Santé public… Économie… Politique... Institutions… Relations sociales et choix de vie personnelle... Viendra bientôt l’heure de savoir comment cette crise impactera notre futur. À quoi ressemblera l’après Covid-19 ? Y aura-t-il d’ailleurs un avant et un après ? Certains éléments permettent d’envisager quelques hypothèses objectives.
Qui eut imaginé qu’une pandémie moyenâgeuse attaquerait les fondations du XXIe siècle ? Depuis l’apparition du Covid-19, le bilan défile chaque jour sur d’interminables tableaux Excel que nos politiciens se font décrypter par des « scientifiques » du cosinus et du caducée. Plutôt que de fermer les frontières, monsieur Macron a choisi de contraindre les Français à vivre chez eux, frontières non plus nationales mais individuelles, chacun à la maison alors que la France est offerte au monde entier. Alors oui ! Qui eut pu imaginer qu’une micro-substance organique venue de Chine exemplifierait l’impéritie des politiciens français, sonnant par là-même le glas d’un monde qu’il va falloir reconstruire ? Avec ou sans eux.
La « contre-urbanisation » ou la vengeance des régions
Souvenons-nous des ravages de la peste dans les grandes villes ouvertes sur le monde : Athènes, Alexandrie, Constantinople, Rome, Le Caire… autant d’espaces malsains, sales et pollués d’une époque que l’on croyait révolue. Si nos villes modernes sont plus propres que celles d’hier, elles ne sont hélas ! pas plus salubres. Paris, avec ses 2,2 millions d’habitants intra-muros, auxquels s’ajoutent les 10 millions d’âmes de sa petite et grande couronnes, fait figure de naine à l’échelle mondiale. C’est à Wuhan, septième ville la plus peuplée de Chine, 11 millions d’habitants, qu’est apparu le Covid-19. Puis Milan et sa région, Madrid, New York, Seattle, San Francisco : le virus attaque l’Occident par ses mégalopoles les plus peuplées. Rappelons également qu’il y a encore quelques semaines, les Chinois insistaient fièrement sur leur projet de construire autour de Pékin une ville-monde de 100 millions d’habitants, baptisée Jing-Jin-Ji, ou JJJ pour Pékin-Tianjin-Hebei.
Nos mégalopoles sont devenues des prisons où chacun réside dans le seul but de gagner assez d’argent pour avoir les moyens d’y vivre. Le bout du tunnel semble toutefois s’éclaircir pour les deux-tiers des citadins qui rêvent de s’installer en province sans le pouvoir faute d’emplois locaux, car nous savons désormais que certains postes peuvent être pourvus à domicile. Nombre de travailleurs s’y étaient déjà essayés durant la grève des transports de décembre 2019. Un confinement généralisé de plusieurs semaines entérine l’évidence nécessaire du télétravail, permettant ainsi d’économiser temps et argent ; nouvelle pratique qui favorise l’émergence des digital nomads, ces personnes à même d’œuvrer n’importe où avec une connexion Wifi. Certaines de ces mesures « à distance » prises dans l’urgence resteront en place après le confinement, c’est le propre des situations de crise d’accélérer l’histoire malgré-elle, il est en conséquence fort à croire que l’un des premiers grands bouleversements parmi les nombreux du « nouveau monde » sera celui du marché de l’immobilier.
Voici venir l’idée salvatrice de la « contre-urbanisation ». Sorte d’exode rural à l’envers pour fuir les mégapoles devenues, non seulement hors de prix et invivables, mais aussi insécures et insalubres. Plus encore que le travail à domicile, il se pourrait que demain la distance avec les autres devienne un nouveau paramètre de réussite sociale. Dans le monde de l’après-coronavirus, l’extraordinaire richesse de nos provinces : beauté, terroir, histoire séculaire, mais surtout leur qualité de vie, bref ! tout ce qui fait une province au sens stendhalien du terme, devrait être enfin reconnu, voire jalousé de Paris et des autres grands centres urbains. Cette fuite hors des villes-monde contribuera au rééquilibrage social et économique de nos régions qui souffrent d’une cruelle désertification. Oui ! L’avenir est à la province. Aux régions. A ce que la « novlangue » appelle aujourd’hui : les territoires.
