Automne : les BD se ramassent à la pelle HermineHermineHermineHermine

Chers lecteurs, Je ne sais si vous êtes encore là car les étés sont parfois meurtriers. Cependant, sauf hécatombe sur les plages bretonnes (au choix : algues vertes, requins, tsunamis, mazout, crêpes, tornades, Fest-Noz, crème solaire, JeanMarcAyraultnite aigüe, …), il doit bien y avoir 2 ou 3 rescapés qui ont survolés mes précédents billets ? Peu importe, l’artiste est incompris. Et rare.

Automne : les BD se ramassent à la pelleNote : 4 sur 5

Je dois l’avouer, ces derniers mois, tout ce que j’ai lu – à part quelques exceptions – m’est tombé des mains au bout de quelques pages : pas d’enthousiasme, pas de lyrisme, pas d’originalité. Bof…
Donc, j’ai lu mais pas écrit. Et je me suis fait consciencieusement engueul… pardon, agonir d’injur… pardon, conseiller amicalement de reprendre la plume par mon rédacteur en chef (ce gentil, ouvert et débordant d’attentions  # !!*µ*%@ !!). Mais j’ai tenu bon. L’art ne souffre pas la médiocrité.

Revenons à nos moutons : moi éditeur, j’empêcherais la Finance … euh pardon, je m’égare dans les tourbillons du passé … je reprends, pouf, pouf : moi éditeur, j’empêcherais que paraissent des BD plagiant trop ouvertement ce qui a déjà été fait plus brillamment par d’autres. Moi éditeur, je produirais moins de titres mais de meilleur qualité, en demandant à certains de mes auteurs de remettre 100 fois sur le métier leur ouvrage…

J’arrête là parce qu’au bout de 3 anaphores, je vais devenir aussi pénible que l’autre. Mais sur le fond, c’est pas faux ce que j’vous dit : l’envie et la créativité sont souvent là, je n’en disconviens pas, mais il manque à mon sens du boulot, du sens de l’excellence et, du coup, de la rareté. On est ensevelis sous des tonnes de titres, qui sont produits un peu vite, et le lecteur normal (çà y est, je recommence !) ne peut pas s’y retrouver.

Donc, certains chefs-d’œuvre sont injustement ignorés car l’information n’arrive pas jusqu’aux yeux saturés des amateurs… cqfd !
Et là, je dis : « heureusement que Bretagne Actuelle fait le job ! » : les p’tits gars, je vais vous extraire la substantifique moelle de la BD du moment et vous pourrez vous régaler les yeux fermés en allant investir la totalité de votre PEA en albums. Çà sera toujours un meilleur placement que la Bourse !

Ainsi, après ce long préambule mégalomaniaque, j’aborde enfin le fond du sujet, ce pour quoi vous vous êtes rués sur cette chronique, hallucinés par des mois à attendre, les yeux rougis par les nuits sans lune et la vodka sans glaçons : 14 titres vont vous être jetés en pâture, bande de loups-garous sanguinaires, 14 titres dont 1 ou 2 rappels de la période précédente. Énorme ! Vous allez pouvoir vous régaler, laisser de côté votre écran et respirer goulûment la bonne odeur du papier fraîchement imprimé…

J’arrive, j’arrive…
Mais au fiat (lux), quels sont ces titres ?

D’abord, bande de glands, celui qui est indiqué dans le titre ! Sinon, on y comprendrait plus rien à ma chronique, réfléchissez ! Or donc, voici LES CAMPBELL chez DUPUIS, de MUNUERA : une saga familiale bien ficelée, sur fond de piraterie, avec un dessin de très bonne qualité (m’a rappelé un peu les Innommables / Yann et Conrad par moment, mais en plus Disney comme trait…comprenne qui pourra, mais au global, c’est un hommage). Peut-être un peu trop de flash-backs dans cette histoire mais à part çà, un bon album, qui tient ses promesses scénaristiquement et graphiquement parlant. On attend la suite avec impatience : papa et maman vont-ils retomber amoureux après tout ce temps (j’me comprends) ?
Allez vite le chercher dans toutes les bonnes librairies, il est superbement édité par DUPUIS (qui est gentil, si, si).

