13 poèmes de Pierre Jakez Hélias interprétés par Manu Lann Huel. Quel bonheur et quelle forme de reconnaissance, de la part du chanteur breton, pour une œuvre poétique encore largement méconnue. L’auteur du Cheval d’orgueil, en effet, homme de théâtre, chroniqueur et romancier, était aussi et surtout un grand poète. Manu Lann Huel nous révèle la richesse  de son œuvre à travers le choix de treize poème qu’il interprète en breton (evel just !) Le livre-CD de belle facture qui accompagne ces chansons propose une édition bilingue.

Manu Lann Huel et Pierre Jakez Hélias, c’est un long compagnonnage. Introduisant ce livre-CD audio, Francis Favereau rappelle l’amitié qui unissait les deux hommes et l’intérêt que, très vite, le chanteur breton a porté à l’œuvre poétique de l’écrivain bigouden. Hélias est décédé il aura bientôt trente ans mais Manu Lann Huhel  ne l’a jamais perdu de vue, entretenant la flamme, par-delà l’écart des générations, en  interprétant des chansons inspirées par les poèmes d’Hélias.

Aujourd’hui on doit se réjouir de voir réunis dans ce livre-CD treize poèmes judicieusement choisis puisqu’ils révèlent plusieurs facettes de l’écrivain bigouden. Dédicace, par exemple, poème publié dans An Tremen buhez, le Passe-vie (éditions Embleo Breiz, Le Signor, 1979) est un hymne en l’honneur des anciens. « En enor d’ar re goz/O-deux poaniet gwechall/Dindan bragez pe vroz/Da hounid ar bel all/E tisplegan o buhez/gand azaouez ha truez » (« En l’honneur des anciens/Qui peinèrent jadis/Sous les braies ou la robe/Pour faire un autre monde/Je raconte leur vie/En estime et pitié »).

La chanson de Dolly Pentraeth, dédiée à la dernière femme qui a parlé le cornique au 18e siècle (poème publié dans Ar men du, La pierre noire, Emgleo breiz, 1974), est l’un des poèmes les plus touchants d’Hélias. Il trouve opportunément sa place dans ce CD. « Ma yez a gan a-dreuz peb ger/An tadou koz, ar paour-kêz treued/Ar beo, ar maro, se zo henvel/Harlu ar bed ha deiz ar varn » (Ma langue chante avec ses mots/Les grands aïeux, les pauvres bougres/La vie et la mort, c’est tout comme,/L’exil du monde et le Grand Jour »). Mais il y a aussi dans ce CD, des poèmes sur les îles (Batz, Sein, les Glénan…) ou encore cette fameuse ballade pour Morvan Lebesque.

S’il nous parle d’un monde en voie de disparition, Hélias ne garde pas moins intactes ses capacités d’émerveillement. Pour interpréter tous ces poèmes, Manu Lann Huel apporte sa voix à la fois sourde et rocailleuse dans des mélodies où vibre une forme de nostalgie. Le chanteur breton a su, pour l’occasion, s’entourer de musiciens de renom (Didier Squiban ou Eric Le Lann pour certaines compositions). Les arrangements musicaux, eux, sont signés de Jacques Pellen. Il s’agit d’ailleurs du dernier enregistrement du célèbre guitariste brestois décédé en 2020. Ajoutons que Nolwenn Arzel est à la harpe, Bernard Le Drian au saxo, Yann Pelliet à la cornemuse écossaise… Au total douze instrumentistes différents. Que du beau monde pour faire vibrer ces Chansons d’orgueil, à l’unissson de la voix si singulière et si envoûtante de Manu Lann Huhel.

Pierre TANGUY.

Chansons d’orgueil, Manu Lann Huel, Pierre Jakez Hélias, Livre/CD, Paker Prod, distribution Coop Breizh, 36 pages, 19 euros.

Les poèmes en breton du livret sont publiés selon l’écriture de Pierre Jakez Hélias dans son œuvre poétique complète D’un autre monde/A-berz eur bed all (éd. Ouest-France, 1991)

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