La relocalisation des chaines de production devra être régionale
Cette pandémie est révélatrice d’un double marasme relatif à la mise en place d’une aberrante économie mondialisée à laquelle s’ajoute l’hybris occidentale coutumière. Le libre-échange planétaire à flux tendus afin d’en maximiser les profits, se dévoile plus vulnérable que prévu. En résulte un constat dramatique. Les sociétés déposent leur bilan non faute de travail et de commandes, mais par manque de personnel (confiné). Un comble lorsque le chômage explose ! Au reste, ces entreprises pour l’essentiel insérées dans une chaine de production supranationale, s’effondrent les unes après les autres par effet de dominos. L’origine de l’ébranlement à venir (nous n’en sommes qu’aux prémices) n’a rien à voir avec les finances publics ni un effondrement boursier comme ce fut le cas en 1929, elle s’inscrit tout à l’inverse dans l’économie réelle puisque la production elle-même est à l’arrêt, ce qui est beaucoup plus grave.
Nos gouvernements et les institutions monétaires mondialisées (BCE – FMI – BEI – SMI – …) pourront injecter tous les milliards possibles dans les banques, rien ne changera tant que l’économie ne repartira pas. Autant retenir de l’eau entre des doigts écartés ! Cette fois, le problème est celui de l’économie réelle, la monnaie en tant que telle ne pourra suffire et l’argent devra être injecté auprès des ménages, des entreprises, des régions, surtout pas dans les banques ni dans les institutions centralisées. La seule question est désormais de savoir si le plan de relance sera destiné à doper l’économie nouvelle d’un monde à reconstruire sur la base de marqueurs sains, ou si nous reprendrons les habitudes d’hier comme ce fut le cas en 2008. Bis repetita. Il est à ce titre indispensable d’envisager un retour à une échelle de valeurs régionales, avec relocalisation des chaines de production, tant pour les médicaments que les nouvelles technologies, l’énergies, etc., à l’inverse exact de ce qu’impose la vision monochrome des politiques financières actuelles, en particulier celle de Bruxelles, jamais remise en cause ni sanctionnée puisque nos élus s’auto-protègent et bénéficient d’une totale impunité, autant pour leurs actes que pour eux-mêmes.
Une bascule du leadership mondial vers l’Asie
Avec Donald Trump c’est « chacun pour soi et Dieu pour tous ». De fait, Washington a abandonné le rôle de global leader que les USA avaient joué lors des précédentes crises, guerres comprises ; face à quoi la Chine proclame l’efficacité de son système contre la propagation du coronavirus. Première conséquence. Pékin assoit son autorité morale en assistant l’Europe à qui elle envoie des cargaisons de matériel et des médecins. Deuxième évidence. Le régime communiste chinois fait un pied-de-nez à l’Amérique, et plus encore à l’Europe qui demain sera à n’en point douter le terrain de jeu de leur duel. Le troisième possible contrecoup n’est pas des moindres, puisque la relance de l’économie mondiale justifiera une rapide et importante production dont seule la Chine sera en mesure de satisfaire la demande dans les meilleurs délais. Nul doute que cette remise en ordre inespérée de l’appareil économique chinois (déjà en avance sur le reste du monde) va profiter à Xi Jinping et lui permettre de racheter des cibles occidentales devenues vulnérables. L’heure des grandes manœuvres est arrivée. Peut-être même celle d’une globalisation accrue.
Un test de résistance pour nos politiciens
Une Europe sans consistance (ni conscience) politique… Une Amérique pragmatique mais pas stratège pour un sou… Cette pandémie va accélérer la bascule du leadership mondial vers l’Asie, tournant géopolitique majeur, qui, selon le magazine Forbes, pourrait donner naissance au « siècle de l’Asie ». Chaque fois qu’ils ont risqué de perdre leur prédominance mondiale, les Américains ont répondu par la guerre économique ou/et celle des armes. Il va donc y avoir, oui, c’est la règle, des changements profonds et durables. L’heure est venue du test de résistance pour nos politiciens. Tous ne le réussiront pas.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© J. E.-V. & Bretagne Actuelle – 8 Avril 2020











