Question disquaire, le nord de la côte bretonne commence à être bien maillé : Saint Malo, Saint Brieuc, Guingamp, Lannion et désormais Paimpol. Il ne manquerait plus que Roscoff ! Avis aux amateurs. Ouvert depuis le 5 juillet 2024, Le Chant de l’Ankou est le dernier venu. Au cœur du centre-ville, mais à l’abris de la cohue estivale de l’artère principale, il faut clairement être curieux pour la découvrir. Et éviter le mercredi, jour de marché, pour espérer se garer à l’autre bout de la ville en moins d’une heure !

« Dans la mythologie celte, l’Ankou symbolise les cycles vitaux, le jour / la nuit, la vie / la mort. Ce sont les contes de basse bretagne qui ont récupéré le personnage et qui en ont fait le fossoyeur de la mort. » explique Erwan Heuzé, le maître des lieux. « J’aime bien toutes ces histoires que l’on retrouve dans le métal, le rock gothique… Je voulais aussi un nom bretonnant. Finalement associé Ankou et chant contrebalance le côté négatif de l’Ankou. Le nom interpelle. Les anciens connaissent l’Ankou. En dessous de 30 ans, il faut leur expliquer. » reconnaît-il
Mes parents sont originaires de la région. Ma mère est revenue ici. Ma femme est tombée amoureuse de Paimpol. On a acheté ici avant le Covid vers 2018. Les 20 dernières années j’habitais Nantes. Jeune adulte, j’étais guitariste dans divers groupes du Havre. Puis j’ai fait l’école Boulle à Paris. J’ai travaillé dans des cabinets d’architecte, diverses entreprises du bâtiment. J’ai dirigé une société dans le même secteur qui a été revendue. Je suis parti dans de très bonnes conditions… J’avais ce projet sous le coude depuis toujours pratiquement. J’ai pensé ouvrir à Nantes, mais il y a du monde dans la place. Alors pourquoi pas à Paimpol ! »

Disquaire à Paimpol : un vrai pari

Choisir la ville de Paimpol pour ouvrir un disquaire est un vrai pari. Erwan Heuzé le reconnaît aisément. « A part LP Records à Saint Brieuc qui est ouvert toute l’année, celui de Guingamp n’est ouvert que le week-end et celui de Lannion a rapatrié ses disques dans le bar de son épouse. Un nouveau concept où on mélange les activités. Bistrot / vinyle, ça va bien ensemble. Donc oui, c’est un vrai pari. Mais je tente. C’est plus confortable de vendre des disques chez soit sur e-bay ou discogs. Mais alors on ne fait que des colis. Il n’y a pas d’échanges. Ici, j’ai voulu créer un endroit convivial et de partage. Et pas forcément sur les vinyles. Sur la musique en général. »

« J’ai beaucoup de disques, mais je ne collectionne pas. Je ne suis pas fétichiste de l’objet. Ce qui m’intéresse, c’est la musique. Par exemple, je n’ai pas de disques scellés chez moi. De même je n’achète pas en spéculant sur un artiste. Mais chacun fonctionne comme il veut. Ce n’est pas mon truc. J’ai toujours acheté des disques, un peu moins dans les années 2000 parce que c’était compliqué ; les frais de port commençaient à être conséquent. Mais j’ai toujours acheté des disques. Et ce qu’on trouve dans la boutique, c’est ce que j’ai chiné pendant des années, des échanges avec des collègues nantais. Je leur ai parlé de mon projet. Je les côtoyais depuis longtemps. Ils m’ont de foncer ! « Qu’est-ce que tu risques ? » En effet, pas grand-chose. J’ai arrêté le boulot fin octobre 2023, ensuite c’est l’attente des autorisations, la visite des banques, la recherche de disques, quelques travaux. Et j’ai ouvert début juillet 2024. Ici, il ne faut surtout pas rater la saison. Paimpol, c’est 8000 habitants et sur la couronne, ça fait 30 000 personnes. J’ai des supers retours des paimpolais qui sont heureux de revoir un disquaire. De la musique surtout. « Il va falloir me soutenir toute l’année maintenant ! » (rire).

90% de disques d’époque

La sélection est assez classique, voire mainstream : du pop rock 70’s et 80’s. Un choix qui correspond à la tranche d’âge des clients attendus. Soit les 45 – 70 ans.
Mais les jeunes viennent aussi. « J’affine les bacs en fonction de leur demande et des choses que j’ai envie de faire découvrir. J’ai 90% de disques d’époque. Je préfère les appeler comme ça que dire disques d’occasion. On est soit sur des pressages originaux, soit sur des repress de l’époque. »

