Le groupe mexicano-brestois est de retour. Après euphorisant Porn Pixel, sorti il y a un peu plus d’un an, les catcheurs masqués remontent sur le ring pour défendre Death by Muerte, leur deuxième opus. Un deuxième opus nettement plus sombre où, aux pistes 8-Bits et Chip Tunes, se mêlent les influences de la cold wave et de la dark pop. Rencontre avec El Gordo, l’un des trois trublions de cette formation, qui nous en dit plus sur cet album aussi envoûtant qu’efficace.

Des catcheurs mexicains qui échouent à Brest et se mettent à faire de la musique, ce n’est pas très courant. Pouvez-vous revenir sur l’histoire du groupe en quelques mots ?
El Gordo : Nous étions trois catcheurs au Mexique et nous avons été virés par la Ligue professionnelle pour des coups irréguliers à répétition lors des combats. Les spectateurs appréciaient mais les responsables de la ligue de Catch beaucoup moins et ils ont décidé de nous poursuivre. Nous avons alors pris la fuite en pédalo au départ de Guadalajara, qui comme chacun sait est près de la mer  et, après 40 jours et 40 nuits à dériver sur l’océan, nous sommes arrivés à Brest, de nuit et dans des conditions rocambolesques.

Et la musique, dans tout ça?
Durant notre traversée nous avons remarqué qu’El Flaco (le maigre) avait une jolie tessiture de voix quand on le torturait avec El Loco (le Fou). Il arrivait à sortir un La parfait dans les aigus et on s’est dit qu’il ferait une bonne voix de tête. C’est de là qu’est née l’idée de nous lancer dans la musique. De toute façon notre avenir de lutteur semblait compromis à Brest où la discipline n’est pas très développée.

A peine un an et demi après la sortie de votre premier album, Porn Pixel, vous sortez Death By Muerte, votre deuxième opus. Vous n’avez pas perdu de temps…
Nous avons une envie compulsive de créer, de sortir des trucs et de les partager. Nous sommes une machine à créer. D’ailleurs, nous avons déjà composé la plupart des morceaux du troisième album.

Déjà ?
Oui. Nous avons l’ambition de sortir trois albums en trois ans. Dans l’époque actuelle, ce serait un non sens total de pouvoir y parvenir. Ensuite, après ces trois albums, nous sortirons un best of réunissant tous nos  tubes mais remixés. Ce serait à la fois énorme et très prétentieux !

Pour en revenir à Death by Muerte, comment s’est déroulée la réalisation de ce disque ?
Cet album est le fruit d’une bonne année d’enregistrements et de bidouilles. Sur le premier album, nous avions essayé plein de trucs et étions un peu partis dans tous les sens, avec des morceaux électro pop, punk voir dub. A l’inverse, ce deuxième opus est plus massif, plus cohérent et surtout plus sombre. Durant la composition nous nous sommes, sans doute, laissés envahir par les mauvaises pensées qui émanent du monde à l’heure actuelle et nos compositions se sont teintées d’une touche de Dark Pop. Avec ce disque, nous avons, je crois, trouvé notre voie.

Vous n’avez pas abandonné pour autant vos influences 8 Bits…
En effet, il y a toujours des pistes  8-Bits et Chip Tunes. C’est une couleur. Il y a un côté régressif avec le 8-bits car, pour toute une génération, cela ramène à l’enfance. Et composer avec de tels sons nous permet donc de renouer avec nos âmes d’enfants.

Où avez-vous enregistré Death By Muerte ?
Nous l’avons enregistré à Brest et ensuite nous avons envoyé les prises à Reykjavik  à Ingolfur Arnasson, un super ingénieur du son islandais, afin qu’il apporte un regard et une patte froide sur le disque.

Certaines sonorités de ce disque évoquent la cold wave, la dark wave. Quelles sont vos influences en la matière ?
Oui, certains sons portent l’empreinte des 80’S. Parmi nos influences, on peut citer Minimal Compact, mais aussi, plus proches de nous, des groupes comme Arcade Fire et LCD Soundsystem. Nous avons également beaucoup écouté d’électro pop chantée. Car nous avons pour ce disque beaucoup travaillé sur les voix et les harmonies vocales, ce qui permet d’apporter un peu d’humanité à une musique en partie composée avec des machines.

Sur Porn Pixel, vous rendiez hommage à George Best, célèbre joueur de foot de Manchester United, dans les années 60/70. Sur Death By Muerte, vous dédiez une chanson à Bruno Grougi (Saint Bruno Grougi) du Stade Brestois 29. D’où vous vient cette passion du ballon rond ?
Cela vient de nos origines mexicaines. Car, peu de gens le savent, mais le foot trouve ses origines dans la culture maya où on jouait  avec la tête de personnes sacrifiées. Et pour ces dernières, croyez-moi, c’était un honneur de servir de ballon. Je pense que notre attachement au foot est intimement lié à nos racines. D’où le morceau Saint Bruno Grougi, qui rend hommage à cette figure emblématique du SB29.

Pourquoi n’y a-t-il pas de livret avec le CD ?
Pour des raisons économiques. Mais les gens sont invités à télécharger le livret en format PDF sur notre site et à le fabriquer et customiser eux-mêmes. Enfin, s’ils le souhaitent, évidemment…

Propos recueillis par Erwan BARGAIN

La Lucha Libre : Death by Muerte (Pay Day Records/Coop Breizh)
Premier album Porn Pixel (Pay Day Records/Coop Breizh), toujours disponible
En concert le 11 avril à Braspart (première partie d’Asian Dub) et le 13 mai à l’Ubu, à Rennes.

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