Gueuler, crier, hurler plus fort que les mouettes.
Une fois de plus. Une fois encore hurler contre ce qui est constaté depuis des décennies bretonnes. Notre modèle crée l’emploi mais la mort avec. Notre modèle breton est bon mais con. Détestable même. Il fout les jetons aux enfants, étouffe et n’asphyxie pas que les chevaux. Il empêche de courir à Plestin sur les grèves années après années. Bretagne est damnée.
Année après année, damnée.
Crions contre les loups. Contre les consortiums, les Coopératives qui n’ont plus de coopérative que le nom et l’envie de faire du profit. Marre de tartiner la colère comme le caramel sur le pain de ménage. Marre de beurrer la crêpe avec le désespoir : rien ne change, rien ne va mieux.
Les consortiums changent de nom. Ils continuent sans vergogne de polluer, de spolier et de piller.
Eh, faudrait le dire comment messieurs les présidents de notre belle région. Stoppez le massacre des rivières, arrêtez les méthanisations en plein air en baie de St Brieuc et dans toutes les anses du Trégor !
Eh oh ! Oh eh, vous nous entendez ?
On ne peut plus laisser le système s’emballer. Les porcheries industrielles se développer, la démultiplication des poulaillers à perte de vue, les silos d’aliments encombrer en cubes les horizons, les tonnages de plus en plus grands des cargos au Légué, marre ! La mer en a marre.
L’océan vous rejette, vous, les politiques du laisser faire. Vous les politiciens agricoles qui pétez de trouille face aux files de tracteurs et aux menaces de paille enflammée au pied des sous-préfectures.
Certes, la Région Bretagne amende, aménage, amortit mais, sans fin ni foi, ça continue de polluer, ça continue de puer. Ça pue et ça tue.
Les paysans en premier, combien de morts du cancer ?
Le modèle économique breton ne prend pas en compte la santé publique dans son tableau d’excédent, et pour cause.
Combien de suicides ? Les paysans craquent s’ils ne meurent pas du cancer. Ils n’appellent plus au secours, ils se la bouclent. S’enferment et se pendent.
C’est comme ça Messieurs les présidents et les Vice-présidents de la Région Bretagne. Les petits fleuves bretons dégueulent votre manque de poids et de foi.
Certes Messieurs les nouveaux princes, Vicomtes et Comtes, vous devrez rendre des comptes. À qui ? Sur quel exercice coupable ? À quelle génération ? Les artichauteurs et les gourvenneciens sont main dans la main, les volaillers et les porchers se tiennent par le barbichon, les syndicats majoritaires et les capitalistes bretons font front. Monsieur Le Drian, Monsieur Le Fur, Monsieur Chesnais-Girard, Monsieur Burlot, Monsieur Ferrand, Messieurs et Madame Le Calennec, changez de cheval ! Virez de modèle : celui de la Bretagne conquérante et nourricière n’en peut plus. Les rivières meurent, les ruisseaux meurent, les rus meurent.
Bretagne crève.
Tout continue malgré ce que vous dites. Les épandages continuent, la phytosanitarisation ventile et pas qu’en bordure de lotissements. Peu importe que ce soit loin de chez moi ou paumé dans le TBB, le Triangle des Bermudes bretons, entre Gourin, Carhaix ou Rostrenen. Parlons-en. Parlons de Morgan Large.
Des roues journalistes qu’on déboulonne.
Des pressions insupportables et des menaces de mort.
De son courage à ne pas se taire et que Bretagne Actuelle soutient.
Faut-il que les guerriers soient fous et leur crainte que l’on sache leur forfait. Faut-il que Bretagne s’avère Corse ! Bretagne avait porte ouverte et chemins libres. Elle avait des bols de café sur la cuisinière et une crêpe à tremper pour celui qui voulait se taper la balosse.
C’en est fini si la parole est muselée. Fin de notre bel idéal si RKB est menacé. Désubventionnée par les maires. Messieurs les maires, lorsque vous ne subventionnez plus Radio-Kreiz-Breizh, vous vous accusez. Vous faites l’aveu que vos municipalités sont en train de nous tuer. De nous glyphosater et pas que le ciboulot. Après les arasements de talus, après le remembrement des années soixante, soixante années après, Bretagne parle, commente, analyse. Bretagne se donne à voir, s’autocritique, Bretagne est à charge et le procès aura lieu malgré votre pollumètre à zéro. Sur les télés. Dans les journaux. Et surtout dans chaque Breton qui n’en peut plus de voir des enfants sans bras qui naissent ou des arbres qui meurent, des champs rouges de honte et la terreur qui gagne.
Nous parlerons. Nous écrirons. Nous crierons. Il y a eu Plogoff, il y aura le scandale des Coopératives sourdes et des Pouvoirs publics complices.
Vous refusez de changer de modèle car ce n’est pas votre intérêt à court terme. Vous continuez d’être près de vos sous en vous contrefoutant des dessous. Main dans la main, politiques et agroalimentaire vous servez la soupe et refusez même que vos mauvaises manières se disent, s’écrivent, se transmettent.
Scandale absolu du silence imposé.
Ça ne marchera pas. Nous ne marcherons pas dans un silence celto-moscovite : les petits Poutine du Poher ou les Xi Jinping trégorrois ne passeront pas.
Algues vertes, l’histoire interdite d’Inès Leraud est un succès national. La bd se vend, se lit et se prête. C’est bien. C’est dire, Messieurs les censeurs, que vous ne ferez pas taire les mouettes, ni ne bâillonnerez les goélands ! Les chanteurs de gwerziou n’en resteront pas là, ni les journalistes, ni les poètes.
Bretagne parle, commente et ne se contente plus de dire que ça pue.
Ça tue.
Gilles CERVERA
Algues vertes, l’histoire interdite. Inès Léraud & Pierre Van Hove. Editions Delcourt. 19 €.











