Jusqu’au 7 septembre, « Langue des oiseaux et coq à l’âne » expose au Frac de Rennes affiches, objets, photographies et sculptures de Raymond Hains. En bonne compagnie d’artistes qui travaillent également sur le langage et ses écarts, cette exposition rend hommage à un homme qui a joué sur les mots et qui continue de montrer entre eux les collisions, les vide et les remplit.

Entre St Brieuc et le monde, entre le magasin Richard et la rue St Guillaume, il y a Paris. Entre le chantier du Val et le dormeur, il n’y a pas que Rimbaud. Entre Lacan et le freudienpetit Hans, il y a Hains.

Hains Raymond.

Un natif comme on dit.

Entre Guilloux et lui, il y a tous les il y a qui rejoignent, disjoignent, jointent et adjoignent voire dégomment les murs, les transforment en palissade d’images et de lapalissades. Rien n’est plus évident que Hains. Courir ces temps-ci au Frac Bretagne qui, avec sa discrétion habituelle, consacre ses trois nefs autour deHains.

Hains joue sur les mots, montre entre eux les collisions, les vide et les remplit. Les mots de Hains se peignent et s’ébouriffent, se shampooinent et s’empoignent, se grattent, se teignent, s‘éclatent, se collent et se décollent (vents du nord, pluie battante). Les mots de Hains calembourisent, se carambolent et sont volages. Ce sont les nôtres quand on se balade en ville ou quand on se barre hors les fortifs (ou les rocades à présent) et qu’on voit le panneau d’un bled et qu’on se dit que ce nom-là nous dit quelque chose, à Clamecy par exemple, Hains pense à clamecer.

Rien de triste ici, mais une longue encyclopédie des signes et des intersignes, moitié médiumnique, moitié briochin. Il faut dire que Hains, né rue St Guillaume à St Brieuc a prolongé passage St Guillaume à Paris pour finir, à Montparnasse, dans la rue d’Odessa, vu sur les néons de l’être.

Hains se fout des temps et des espaces, il permute, percute, il lit tous les auteurs en même temps, en rajoute, en ôte, il pille, il arrache, il découpe, met en fiches, maitre mot de Hains qui lui vaut livre et fut une expo : la boite à fiche l’affiche !

Hains lit les grecs et ses contemporains, adjoint Pollock à Restany, relie Lady Mond et Duguay-Trouin via le bleu de Klein et surprend les lignes de Buren sur le Récamier où Gide et Guilloux conversent.

Hains est de St Brieuc, comme Villiers de l’Isle-Adam, voir au Jardin des promenades son buste qu’Hains évidemment photographie. La photo sur alu, voilà son affaire, comme une vieille enseigne d’engrais posée sur un hangar (la Cigogne) ou de banque (la Ruche). Hains sur alumine sa photo, les dossiers confidentiels de Guilloux, la rouge de Grasset soudain brûle les quinquets comme l’appel d’un bar.

Hains est de St Broc comme Saint Jarry des choux, comme Le Braz de Duault ou de Port Blanc, c’est selon où Hainsprend en photo le panneau. Hains est intime de René de Chateaubriand, il le connaît comme sa poche, grand béatifiele Grand Bé et petit bétise le Petit. Bien sûr Renan compte de ses amis, et bien entendu les grilles du lycée où je suis moi-même allé au lycée, il les montre vues d’en bas, panneau de stationnement interdit compris. Et Guilloux, là, vaut mieux se taire.

Attendre que tout le monde relise Guilloux. Attendre que Palante, Lequier, Lambert, Auguste Boncors (de Rostrenen), Coatgoureden ou Grenier soient un jour panthéonisés par les sables de la baie, les estrans d’oiseaux et les remugles vaseux du port du Légué, Sous-la-tour.

Hains avait un père peintre à St Brieuc qui peignait les lettres, un lettriste en quelque sorte, faiseur d’enseignes. Une des raisons pour lesquellesHains est donc devenu RaymondHains.Ami de Lacan, de Guilloux, de Duchamp et de Deschamps, ami de Dufrêne et lecteur de Ponge, copain des cageots et manufacteur poétique. On connaît d’Hains ses affiches décollées, ses lambeaux aux murs arrachés, ce mai 68 permanent comme d’autres ont déclaré le coup d’Etat,De Goll vous savez. On connaît d’Hains son compagnonnage avec le quimpérois Villeglé, lacérateur vigoureux tout autant de murs que de cieux, le Frac Bretagne nous montre beaucoup plus large, plus vaste, plus ouvert, plus drôlissime, un artiste de dix-sept ans, pas sérieuxdonc qui est Hains et indivisible.

Hains et Villeglé ont fait les Beaux-Arts de Rennes. Raison de plus pour considérer leurs œuvres comme proches, nous correspondant au mieux, de la famille quoi ! Entre Luzel, Le Braz et les collecteurs d’art, il y a tous ces gusses mal fagotés, Hains, mort en 2005 et né en 1926, était un type plutôt rond et jovial et certains clichés de lui, en ombre sur bitume et soleil couchant avec parapluie nous étonnent sans leur machine à coudre.

Courons à Beauregard. Pour une fois qu’une expo peut être visitée par des enfants. Ici, un écouteur d’oiseaux les entraîne au ciel, ici les téléphones à l’ancienne, avec cadran et crayon à papier dans le trou pour que ça ne glisse pas et qu’on rate moins son coup, se tournent et se retournent en boucle, YesDarling

On le voit ce qui tourne autour d’Hains est multiple et sûr qu’aujourd’hui, dans cette expo intitulée Langue des oiseaux et coq à l’âne, l’unité d’Hains nous démultiplie.

Gilles CERVERA

Bon à savoir
Exposition « Langue des oiseaux et coq à l’âne » au Frac, 19 avenue André-Mussat, Rennes
Jusqu’au 7 septembre, du mardi au dimanche, de 12 h à 19 h
Entrée 3 € et 2 €, gratuit le premier dimanche du mois. Visites accompagnées le samedi et le dimanche à 16 h.

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