Loin des sombres fictions de ses premiers récits, Olivier Adam livre, sans jamais peser, une part de lui-même et nous conduit au plus profond de ses zones sensibles.


Ecrivons-le d’emblée : ce livre est passionnant. Le narrateur est une sorte d’anti-héros dont les battements de cœur ne sont pas ceux de tout le monde. Sa passion de l’écriture en témoigne :

« Ecrire avait toujours été pour moi le seul moyen de me connecter au monde, de le sentir, d’en éprouver la texture, de m’assurer de son existence et de la mienne au passage […]

  Sans lieu d’attache véritable, il a choisi de vivre «  en lisière ». Car, c’est en lisière de lui-même qu’il peut le mieux respirer, fuir la « Maladie » qui le rattrape parfois. D’abandon en abandon,  rupture après rupture, il s’est éloigné de sa femme comme de ses parents, de ses amis … Naviguer dans le quotidien, apparemment ordinaire de Paul, est parfois une épreuve.

Et c’est de manière aigüe que nous ressentons l’arrachement de  la séparation, pourtant souhaitée d’avec Sarah et ses enfants. Cependant, le chemin de croix qu’il s’inflige en retournant chez ses parents va permettre de rompre les digues de protection patiemment construites, de part et d’autre, au fil des années et de renouer enfin un véritable contact avec eux.

Mais, au-delà de ce huis-clos familial, ce qui nous pousse, ardemment, d’une page à l’autre dans ce  récit, c’est  l’écriture d’Olivier Adam qui, sans paraître jouer sur nos émotions, nous conduit insensiblement à surfer  dans les espaces troublants de sa pensée et de son extrême sensibilité. Son style, direct, est adouci d’images qui transportent. Et il sait, mieux que quiconque, transformer en pépites des instants voués au cafard :

« Dans l’appartement, le silence était rempli d’oiseaux. Au crépuscule, ils gueulaient comme s’ils craignaient que la nuit ne les emporte. »

Ou, au contraire, la rareté magique de beaux moments :
« …ces deux jours filaient comme des coulées d’or pur. »
Un livre bouleversant, une leçon d’écriture contemporaine.



Les Lisières – Olivier Adam, Ed. Flammarion, 454p, 21 €

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