Alain Rémond « Tout ce qui reste de nos vies » HermineHermineHermine

Le livre d’Alain Rémond se tient serré dans la main. En peu de page de format étroit, il revient sans relâche sur cette mémoire cruelle et douloureuse de ses chers disparus.


Alain Rémond « Tout ce qui reste de nos vies »

Rogations laïques que ces livres égrenés par l’ancien pensionnaire à Dinan. Les bonnes sœurs l’y humilièrent en refusant de laver ses vêtements si usés. Qu’à cela ne tienne, le boucher de Trans trouvait à tel bistrot un ballot de linge sale chaque jeudi de marché et le remplaçait par un ballot de linge propre et repassé par « le fer de fonte » maternel et ravaudé s’il le fallait pour la centième fois.
Alain Rémond écrit, phrases courtes et souffle exalté, des tombeaux infinis. Il demande sans fin « pardon ». Pardon de ne pas avoir compris et de ne pas comprendre tout de ses parents et de leur survivre en dépassant désormais l’âge qu’ils avaient en mourant, si jeunes et épuisés, lui le cantonnier syndicaliste et elle, la mère de famille si nombreuse, vaillante et vertueuse.
Alain Rémond creuse et recreuse le sillon « de ma faute à moi ». Il stoppe devant les « croix de pierre » de ses souvenirs. Il a sa religion propre dont les rituels sont issus des séminaires et l’évangile a pour apôtres ses frères et sa soeur Agnès, dont la Seiche a charrié le corps, maladroitement repris par « la gaffe » des pompiers.
L’écriture d’Alain Rémond est naïve, à la limite du gnangan et forcément juste : les papiers sous lesquels ils ploient, certains en manquent tellement. Il va au fond de ce que sans papier veut dire. Il décrit ces files d’attente au guichet où l’absurde rejoint le sadique quand il faut faire la queue des heures pour savoir quel papier manque au manque de papiers. Quid de l’identité ?
Quid de l’humiliation dont l’identité porte le nom.
Lui, l’auteur dit de son écriture qu’elle lui permet de « faire la paix », de se mettre d’aplomb avec tous ses silences infiniment perdus et ses fils définitivement coupés.
Alain Rémond écrit des tombeaux et parfois aussi, pour son premier petit fils, le bien nommé Jacob, des pages en berceau qui assurent qu’aux papiers de crèches  qu’on foule au pied s’oppose la joie d’écrire et d’infiniment renaître.



Seuil, 106 pages, 14€ 50

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