« Et puis, j’aimerai bien faire un bac made in Paimpol. On a du monde ici ! On a Moundrag quand même ! Ils ont fait la première partie de Deep Purple il y a peu. On a pas mal de musiciens, de gens qui mixent. J’ai commencé un faire un petit bac électro / techno et hip hop. Les clients me conseillent. Il y a des gens hyper pointus en jazz, en psyché, etc. Il y a de bons échanges. Au-delà de la sélection, je fais attention aux prix aussi. On est entre 8 et 30 euros. J’ai été longtemps acheteur… Il faut que tout le monde y trouve son compte. Alors, effectivement, certains disques sont compliqués à trouver. Je les mets dans les bacs et deux jours après il sont partis. Le free jazz par exemple, ça s’envole très très vite. » A ce titre, on ne peut s’empêcher de remarquer de beaux pressages japonais. « Je bosse avec un label nantais, 180g. C’est un ancien de Record City, un gros vendeur japonais. Avec lui, j’ai pas mal d’artistes japonais, des compilations de funk et jazz des années 70. Et à des prix bien positionnés. » Et la demande est là ! « En pressage japonais, j’ai dû repasser commande trois fois ! Les disques pointus partent vites. Du coup, les gens sont ravis de ne plus acheter ce genre de produits sur internet. Ils ont près à mettre entre 3 et 5 euros de plus pour soutenir une boutique indépendante. Ils jouent le jeu. En général, ce sont les mêmes qui cherche du pressage d’époque. »

C’est de plus en plus dur de trouver des disques en bon état.

En dehors des imports japonais qui viennent de Nantes, on se demande quelles est la source d’approvisionnement d’Erwan Heuzé « Je regarde partout en France. Les copains savent que je cherche ! Et puis, il y a les conventions. Mais c’est vrai que c’est de plus en plus dur de trouver des disques en bon état.et à un prix qui me permettent de les revendre. Par exemple, pour le jazz des années 50 à 70, on trouvait du Near mint un peu partout. Les collectionneurs de jazz avaient la réputation d’être hyper soigneux. Maintenant, on ne voit pratiquement plus ces disques-là. Chaque jour, les gens viennent me proposer des disques. C’est un bon filon. Mais je n’en ai pas acheté beaucoup. Il faut faire preuve de pas mal de diplomatie et de délicatesse. Je ne leur dis pas que ça ne vaut rien, mais qu’ils doivent plutôt faire les vide greniers. Je ne peux pas me permettre d’attendre le client pendant deux ans pour ce genre de produit. Mais hier, une dame est passée et entre deux Tino Rossi, il y avait cinq pépites free jazz ! Il y a souvent deux ou trois disques dont on se demande ce qu’ils font là. En ce cas, je prends ce qui m’intéresse. Et si les gens veulent que je prenne le lot, ça sera le même prix. Je les débarrasse simplement. »

Ça fait plaisir de voir des jeunots s’intéresser au rock

Mais attention, collectionneur, un jour, collectionneur toujours : « A l’ouverture de la boutique, je n’ai mis aucun de mes disques à la vente. Pourtant, ce n’est pas ce qui manque à la maison. J’ai 54 ans, donc… J’ai pas mal de disques à la maison. De la musique indienne au rock psyché garage, en passant par le gothique, le punk et de plus de la musique expérimentale, de la noïse, des choses comme ça. On comprend alors mieux certains bacs de la boutique ! « Avec l’âge, on cherche des choses plus complexes qui gratouille l’oreille ou qui demande un peu plus d’effort. »
« J’ai aussi vu des gamins de 6 ou 7 ans venir m’acheter des CD de Queen ! Je leur fais un petit tarif : ça fait plaisir de voir des jeunots s’intéresser au rock ! Ou alors ceux qui ont entendu un groupe dans une série… ça me fait ma journée, un truc comme ça ! » Des mômes qui viennent souvent avec une idée précise, sans playlist Spotify. Si je n’ai pas, je leur conseille autre chose. Et souvent il reparte avec un disque. Ils peuvent écouter sur la petite platine qui est là. »

L’excellente affaire de la semaine

Dans le bac à 3 euros, on trouve souvent la bonne affaire pour cause pochette un peu fatiguée parfois. Et surtout l’excellente affaire : « Une fois par semaine, je glisse un disque je m‘amuse à glisser un disque qui vaut bien plus. C’est le disque mystère. Et ça ne manque pas, il y a toujours un gars qui me dit : « Celui-là, il côte un peu, non ? » Et bien tu l’as trouvé, il est pour toi ! » Et tout le monde fouille dedans. Le dernier, c’était un best of anglais de la fin des années 50.
Au total, quelque 1000 disques sont en rayon. « Ça va se remplir doucement. Il faut trouver de la came chaque semaine. J’ai un bac nouvel arrivage. Je laisse une quinzaine de jours. J’ai déjà une dizaine d’habitués. On comme par discuter puis le bac Nouvel Arrivage. Il me manque encore un bac métal. Ce sont des disques très chers. Ils sont dispersés dans d’autres bacs. »

A terme, l’évolution de la boutique est déjà dans les cartons : « Il y a une autre pièce à l’arrière de la boutique. J’aimerai bien développer l’activité de dépôt vente d’instruments. L’école de musique est juste à côté. Je pourrais aussi proposer du consommables : baguettes, cordes, jacks, etc. En revanche, pas de HiFi. C’est assez délicat de proposer du matériel bien rénové de qualité. Mais pourquoi pas quelques platines neuves avant Noël ! »

Hervé DEVALLAN

Le Chant de l’Ankou 
8, rue Pasteur, 22500 Paimpol.
Tél. : 06 62 56 57 91
Ouvert du mardi au samedi de 10 h à 12 h 30 et de 14 h 30 à 19 h

La Bretagne des disquaires

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