Chez DUPUIS toujours, je vous parlerais avant tout d’une très belle réédition, augmentée de commentaires et de crobards originaux. En effet, à tout seigneur, tout honneur, je voudrais que vous courriez acheter LA QUICK SUPER (24,00 euros ou 36,00 CHF en Suisse – forcément, qu’il est bête !), une aventure automobile de Spirou et Fantasio, somptueusement dessinée et scénarisée par le maître FRANQUIN ! La Quick Super, voiture symbole de progrès à l’aube des années cinquante et soixante, a été prêtée à Spirou et Fantasio pour les besoins de la rubrique automobile du journal, et elle va leur être dérobée quasi sous leurs yeux. Dans ces quelques pages, on retrouve le goût de Franquin pour l’aventure, le suspense et les voitures, avec ce talent inné pour créer un univers vivant, plein de mouvements, de vitesse, mais aussi de poésie et de beauté graphique. Remastérisée, recolorée, cette édition est augmentée des fac-similés des planches originales et des commentaires de José-Louis Bocquet et de Serge Honorez.
En plus, c’est un grand format (230 x 302 mm), avec 88 pages couleur : trop beau comme disent les djeuns, on en mangerait !

Je veux aussi vous parler d’un autre Spirou, LA FEMME LEOPARD, sorti avant l’été, que j’ai a-do-ré (comme disent les filles cette fois-ci), mais qui est une création de SCHWARTZ et YANN (oui, oui, celui des Innommables, encore eux – fan depuis toujours !).
Voici le pitch de l’éditeur : Bruxelles, 1946. Une implacable canicule s’abat sur la capitale belge, encore très marquée par la Seconde Guerre mondiale. Sur les toits, une femme-léopard fuit, poursuivie par deux robots inquiétants au look de pygmées géants, et trouve refuge au Moustic Hôtel, dans la chambre mansardée du colonel Van Praag, un vieux colon irascible. Découverte par ce dernier, la sculpturale jeune femme est blessée à l’épaule par le vieillard à la gâchette sensible. C’est à ce moment qu’intervient Spirou, un Spirou méconnaissable… qui s’est mis à picoler ! Car, incapable d’oublier la jeune Audrey, l’héroïque groom a pris la mauvaise habitude de noyer régulièrement son spleen dans l’alcool. L’irruption de la femme-léopard, va agir comme un électrochoc sur Spirou, car l’étrange créature va l’entraîner dans une grande aventure africaine à la recherche d’un fétiche volé à sa tribu ! Et après un petit détour par Saint-Germain-des-Prés, Spirou et Fantasio se retrouveront sur la piste de nazis (eh non, ils n’étaient pas tous morts) chercheurs d’uranium qui poursuivent, à coup sûr, de sombres desseins… Voici le retour extrêmement talentueux d’un Spirou plus vrai que nature dans une aventure brusselo-parisiano-africaine dans l’immédiat après-guerre. Franquin doit frémir d’aise là où il se trouve ! Le dessin est top ! Miam ! J’adore !!

Anecdote : ce Spirou est le tome 7 de la série « Le Spirou de… » qui permet à de nombreux auteurs de bande dessinée qui en rêvaient de réaliser une aventure du fameux groom et de faire LEUR « Spirou ». Mais, hasard ou inconséquence d’un stagiaire ayant abusé du vin de la cantine, il est sorti en même temps deux tome 7 du « Spirou de… » Yann et Schwartz !!! Le second, LE FETICHE DU KONGO, est une édition en bruxellois, malheureusement indisponible en France… Vivement que Dupuis pense à nous !

On citera aussi en vrac : 12 Pilotes de Thévenet et Sire, où les auteurs, passionnés d’auto, nous présentent douze pilotes emblématiques des années 1960. De Graham Hill à Jacky Ickx, en passant par Bruce McLaren ou Lorenzo Bandini, ils nous racontent le mythe de la course à travers une fresque graphique et narrative assez unique en son genre. | Millenium de Runberg et Man : qui n’a pas lu le roman et qui ne voudrait pas le relire sous un autre angle ? Et ben voilà, il faut lire cette BD ! | Billy the Cat de Desberg et Colman, ou les aventures d’un petit garçon insupportable qui a révolutionné les codes de la BD jeunesse. Il est méchant avec ses proches comme avec les animaux et, après avoir été tué dans un accident, il se voit refuser l’entrée au paradis.. çà démarre fort ! Mais une seconde chance lui est accordée, celle de revenir sur terre sous la forme d’un chat pour accomplir mille bonnes actions. Billy va alors faire l’apprentissage de l’altruisme et de la bienveillance dans un monde où, s’il se fait de nouveaux amis, il se trouve aussi confronté à de terribles adversaires. L’intégrale d’une série à succès, parue pour la première fois au début des années 1980. | Poussy de Charlier et Hubinon : pour la plupart des lecteurs, Peyo, c’est le père des Schtroumpfs, de Johan et Pirlouit et de Benoît Brisefer. Mais on oublie un peu vite le chat Poussy, auquel il était fort attaché et qu’il anima de 1949 à 1991. Avec cette intégrale au format des planches originales, Poussy retrouve la place qu’il mérite dans l’œuvre de Peyo. | Et enfin les inénarrables Tuniques bleues de Cauvin et Lambil qui atteignent leur 58ème album (!) et où Blutch et Chesterfield sont confrontés à un nouvel ennemi : le scorbut ! Cantonnés dans leurs campements sans apport de fruits et de légumes frais, la situation est grave, d’autant plus que les confédérés pratiquent la politique de la terre brûlée et que l’approvisionnement de l’arrière tarde à arriver. Au grand dam de Chesterfield, mais pour la plus grande joie de Blutch, une mission a priori pacifique mais vitale leur est confiée : trouver et rapporter des légumes et des fruits frais ! Gloups !

