque album est un défi diffèrent. On peut craindre, lors d’une adaptation, que les auteurs du roman soient pointilleux, très regardant voir qu’ils imposent leur vision sur les différentes étapes de la réalisation de la BD or Edouard Philippe et Gilles Boyer nous ont laissé une jubilatoire liberté pour jouer avec leurs personnages et leur univers. Ils n’avaient qu’une seule volonté : que nous ne trahissions pas le livre et que l’on ne tombe pas dans la caricature. Visiblement, pour eux, nous avons réussi.
Aviez-vous en tête des hommes politiques en particulier quand vous avez dessiné certains de vos personnages ?
La volonté des auteurs était que l’on ne reconnaisse personne car, dans leur ouvrage, on ne parle d’aucun homme politique en particulier (mais de tous en général). Je me suis donc efforcé de ne pas trop me rapprocher de qui que ce soit. J’avais, lors des recherches de personnages, prêté a celui de l’opposition (que l’on voit très peu) les traits de Jean-Luc Mélenchon. Ce fut retoqué par Edouard Philippe… Allez savoir pourquoi (rires)
Comment Edouard Philippe et Gilles Boyer ont-ils accueilli le projet ? Vous ont-ils donné des conseils, avez-vous échangé ?
Nous avons en effet eu le plaisir de les rencontrer, deux personnes charmantes, accessibles et extrêmement drôles. Ils étaient ravis de voir ce projet se faire ! Et sont très actifs et engagés pour en faire la promotion. Je crois que le résultat leur plait. Ils ne nous ont pas donné de conseil particulier à part quelques modification sur les personnages et un vrai désir que nous ne caricaturions pas mais sinon ils nous ont laissé une vraie liberté.
Mulo, Ô Pacifique, Ragoût aux truffes…Et aujourd’hui Dans l’ombre. Vous aimez changer de registre et de genre à chaque album. Est-ce une volonté de votre part ou le hasard des rencontres et des collaborations ?
C’est un peu des deux. J’aime essayer de m’adapter aux projets, aux scénaristes et aux maisons d’éditions. On ne va pas faire le même travail pour Fluide Glacial que pour Grand Angle. Et j’aime aussi, c’est vrai, varier les plaisirs et proposer des choses différentes a chaque fois car les projets sont tous différents. Ça permet aussi de se remettre en question a chaque nouveau livre.
Comme ca, on ne s’ennuie pas !
Justement, quels sont vos prochains projets ?
J’ai la chance et le plaisir que Grand Angle me renouvelle sa confiance pour le prochain album. Ça s’appellera Le crétin qui a gagné la guerre froide c’est fabuleusement écrit par Jean Yves Le Nahour et ça raconte une certaine période de l’histoire politique des Etats Unis d’Amérique. Un vrai régal ! Et ce, dans un style encore très diffèrent de Dans l’ombre.
Propos recueillis par ERWAN BARGAIN
Dans l’ombre – Dessins : Cédrick Le Bihan. Scénario : Philippe Pelaez (d’après le roman d’Edouard Philippe et Gilles Boyer publié aux édition JC Lattès) – Editions Grand Angle. 88 pages, 18,90€.











