Des noirs, des blancs, des chinois… Et des milliers de vinyles afro américains. Le dernier Michael Chabon est aussi fou qu’un Tarentino. Bientôt aussi culte ?
Le cœur du système est là : Brokeland sur Telegraph Avenue, Oakland, Californie. Une petite boutique pour cinglés de vinyles soul, funk, jazz et autres bizarreries afro américaines tenue par deux fondus attachants : Archy Stallings et Nat Jaffe. Et voilà que tout part en sucette avec l’arrivée programmée d’une grande surface du disque. David contre Goliath bien sûr. Mais beaucoup plus que cela grâce à l’imagination de Michael Chabon. Car sur fond de black culture, le lecteur plonge au cœur de deux familles : Archy et Gwen d’un côté et Nat et Aviva de l’autre. Et l‘on découvre que les premiers sont noirs (Gwen veut pourtant dire « blanc » en breton…) et les second sont blancs avec un fils appelé… Julie ! On comprend rapidement que nos certitudes peuvent s’envoler au détour de n’importe quelle page comme un super marché peut souffler un petit disquaire de quartier. Oui, la vie n’est pas un long fleuve tranquille, notamment entre Julie et Titus, le fils surprise d’Archy. Dans une ambiance digne du meilleur Tarentino (mais en existe-t-il un mauvais ?), on découvre un aïeul ex star de Blaxploitation, une vieille chinoise maitre Kung Fu, des voyous croques morts, une fanfare lesbienne, etc. Bref un univers complètement déjanté transformant ce quartier en comedia dell Arte et la boutique en agora quand ce n’est pas le dernier endroit à la mode pour honorer ses morts. Et bien sûr, des dizaines de vinyles (avec leurs références !) qui rythment le sillon de ces vies mal rangées à l’avenir bien surprenant et pourtant mainte fois annoncé. Les fans de black music trouveront ici un hymne à l’amour comme le fut en son temps « High fidelity » pour les amateurs de rock. Pour tous les autres, c’est avant tout un excellent roman d’un écrivain juif américain blanc qui a déjà vu un de ses ouvrages adapté au cinéma en 2000 : « Des garçons épatants ».
« Telegraph Avenue » par Michael Chabon aux éditions Robert Laffont – 620 pages, 23€












