La Nuit Mac Orlan, nous invite à suivre les aventures de Marin, venu à Brest sur les traces de l’ultime manuscrit inédit de Mac Orlan. Se dévoile alors une cité des Ponant « mythologique » qui nous séduit infiniment : c’est celle de Mac Orlan bien entendu mais aussi, en creux, celle de Genet, de Kerouac…
Que savons-nous de Pierre Mac Orlan qui ne s’appelait même pas vraiment ainsi ? A vrai dire peu de choses. Nous colportons toujours les mêmes anecdotes pauvres : jeune, il aurait vécu près de Brest, laquelle lui aurait inspiré le texte de la chanson Fanny de Laninon, les romans L’Ancre de Miséricorde et Le Quai des brumes, la nouvelle Port d’eaux mortes. Au mieux, nous nous souvenons encore de sa juste évocation de la Penfeld au sein de Villes, l’un de ses derniers ouvrages : « Les vedettes parcourent ses eaux calmes ; des remorqueurs tracent dans ses eaux sombres des sillons de charrues laborieuses, les destroyers se groupent autour de leur horloge commune ». La lecture de La Nuit Mac Orlan, superbe B D d’Arnaud Le Gouëfflec et Briac, ne nous en apprendra guère plus d’un strict point de vue biobibliographique mais elle nous plongera d’emblée, et pour nos délices, dans la manière palpitante de l’écrivain qui considérait que « l’aventure n’existe pas. Elle est dans l’esprit de celui qui la poursuit, et dès qu’il peut la toucher du doigt, elle s’évanouit pour renaître bien plus loin, sous une autre forme, aux limites de l’imagination ».
L’imagination d’Arnaud Le Gouëfflec, elle, n’a guère de limites : elle le mène à créer une palpitante histoire noire qui conduit son héros, Marin, venu à Brest sur les traces de l’ultime manuscrit inédit de Mac Orlan, dans les lieux les plus interlopes de la cité du Ponant. Ce « Brest mythologique » nous séduit infiniment : c’est celui de Mac Orlan bien entendu mais aussi, en creux, celui de Genet, de Kerouac, de Philippe S. Hadengue, d’Hervé Carn ou d’Alexis Gloaguen. C’eût été aussi celui de Bove ou de Carco s’ils y étaient venus. Surtout, c’est le nôtre, tel exactement que toujours nous le rêvons quand nous remontons sous la pluie bleue l’escalier à double volée qui mène du port au Cours Dajot ou quand nous longeons, un peu tremblants, un peu hagards, les murs hérissés de tessons de l’enceinte de la prison de Pontaniou.
Les planches de Briac, pétries de toutes les déclinaisons du noir et du gris, mais aussi des rouges et des verts éclatants – rappel obstiné des bouées bâbord et tribord qui balisent l’entrée vers les bassins et les docks – rendent à la ville ainsi magnifiée sa plus belle justice. Splendeur vraiment de ses grues et de ses trams, des hautes tours carrées de sa gare et de son monument américain, de ses ponts et de ses places. Le lettrage sensible et précis de Philippe Marlu, artiste complet qui évolue dans le même univers mental que Le Gouëfflec et Briac (que l’on songe seulement à sa chanson Jésus–La-Caille, inspirée du roman éponyme de Francis Carco), parachève ce petit bijou brestois et universel.
La nuit Mac Orlan, Arnaud Le Gouëfflec (scénario), Briac (dessin) – Lettrage de Philippe Marlu – Editions Sixto, 54 pages, 15, 90 euros