Et c’est fini pour DUPUIS !

Chez l’auguste maison SOLEIL, beaucoup de sorties intéressantes, dont celles-ci qui ont retenu toute mon attention – et donc la vôtre :

RAHAN (tome 10 – Prix : 29,95 euros), de LÉCUREUX et CHÉRET : André Chéret a ouvert pour la 1ère fois ses archives et vous pourrez découvrir les versions exclusives en noir et blanc des plus grandes aventures de Rahan, directement tirées des originaux de l’auteur et présentées dans leur ordre chronologique de réalisation ! Un dessin incomparable, très particulier… Mythique – et seul moyen de retomber en enfance, quand on attendait son Pif Gadget avec impatience du haut de ses 10 ans…

Idem pour … PRINCE VALIANT (Intégrale vol.5 : 1945 – 1946 – 24,95 euros), de FOSTER : belle édition pour cette… ré-édition (humour), trésor de l’âge d’or aux États-Unis, œuvre fondatrice de la bande dessinée mondiale, Prince Valiant est un chef-d’œuvre. Bon, OK, c’est un peu daté mais là-aussi, pour le prix d’un restau, vous vous payez une machine à remonter le temps ! Alors en route pour cette nouvelle édition, tip-top en terme de qualité de reproduction (inédite en France d’après l’éditeur), qui vous donnera l’occasion de découvrir ou de redécouvrir ce pur joyau.

VAN HELSING CONTRE JACK L’ÉVENTREUR (Tome 2 : La Belle de Crécy – 13,90 euros), de LAMONTAGNE et REINHOLD : rien que le titre est tout un programme – un peu improbable, je vous l’accorde, mais tellement riche de potentialités ! Jack l’Éventreur court toujours, aussi insaisissable que les brumes qui enveloppent les rues de Whitechapel. Tandis que l’inspecteur Abberline subit les foudres de ses supérieurs, Van Helsing est sur les talons du tueur. Mais est-il vraiment le chasseur ou ne serait-il pas plutôt le gibier : that is the big question ! (Et non the big moustache).

DEEPWATER PRISON (Tome 2 : Le Bloc – 13,95 euros), de BEC et RAFFAELE : c’est assez angoissant comme thème : imaginez que vous êtes condamnés à faire de la prison ? Bon, déjà, c’est dur (surtout si vous êtes innocents comme je le crois, petits canaillous) mais si en plus, la prison est située tout au fond des abysses, sous des centaines de mètres de flotte, alors là, c’est l’horreur ! Claustrophobie… Et malgré çà, de dangereux criminels pensent pouvoir s’évader. Genre…
Bref, leur ticket pour la surface et la liberté, c’est une représentante du gouvernement, piégée elle aussi dans la station engloutie. Mais attention mes petits canards : les eaux sombres environnantes abritent des créatures inconnues et terrifiantes… Brrr ! Ne prenez pas de café en lisant cet opus, où sinon vous ne vous rendormirez pas avant 2 semaines !

Et voilà pour SOLEIL, qui nous éclaire décidément toujours de son héroïc fantaisie (humour encore…, décidément !).

A ce stade, je m’arrête, car vous avez dépensé trop d’argent et vous en avez assez à lire jusqu’à ce que je me décide à écrire une nouvelle rubrique ! De toute façon, les autres maisons d’édition ne m’ont rien envoyé – ou en tous cas, rien d’intéressant … ! Qu’ils se rattrapent, je les attends de pied ferme, sourire aux lèvres et prêt à me plonger dans les pages fraîches de leurs nouveautés neuves !

Les Campbell Tome 2 « Le redoutable pirate Morgan », 56 pages – Dessinateur & scénariste : Munuera – Couleurs : Sedyas – Lettrage : Philippe Glogowiski – Éditions Dupuis – 13,95 € (pour pas dire 14 !) mais çà va, c’est un bon rapport qualité/prix…

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