Avoir une biographie de son vivant, ce n’est pas si courant. Et pourtant c’est aujourd’hui le cas pour le Breton Jean-Pierre Boulic dont l’universitaire et écrivain Alain-Gabriel Monot raconte l’original itinéraire en poésie Il est accompagné dans son livre par la photographe Aïcha Dupoy de Guitard qui s’est rendue en pays d’Iroise, sur les lieux où vit le poète.

Il y a des poètes qui sont ou ont été enseignants, bibliothécaire, marin-pêcheur, employé du tri postal, fonctionnaire, moine … Le cas de Jean-Pierre Boulic est aussi très particulier. Voici un poète qui a fait toute sa carrière professionnelle dans la banque, très précisément au Crédit Lyonnais. Un tel cas de figure ne pouvait pas ne pas intéresser Alain-Gabriel Monot, déjà auteur de la biographie de poètes au parcours très particulier. On pense à l’ouvrage qu’il a consacré à Louis Bertholom, infirmier en psychiatrie et rockeur, sous le titre Le poème comme un cri (Yoran Embanner, 2020) ou encore à la discrète et talentueuse institutrice Emilienne Kerhoas dans son livre Soie de feu sur l’étoffe du ciel (Calligrammes/Bernard Guillemot, 2023).

En intitulant Bleu est le paysage le livre sur Jean-Pierre Boulic qu’il a conçu avec Aïcha Dupoy de Guitard, Alain-Gabriel Monot fait référence à ce vers du poète dans Enraciné (La Part Commune, 2023), un de ses derniers recueils : « Ferme les yeux écoute/Bleu est le paysage/C’est l’hymne de la beauté ». Nous sommes en effet à la pointe du Finistère, un territoire que Jean-Pierre Boulic arpente avec ferveur et qui constitue la matrice d’une œuvre « attentive à la beauté fragile des êtres et des lieux », comme le note Alain-Gabriel Monot.

Jean-Pierre Boulic (au patronyme « bien de chez nous ») est d’une famille originaire de Brest mais c’est un enfant de l’exode. Il naît en 1944 dans le Loir-et-Cher de parents fuyant les bombardements de la grande ville du Ponant. Mais après la guerre, il fera ses études à Brest. Événement marquant : les conseils avisés d’un professeur de français du collège Charles de Foucauld qui le conduira sur les chemins de la poésie. On sait ce que Albert Camus doit à son instituteur Monsieur Germain comme il le raconte dans son livre Le premier homme (Folio). On pourrait parler de la même façon d’un certain monsieur Pronost qui déclare un jour au jeune Jean-Pierre : « Vous écrivez avec des images et des couleurs, vous devriez lire des poètes ». L’enseignant lui confie des livres de Cadou et de Le Quintrec. C’est le déclic. Suivra la découverte des œuvres de Mounier, Bernanos, Maritain… et de tant d’autres.

Il faudra attendre son départ de la banque…

Alain-Gabriel Monot raconte comment cette vie bifurquera vers le monde de la banque et non pas celui de l’enseignement, comme Jean-Pierre Boulic l’avait d’abord envisagé. Carrière brillante menée dans plusieurs villes de France et publication d’un premier livre en 1976 sous le titre Anne de la mer deux ans après avoir écrit à Charles Le Quintrec. Au fil de son livre, Alain-Gabriel Monot fait état de toutes les rencontres ou échanges épistolaires que le poète put entretenir avec des écrivains au cours de sa carrière, renforçant ses convictions de poète. Mais il faudra vraiment attendre son départ de la banque en 1999 pour qu’il se fasse véritablement connaître comme poète. « A partir des années 2000, Jean-Pierre Boulic publie en recueils successifs tous les poèmes écrits depuis les années 1970/1975 », note Alain-Gabriel Monot. « La poésie lui apparaît comme le contraire de la paresse spirituelle. Elle est une force pour aimer la vie, une présence intérieure », ajoute-t-il. Le poète n’a jamais renié le terme de poète chrétien qu’on peut lui accoler et le choix de ses poèmes publiés dans ce livre l’atteste s’il en était besoin.
Quant à la photographe Aïcha Dupoy de Guitard, elle nous montre le poète à l’écoute attentive des dunes, des plages, des criques, des estrans et des sous-bois, dans la proximité du port du Conquet et dans la fidélité à des chapelles quoi parsèment le paysage. « C’est l’heure/C’est maintenant/Les yeux de la rosée s’émerveillent/De la clarté de l’herbe », écrivait Jean-Pierre Boulic dans Prendre naissance (La Part Commune, 2017). A 80 ans, il poursuit inlassablement son chemin, annonçant dès à présent trois nouveaux recueils.

Pierre TANGUY.

Bleu est le paysage, la vie en poésie de Jean-Pierre Boulic, Alain-Gabriel Monot et Aïcha Dupoy de Guitard, éditions A l’Ombre des Mots, collection L’œil du ciel, 167 pages, 22 euros.

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