G.I. gay : une bande dessinée de Muñoz & Alcante HermineHermineHermine

G.I. Gay. Titre court pour une histoire de haute volée traitant d’un thème universel : l’amour. Mais pas n’importe lequel ! L’amour qui s’impose malgré nous lorsque les circonstances s’y opposent.

A l’origine de cette bande dessinée, il y a une loi étasunienne (Don’t ask, don’t tell) abrogée en 2009, ouvrant ainsi la possibilité d’une carrière militaire aux homosexuels du pays. Un point d’histoire difficile à comprendre pour les Français puisque, depuis 1804, grâce à Jean-Jacques de Cambacérès, le code Napoléon n’instaure aucune discrimination relative à la sexualité dans quelque domaine que ce soit. Ce n’était pas le cas aux États-Unis avant l’élection de Barack Obama. Une réalité taboue acculée par l’évolution des mœurs que retracent ici Muñoz & Alcante à travers le difficile combat d’hommes et de femmes en regard d’une des nombreuses ségrégassions sur lesquelles s’est construite l’histoire des USA.

Une histoire simple

Décembre 1941. Le jeune psychiatre Alan Cole exerce à l’hôpital de San Diego lorsque les évènements de Pearl Harbor poussent les États-Unis à entrer en guerre contre le Japon. Exempté de conscription, il décide toutefois de s’engager sous la pression de son futur beau-père, général à la retraite souhaitant marier sa fille à un « vrai homme ». Alan devient l’examinateur psychiatrique des nouvelles recrues, avec pour objectif d’écarter ceux dont le comportement pourrait nuire à la cohésion des troupes : délinquants… alcooliques… et surtout homosexuels considérés comme des « sous-hommes » incapables de se battre. Une histoire simple, en quelque sorte, seulement voilà ! Les impondérables sont toujours là où personne ne les attend. Alan Cole rencontre Merle Gore, jeune GI plein d’assurance, et… il va en tomber amoureux. Ensemble, Alan et Merle devront survivre aux offensives des Japonais, mais aussi et surtout aux purges homophobes de l’armée US.

APPROVED or REJECTED

Approved or Rejected. Voici dorénavant la décision que devra prendre le docteur Cole concernant ces jeunes hommes. Nombre de militaires furent ainsi exclus, y compris une fois incorporés après découverte de leur (parfois supposée) orientation sexuelle. Tiraillé entre sa conscience et les ordres reçus, Alan Cole s’oppose à une injustice irrationnel et contre-productive, a fortiori dans un pays considéré comme la plus grande démocratie au monde. Le scénario du Belge Didier Swysen (dit Alcante) s’intéresse aux dessous peu flatteurs de l’armée américaine. On y découvre l’effroyable sélection lors de recrutements moyenâgeux n’ayant rien à envier aux pires dictatures : Corée-du-Nord… Cuba… URSS… pays musulmans… si ce n’est que nous sommes au États-Unis au beau milieu du XXe siècle.

Un documentaire instructif

G.I. Gay se lit comme un documentaire à la narration instructive. Si l’histoire est fictive, elle s’inspire de faits réels. Le récit place les lecteurs face à moult absurdités impossible à concevoir tant elles paraissent ineptes. Les auteurs ne jugent pas. Ils constatent sans aucune provocation ni fausse morale. Seuls les faits sont illustrés par le biais d’un dessin réaliste donnant une valeur de témoignage ; il s’agit d’un amour impossible, tel celui de Tristan Yseult… sans oublier Roméo et Juliette… et pourquoi pas La Symphonie pastorale de Gide, en ceci que G.I. Gay aide à comprendre l’intérêt de la tolérance aux plus jeunes : que chacun fasse le bien, en accueillant, en faisant découvrir et donc ouvrir les esprits au monde qui nous entoure. Bien plus qu’utile, cette bande dessinée est indispensable. Une illustration complète de l’amour, quel qu’il soit, et plus fort que tout.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Décembre 2024 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

G.I. GAY, une bande dessinée de Juan Muñoz & Alcante aux éditions Dupuis/Aire Libre, 128 pages couleur 237 x 310 mm – 26,00€
Tirage de tête à 777 exemplaires avec une jaquette spécifique et frontispice numéroté – 38,00€

 

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie BD