On connaît le Bernard Berrou des « Errances irlandaises », passionné par une île qu’il a tant de fois parcouru au point d’en faire une seconde patrie. On connaît moins celui est qui est tombé sous le charme de la Corse à l’occasion d’un périple sur le mythique GR20. Son carnet de route, publié en 2009, est aujourd’hui réédité, accompagné d’un cahier central de photographies en couleurs.

Ce carnet du GR20 n’a rien à voir – on s’en doute – avec un guide touristique. Bernard Berrou aime à le dire (et il en est fier) : son livre est la première approche littéraire d’un sentier aujourd’hui mondialement connu. Pourquoi ce coup de foudre ? Parce que l’auteur aime la nature à l’état brut et l’immersion dans le cosmos. Il ne manque d’ailleurs pas d’établir d’emblée un rapprochement entre la Corse et l’Irlande : « Je retrouvais sur le plateau de Cuscionu la pureté des paysages que j’avais tant aimée en Irlande, au centre du comté de Clare ou dans le comté de Cork, du côté de Baallingeary ».

Son livre foisonne donc de passages où le sentiment d’être « ailleurs » est profondément prégnant (avec un brin de fantastique) quand il nous parle, par exemple, « des dents acérées prêtes à déchiqueter, des ravins où vous plongez dans l’ombre, des monstres qui vous attendent de pied ferme ». De bout en bout il y a la conscience de vivre quelques jours « dans un royaume béni », dans « une île redoutable emplie de prodiges ». Prodiges du chemin, prodiges du refuge ou de la bergerie, prodiges des rencontres. Car Bernard Berrou  ne vit pas cette aventure en solitaire. Le chemin est aussi, pour lui, une belle expérience humaine : celle des compagnons de voyages, celles des rencontres inopinées (un couple d’Anglais, des femmes andalouses, un cardiologue entouré de sa cour, un berger nationaliste corse…) Bernard Berrou croque tout ce monde avec la virtuosité et la limpidité d’écriture qu’on lui connaît.

« Seules les pensées qui vous viennent en marchant ont de la valeur ». Citant Nietzsche, l’auteur nous propose aussi quelques échappées belles sur l’art et les bienfaits de la marche. « La marche dépouille l’homme de tout ce qu’il a de superflu, des pensées vaines et futiles qui le minent, des passions mauvaises qui l’assaillent ». Il truffe aussi son récit de remarques acerbes sur certains comportements grégaires et les laideurs qui nous environnent (rassemblement de campings-cars, stations de ski en période estivale…). C’est la nature dans sa beauté et sa brutalité qui l’attire irrésistiblement. A Penmarc’h (où il réside) comme en Irlande et en Corse. Il cite Kipling : « Eloignez-vous à un jet de pierre sur la droite ou sur la gauche de cette route bien entretenue sur laquelle nous marchons, et aussitôt l’univers prend un air farouche et étrange ». C’est bien le cas dans cette « haute route »

Pierre TANGUY
La haute route, carnets du GR20, Bernard Berrou, Géorama, 115 pages, 12,90 euros.
Bernard Berrou vient d’obtenir le prix Bretagne 2018 pour l’ensemble de son œuvre.

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