Pianiste émérite… Compositeur reconnu… Chef d’orchestre de haute volée… Leonard Bernstein est l’un des musiciens les plus influents du XXe siècle. Après Mozart, Chopin, Bach et quelques autres, Marianne Vourch raconte cette fois un musicien de notre époque. Qui était véritablement Léonard Bernstein ?

Léonard Berstein est à la musique classique du XXe siècle ce que Socrate est la philosophie : un point de rupture. Il y a avant et après lui. Comme il existe des présocratiques et des post-socratiques, nous avons des pré-bersteiniens et des post-bersteiniens. Que l’on soit mélomane ou non, tout le monde connaît sa musique puisqu’il est l’auteur de la plus célèbre comédie musicale au monde, West Side Story, inspirée du Roméo et Juliette de Shakespeare. Bernstein en conflit avec lui-même comme les Jets et les Sharks, ces deux bandes de jeunes luttant pour le monopole du territoire de l’Upper West Side à Manhattan. Tout le spectre des émotions humaines prend corps à travers la musique de Leonard Bernstein. Ce journal intime apocryphe raconte un homme dont la vie et l’œuvre furent génialement contemporaines.

Premières années

1924. Le jeune Léonard a six ans. Ses parents ont à la maison quelques disques religieux juifs… yo-yoy-oy… et son père, Samuel, aime les accompagner en chantant comme il le fait à la synagogue. « Je suis assis à côté de mon père. Il me tient la main. Comme tous les vendredis soir, nous sommes au temple […] de la prière. C’est la synagogue […] la plus prestigieuse de Boston ! Notre rabbin nous parle en anglais. Heureusement, car je ne comprends pas encore l’hébreu. » Ce père soucieux de la transmission religieuse est arrivé aux USA en 1908. La famille vient d’Ukraine. Samuel a une sœur cadette et une tante haute en couleurs, Clara, qui bientôt déménage sans pouvoir emmener son piano qu’elle offre à Léonard. « Depuis que papa et maman ont mis le piano de tante Clara dans le couloir, je passe mes journées à jouer dessus tout ce que j’entends à la radio. C’est fantastique ! […] Je suis le roi de mon piano et tant pis si mon père hurle pour que j’arrête ! »

Les années passent. Voici déjà l’âge de la Bar-Mitsva. Puis celui du premier concert. « Papa et moi allons pour la première fois au concert. Nous découvrons le Boléro de Ravel ! Je n’ai jamais ressenti une telle folie en moi ! Et Papa a été totalement fasciné par cette œuvre. Elle lui rappelle à la fois les champs hébreux et les mélismes arabiques. » Léonard réclame à son père l’argent nécessaire afin d’acheter la partition du Boléro. « Quand je pense qu’il y a quelques jours, il me demandait encore si je ne voulais pas devenir rabbin… » Hélas ! Samuel Bernstein n’assistera pas au premier concert de son fils donné en juillet 1934 ; Leonard y joua le premier mouvement du concerto pour piano de Grieg. Son père est toutefois fier de lui. « J’ai dix-sept ans, et mon père est fier de moi ; j’étudie à l’université de Harvard. Je me suis inscrit au cours de littérature anglaise dont j’ai toujours été curieux, d’italien, car je veux lire Dante dans le texte, et d’allemand, pour lire, Faust. »

De Gershwin à Kunihiko

Marianne Vourch signe une histoire en sept chapitres dans une continuité passionnante à destination de tous les âges et pour tout public. Jeunes ou moins jeunes, néophytes et mélomanes, passionnés ou moins convaincus, nul doute que chacun trouvera un intérêt à la lecture du Journal intime de Léonard Berstein. Ses influences variées – entre autres les compositeurs George Gershwin et Gustav Mahler, également la chanteuse Billie Holiday – prouvent à quel point l’amplitude des intérêts de Lenny était vaste. Sans oublier une vie privée pour le moins mouvementée. Outre son mariage avec l’actrice Felicia Montealegre, ses amours masculines restent célèbres, dont celles avec son professeur Dimitri Mitropoulos, également avec le compositeur Aaron Copland, en passant par un jeune Israélien qui lui servit de guide lors d’un séjour à Jérusalem ; autant d’éléments attestent à quel point Leonard Bernstein était inclassable.

Le récit de Marianne Vourch prend fin à l’époque où Lenny rencontre Kunihiko Hashimoto, un Japonais de trente-cinq ans son cadet. Nous sommes en 1979. Leonard Bernstein dirige le New York Philharmonic à Tokyo. A la fin du concert, il le croise Kunihiko dans les coulisses, le jeune homme travaille dans une compagnie d’assurances, s’en suivra une correspondance passionnée découverte après le décès du compositeur. Cette histoire n’a été révélée qu’en 2019. « Je ne peux pas lâcher ma baguette de chef d’orchestre… Ni mes cigarettes d’ailleurs. […] À présent, je peux dire que ma vie est accomplie. J’ai 63 ans. Je n’ai jamais rien fait de si beau. Tout m’est indifférent maintenant. Mazel tov ! » Léonard Bernstein s’est éteint le 14 octobre 1990 à New-York des suites d’une pneumonie. Les cigarettes lui ont coûté la vie. Il avait 72 ans.

Trois fois oui… oui… oui…

La musique n’est pas que la musique. Ce serait trop simple. Il est essentiel de la ramener à la sphère spirituelle. Elle touche, insinue, évolue à travers nos sens et, pour la comprendre, Marianne Vourch prend la plume de chacun des artistes dont elle raconte la vie au fil d’un journal apocryphe. Ses livres sont un voyage par la transmission, une forme de partage en progression sur des passerelles propres à chaque musicien. Tous les grands compositeurs se sont consacrés à construire ce qu’ils sont devenus. Cette abnégation relève du sacerdoce. Léonard Berstein n’y échappe bien évidemment pas.

Faut-il lire le Journal intime de Léonard Berstein. Oui… Oui… Oui…Trois fois oui. Parce que tout le monde connait sa musique sans savoir qui était véritablement l’homme ; entendu que l’existence d’un artiste inspire toujours son œuvre… Également parce que la découverte d’un génie ne peut être qu’inspirante… Et s’il ne fallait retenir qu’une seule raison de lire ce journal, ce serait d’avoir envie d’écouter Léonard Bernstein en refermant la dernière page… Marianne Vourch a le talent rare de la transmission. La vigueur de son livre marque un pas de côté dans les niaiseries éducatives actuelles. Merci.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Avril 2025 –Esperluette Publishing & Bretagne Actuelle

LE JOURNAL INTIME DE LEONARD BERNSTEIN, un livre de Marianne Vourch aux éditions Villanelle, 95 pages glacées avec illustrations couleurs et photographies N&B– 24,00 €

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